La remontée des cours du pétrole, l’envolée des marges de raffinage et la vigueur des activités de négoce ont profondément changé la trajectoire financière des grandes compagnies pétrolières.
Superprofits : les majors du pétrole engrangent 126 milliards de dollars au premier semestre 2026

En six mois, cinq des plus grands groupes pétroliers mondiaux ont généré les trois quarts de leurs bénéfices de toute l’année 2025
Au premier semestre 2026, Saudi Aramco, ExxonMobil, Chevron, Shell et TotalEnergies ont cumulé près de 126 milliards de dollars de bénéfices nets, contre 84,4 milliards sur la même période de 2025. La hausse atteint ainsi 49 % en un an, soit près de 42 milliards de dollars de bénéfices supplémentaires dégagés en seulement six mois. Sur une base ajustée, destinée à neutraliser certains éléments exceptionnels ou comptables, les profits cumulés progressent de 91,1 à 133,6 milliards de dollars, soit une augmentation de près de 47 %.
La comparaison avec l’ensemble de l’exercice précédent est tout aussi significative. En six mois, les cinq groupes ont déjà réalisé l’équivalent de 76 % de leur bénéfice net cumulé de toute l’année 2025, qui s’était élevé à environ 165,5 milliards de dollars. Sur la base des résultats ajustés, le premier semestre 2026 représente 73 % des profits annuels de 2025.
Résultats des majors pétrolières : la comparaison entre 2025 et 2026
| Entreprise |
S1 2025 |
Année 2025 |
S1 2026 |
Variation annuelle |
S1 2026 en proportion de 2025 |
|---|---|---|---|---|---|
| Saudi Aramco |
48,7 |
93,4 |
65,2 |
+34 % |
70 % |
| ExxonMobil |
14,8 |
28,8 |
18,7 |
+26 % |
65 % |
| Chevron |
6,0 |
12,3 |
14,3 |
+138 % |
116 % |
| Shell |
8,4 |
17,8 |
16,5 |
+97 % |
93 % |
| TotalEnergies |
6,5 |
13,1 |
11,2 |
+72 % |
86 % |
| Total |
84,4 |
165,5 |
126,0 |
+49 % |
76 % |
Les calculs sont fondés sur les publications financières officielles des cinq compagnies. Pour le premier semestre 2026, Aramco a publié 65,2 milliards de dollars de bénéfice net, ExxonMobil 18,7 milliards, Chevron 14,3 milliards, Shell 16,5 milliards et TotalEnergies 11,2 milliards. Les bénéfices annuels 2025 retenus s’établissent à 93,4 milliards de dollars pour Aramco, 28,8 milliards pour ExxonMobil, 12,3 milliards pour Chevron, 17,8 milliards pour Shell et 13,1 milliards pour TotalEnergies.
Un retournement brutal après une année 2025 moins favorable
L’exercice 2025 avait été marqué par une baisse des prix du pétrole par rapport à 2024. Le prix moyen du Brent communiqué par TotalEnergies avait notamment reculé de 80,8 dollars le baril en 2024 à 69,1 dollars en 2025. Saudi Aramco avait, de son côté, enregistré un prix moyen de vente du brut de 69,2 dollars le baril, contre 80,2 dollars un an plus tôt. Cette dégradation avait pesé sur les résultats annuels. Les cinq compagnies avaient dégagé environ 165,5 milliards de dollars de bénéfices nets en 2025, soit un niveau élevé dans l’absolu, mais inférieur à celui de l’année précédente.
Le premier semestre 2026 marque une rupture. Les tensions géopolitiques au Moyen-Orient, les perturbations affectant les flux énergétiques et la hausse de la prime de risque sur le pétrole ont soutenu les prix du brut. Les difficultés rencontrées par plusieurs raffineries et la faiblesse des stocks de produits pétroliers ont parallèlement entraîné une forte hausse des marges sur l’essence, le diesel et d’autres produits raffinés.
Saudi Aramco conserve une avance écrasante
Avec 65,2 milliards de dollars de bénéfices nets au premier semestre 2026, Saudi Aramco demeure de très loin la compagnie la plus rentable du panel. Son résultat progresse de 34 % par rapport aux 48,7 milliards réalisés au premier semestre 2025. Le résultat ajusté atteint 67,2 milliards de dollars, contre 52 milliards un an auparavant, soit une progression de 29 %. En six mois, le groupe saoudien a généré environ 70 % de son bénéfice net de toute l’année 2025.
Cette hausse reflète notamment l’amélioration des prix de vente. Le prix moyen réalisé par Aramco pour son pétrole brut est passé de 71,5 dollars le baril au premier semestre 2025 à 90,1 dollars au premier semestre 2026. Au deuxième trimestre, il s’est établi à 108,1 dollars, contre 66,7 dollars un an plus tôt.
ExxonMobil bénéficie du redressement spectaculaire du raffinage
ExxonMobil a dégagé 18,7 milliards de dollars de bénéfices nets au premier semestre 2026, contre 14,8 milliards un an plus tôt, soit une progression de 26 %. La hausse est beaucoup plus forte sur une base ajustée. Hors éléments identifiés et effets de décalage comptable, le résultat atteint 23,5 milliards de dollars, contre 14,6 milliards au premier semestre 2025. L’augmentation ressort ainsi à 61 %. Cette différence entre bénéfice publié et bénéfice ajusté tient notamment à la comptabilisation de certains dérivés et transactions physiques. Elle illustre également les précautions nécessaires lorsque l’on compare les indicateurs alternatifs utilisés par les compagnies.
