Électrification : la France exporte son électricité, mais peine encore à transformer son économie

Avec un solde net d’exportations d’électricité record en 2024, la France dispose d’un avantage énergétique majeur. Mais l’électrification des usages reste trop lente pour devenir pleinement un levier de compétitivité, de souveraineté et de réindustrialisation.

Paolo Garoscio
By Paolo Garoscio Published on 19 juin 2026 7h57
France Electricite
Électrification : la France exporte son électricité, mais peine encore à transformer son économie - © Economie Matin
27%Le taux d’électrification, c’est-à-dire la part de l’électricité dans la consommation finale d’énergie, atteint 27 %

La France a retrouvé une place forte sur le marché européen de l’électricité. En 2024, son solde net d’électricité atteint 90 TWh, un niveau record, en forte progression par rapport à 2023. En valeur, la balance commerciale de l’électricité ressort à 5,1 milliards d’euros.

Un paradoxe : l’électrification à la française

Mais cette bonne nouvelle masque un paradoxe. Alors que l’électricité française est largement décarbonée et disponible, son utilisation dans l’économie ne progresse pas assez vite. La consommation finale d’électricité s’établit à 398 TWh en 2024, soit un niveau proche de celui observé il y a une vingtaine d’années. Le taux d’électrification, c’est-à-dire la part de l’électricité dans la consommation finale d’énergie, atteint 27 %, selon l'Observatoire de l’électrification. C’est plus que la moyenne européenne, mais encore loin de la cible de 34 % fixée pour 2030.

Autrement dit, la France exporte beaucoup d’électricité, mais n’a pas encore suffisamment basculé ses usages énergétiques vers l’électricité. C’est un enjeu majeur pour l’économie. Remplacer le gaz, le pétrole ou le charbon importés par de l’électricité produite en France permettrait de réduire la facture énergétique, de limiter l’exposition aux crises internationales et de renforcer la compétitivité des entreprises.

L’industrie s’électrifie mais des efforts restent à faire

L’industrie illustre bien ce défi. Elle consomme 100 TWh d’électricité, soit environ un quart de la consommation finale d’électricité du pays. Son taux d’électrification atteint 36 %, alors que l’objectif pour 2030 est de 45 %. L’écart est important. Il montre que la décarbonation industrielle ne dépend pas seulement de la disponibilité de l’électricité, mais aussi de la capacité des entreprises à adapter leurs procédés, à investir dans de nouveaux équipements et à sécuriser des prix de l’énergie compatibles avec leur compétitivité.

Les secteurs industriels les plus concernés sont l’agroalimentaire, la chimie et la pétrochimie, la machinerie ou encore la sidérurgie. Certains usages peuvent être électrifiés plus facilement que d’autres. Dans d’autres cas, les technologies sont plus coûteuses, moins matures ou nécessitent des infrastructures spécifiques. Pour les industriels, l’électrification représente donc à la fois une opportunité et un risque : elle peut réduire les émissions et les coûts liés aux énergies fossiles, mais elle suppose des investissements importants.

L’électrification du bâtiment : un enjeu majeur

Le bâtiment occupe une place encore plus centrale dans la consommation électrique française. À lui seul, il représente environ 70 % de la consommation totale d’électricité, avec 151 TWh pour le résidentiel et 126 TWh pour le tertiaire. Le taux d’électrification y est déjà élevé, notamment grâce au chauffage électrique et au développement des pompes à chaleur. La France est d’ailleurs le premier marché européen des pompes à chaleur. Mais là encore, le signal est contrasté : les ventes ont reculé en 2024, avec 546 900 unités vendues, contre plus de 700 000 les deux années précédentes.

Dans les transports, le potentiel économique est considérable, mais le point de départ reste très bas. Le secteur ne représente que 13 TWh de consommation électrique et son taux d’électrification demeure autour de 2 %. Le parc de véhicules électriques progresse, tout comme le réseau de recharge, mais les ventes de voitures électriques et hybrides rechargeables ont reculé en 2024. Pour les poids lourds électriques, la baisse est encore plus marquée.

Le principal enjeu des prochaines années sera donc de transformer un avantage électrique en avantage économique. La France dispose d’une électricité bas-carbone, exportable et relativement abondante. Mais cet atout ne produira tous ses effets que si les usages suivent. Pour l’économie française, l’électrification n’est pas seulement un sujet énergétique : c’est un test de compétitivité, de souveraineté et de réindustrialisation.

Paolo Garoscio

Rédacteur en chef adjoint. Après son Master de Philosophie, il s'est tourné vers la communication et le journalisme. Il rejoint l'équipe d'EconomieMatin en 2013.   Suivez-le sur Twitter : @PaoloGaroscio

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