Superprofits du pétrole : même Trump s’indigne !

Donald Trump, fervent défenseur du capitalisme, accuse ExxonMobil et Chevron de réaliser des superprofits indécents grâce à la hausse du pétrole liée au conflit iranien. Avec l’essence à 4,10 dollars le gallon et les élections de mi-mandat en approche, le président exige une baisse immédiate des prix, au risque de trahir sa propre idéologie libre-échangiste.

Paolo Garoscio
By Paolo Garoscio Published on 4 août 2026 5h26
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Superprofits du pétrole : même Trump s’indigne ! - © Economie Matin
14,5 MILLIARDS $Au deuxième trimestre 2026, ExxonMobil a engrangé 14,5 milliards de dollars de bénéfices

Donald Trump, chantre du capitalisme sans entraves, vient de découvrir qu'ExxonMobil et Chevron gagnaient peut-être un peu trop d'argent. En août 2026, le président américain a accusé les géants pétroliers de réaliser des profits excessifs grâce à la flambée des prix du pétrole, conséquence directe du conflit avec l'Iran. « Ils gagnent trop d'argent à cause d'une pénurie. Je n'aime pas ça », a-t-il déclaré, exigeant une baisse immédiate des prix à la pompe. L'ironie ? Le même homme qui a construit sa carrière politique sur le dogme du libre marché demande maintenant aux entreprises de rogner leurs marges.

Quand le champion du capitalisme s'étrangle avec les superprofits

L'indignation présidentielle n'est pas tombée du ciel. Au deuxième trimestre 2026, ExxonMobil a engrangé 14,5 milliards de dollars de bénéfices, soit plus du double de l'année précédente (7,1 milliards). Chevron n'est pas en reste avec 12 milliards de dollars, une hausse de 400 % par rapport aux 2,5 milliards de 2025. Des chiffres vertigineux, alimentés par un baril de brut américain grimpé à 96 dollars, en hausse de 20 % depuis le début des tensions iraniennes en février. Le résultat ? L'essence atteint 4,10 dollars le gallon début août, contre 2,98 dollars six mois plus tôt, soit une augmentation de 40 %.

Trump, d'ordinaire premier défenseur des grandes entreprises, a changé de partition. « Je devrais être le dernier à dire ça parce que je suis un grand partisan de la libre entreprise, personne plus que moi. Vous êtes surpris que je le dise ? Je le dis haut et fort. Je ne suis pas content », a-t-il déclaré, selon TT News. L'homme qui a bâti sa fortune dans l'immobilier et sa réputation politique sur la déréglementation découvre soudain les limites du laisser-faire quand les électeurs grognent devant les prix à la pompe.

ExxonMobil et Chevron : les nouveaux vilains de la Maison Blanche

Le président n'a pas fait dans la dentelle. Sur Truth Social, il a directement visé Mike Wirth, PDG de Chevron, l'accusant d'ingratitude. « La seule chose que [Wirth] a commodément oublié de mentionner, c'est que sans le génie, la clairvoyance, la force et la stabilité de l'administration TRUMP, l'industrie pétrolière, et notre pays lui-même, seraient MORTS ! », a-t-il écrit. Une sortie remarquée, qui tranche avec les relations habituellement cordiales entre les Républicains et l'industrie des hydrocarbures. Al Jazeera rapporte que Trump a même ordonné au ministère de la Justice, dès juin 2026, d'enquêter sur une possible manipulation des prix de l'essence.

Le timing de cette indignation présidentielle n'est pas anodin. Les élections de mi-mandat de novembre 2026 approchent à grands pas, et les sondages ne sont pas favorables aux Républicains. Les prix élevés de l'essence, du logement et de l'alimentation pèsent sur le pouvoir d'achat des ménages américains. Trump risque de perdre la majorité à la Chambre des représentants, voire au Sénat. Quoi de mieux qu'un bouc émissaire bien identifié pour détourner l'attention de sa propre gestion économique ?