Le principal moteur de la progression est l’aval. Les bénéfices ajustés de la division Energy Products, qui regroupe notamment le raffinage et la commercialisation des carburants, ont atteint près de 6,9 milliards de dollars au premier semestre 2026, contre 2,2 milliards un an auparavant. Dans le même temps, la production totale d’ExxonMobil a légèrement diminué, passant de 4,59 à 4,55 millions de barils équivalent pétrole par jour.
Chevron dépasse en six mois son bénéfice de toute l’année 2025
Chevron affiche la progression la plus spectaculaire du groupe. Son bénéfice net est passé de 6 milliards de dollars au premier semestre 2025 à 14,3 milliards au premier semestre 2026, soit une hausse de 138 %. Le résultat ajusté a plus que doublé, passant de 6,9 à 14,8 milliards de dollars. Surtout, le bénéfice des six premiers mois de 2026 dépasse déjà celui de toute l’année 2025, qui s’était établi à 12,3 milliards de dollars. Une partie de cette performance tient au redressement des prix et des marges de raffinage. Le flux de trésorerie opérationnel a atteint 25,1 milliards de dollars, contre 13,8 milliards un an auparavant.
La comparaison est cependant affectée par l’acquisition de Hess, finalisée le 18 juillet 2025. Le premier semestre 2025 ne comprenait donc aucune contribution significative des actifs de Hess, tandis que le premier semestre 2026 les intègre pendant six mois. La hausse de 138 % ne doit par conséquent pas être interprétée comme une croissance entièrement organique. Même après cette correction, Chevron demeure l’un des principaux bénéficiaires de l’environnement pétrolier de 2026. Son bénéfice du deuxième trimestre a notamment atteint 12,1 milliards de dollars, son niveau trimestriel le plus élevé depuis plusieurs années.
Shell double presque son bénéfice net
Shell a publié 16,5 milliards de dollars de bénéfices nets au premier semestre 2026, contre 8,4 milliards un an plus tôt. La hausse atteint 97 %, ce qui signifie que le résultat comptable a presque doublé. Le bénéfice ajusté progresse de 70 %, à 16,8 milliards de dollars. En seulement six mois, Shell a réalisé l’équivalent de 93 % de son bénéfice net de toute l’année 2025.
Le groupe a bénéficié de prix du pétrole et du gaz plus élevés, mais aussi d’une amélioration très marquée dans le raffinage, la chimie et le négoce. Le résultat ajusté de la division Chemicals and Products est passé de 567 millions de dollars au premier semestre 2025 à 4,8 milliards au premier semestre 2026. Le flux de trésorerie disponible a parallèlement augmenté de 11,9 à 20,5 milliards de dollars.
TotalEnergies profite de l’envolée des marges de raffinage
TotalEnergies a dégagé 11,2 milliards de dollars de bénéfices nets au premier semestre 2026, contre 6,5 milliards sur la même période de 2025. La progression atteint 72 %. Le résultat net ajusté s’établit à 11,4 milliards de dollars, en hausse de 47 %. Le groupe français a ainsi réalisé en six mois environ 86 % de son bénéfice net de toute l’année 2025.
L’amélioration est particulièrement nette dans le raffinage et la chimie. Le résultat opérationnel net ajusté de cette activité a atteint 3,4 milliards de dollars, contre 690 millions un an plus tôt, soit un montant multiplié par près de cinq. Le flux de trésorerie de la branche a, pour sa part, été multiplié par environ 2,7.
Bénéfices comptables et rémunération des actionnaires
L’existence de bénéfices exceptionnels ne signifie pas que l’intégralité des sommes apparaît immédiatement sous forme de liquidités distribuables. Les résultats nets peuvent être influencés par des variations de stocks, des effets de valorisation, des dépréciations, des provisions ou des décalages entre la comptabilisation de contrats dérivés et celle des ventes physiques correspondantes. Les situations diffèrent donc sensiblement. Shell et Chevron ont enregistré une forte progression de leurs flux de trésorerie. À l’inverse, le flux de trésorerie disponible d’Aramco a reculé malgré l’augmentation de son bénéfice net.
Les résultats du premier semestre ne permettent pas non plus de prédire mécaniquement ceux de l’ensemble de l’exercice. Doubler les bénéfices semestriels conduirait à ignorer la volatilité des cours, la saisonnalité du raffinage, les arrêts de maintenance et une éventuelle normalisation des tensions géopolitiques. Ils renforcent néanmoins la capacité financière des groupes à investir, réduire leur dette, verser des dividendes ou racheter leurs propres actions. En 2025, les cinq entreprises avaient déjà consacré des dizaines de milliards de dollars à la rémunération de leurs actionnaires. ExxonMobil avait, par exemple, distribué 37,2 milliards de dollars sous forme de dividendes et de rachats d’actions, tandis qu’Aramco avait versé environ 85,5 milliards.
Si les conditions observées au deuxième trimestre se maintiennent, l’année 2026 pourrait déboucher sur des bénéfices très supérieurs à ceux de 2025. Une détente des cours ou une normalisation rapide des marges de raffinage réduirait en revanche sensiblement l’avantage observé au premier semestre.
Une conclusion s’impose néanmoins : avec 126 milliards de dollars de bénéfices nets en six mois, en hausse de près de 50 % sur un an, les cinq principales compagnies pétrolières sont entrées dans une nouvelle phase de rentabilité exceptionnelle.