« Ils vont me rendre cet argent » : Trump et la main invisible qui revient le gifler

La contradiction est savoureuse. Trump, qui a passé son premier mandat à démanteler les régulations environnementales et à soutenir l'industrie pétrolière, exige maintenant que ces mêmes entreprises sacrifient leurs marges. « Ils vont redonner une partie de cet argent au public et ils feraient mieux de baisser le prix de détail, le prix à la consommation », a-t-il martelé. Valero Energy, autre raffineur américain, a également annoncé son meilleur résultat trimestriel depuis la crise énergétique de 2022, profitant lui aussi des perturbations liées au conflit iranien.

Le président américain a tenté de calmer les marchés en suspendant, début août, une attaque militaire planifiée contre l'Iran. Résultat immédiat : les prix du brut ont chuté de 5 %. Mais les majors pétrolières n'ont pas bougé leurs tarifs à la pompe, alimentant la colère présidentielle. Trump se retrouve piégé par sa propre rhétorique : comment justifier une intervention étatique quand on a passé sa carrière à célébrer la main invisible du marché ?

L'essence à 4,10 dollars : le prix politique de la géopolitique

Le conflit avec l'Iran, déclenché fin février 2026 par des frappes militaires américaines et israéliennes, a bouleversé les approvisionnements énergétiques mondiaux. Les perturbations dans le détroit d'Ormuz, point de passage stratégique pour 20 % du pétrole mondial, ont provoqué une flambée des cours. Les consommateurs américains, habitués à des prix relativement bas, découvrent brutalement les conséquences géopolitiques de l'interventionnisme militaire.

Pour les ménages, la facture est lourde. Un plein d'essence coûte désormais 30 à 40 dollars de plus qu'en début d'année. Les trajets quotidiens, les courses, les loisirs : tout devient plus cher. Et Trump, qui avait promis une économie florissante, se retrouve face à une inflation énergétique qu'il peine à contrôler. BFM TV souligne l'urgence politique de cette situation pour l'administration républicaine.

Et en France ? TotalEnergies continue tranquillement ses affaires

L'ironie de la situation américaine résonne jusqu'en France. TotalEnergies, géant pétrolier français, a également profité de la hausse des prix du pétrole pour engranger des profits records. Au premier semestre 2026, le groupe a affiché des bénéfices en forte hausse, sans pour autant baisser significativement ses prix à la pompe. Mais à la différence des États-Unis, le gouvernement français a mis en place une taxe sur les superprofits dès 2023, récoltant plusieurs milliards d'euros pour financer des mesures de soutien au pouvoir d'achat.

Les automobilistes français connaissent bien la problématique. Comme le montre notre analyse sur le prix du gazole, l'État français prélève une part importante via les taxes. Mais contrairement à Trump, les gouvernements successifs ont assumé une régulation plus stricte du secteur énergétique. La France a également accéléré sa transition vers les énergies renouvelables, réduisant progressivement sa dépendance au pétrole.

La contradiction électorale : quand les profits deviennent un problème

Trump se trouve dans une impasse. S'il impose des mesures contraignantes aux pétroliers, il trahit son idéologie et mécontente sa base entrepreneuriale. S'il ne fait rien, il risque une débâcle électorale en novembre. Sa solution ? Transformer les PDG pétroliers en adversaires publics, espérant ainsi canaliser la colère populaire loin de la Maison Blanche. Une stratégie risquée, qui pourrait se retourner contre lui si les entreprises refusent de plier.

Les majors pétrolières, elles, n'ont guère intérêt à obéir. Leurs actionnaires attendent des dividendes, et les trimestres exceptionnels de 2026 ont fait grimper les cours boursiers. Pourquoi sacrifier des marges historiques pour sauver la peau électorale d'un président imprévisible ? La réponse viendra dans les prochaines semaines. En attendant, les automobilistes américains continuent de payer le prix fort à chaque passage à la pompe, tandis que Trump jongle avec ses contradictions idéologiques. Le libre marché, c'est formidable, jusqu'à ce que les électeurs s'en mêlent.

Paolo Garoscio

Rédacteur en chef adjoint. Après son Master de Philosophie, il s'est tourné vers la communication et le journalisme. Il rejoint l'équipe d'EconomieMatin en 2013.   Suivez-le sur Twitter : @PaoloGaroscio

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