« Une indéniable réussite malgré la complexité extrême de l’exercice ». C’est en ces termes que le gouvernement français a résumé son bilan de la cybersécurité des Jeux Olympiques de Paris 2024. Un succès à la hauteur du défi : les organisateurs ont fait état de 55 milliards de tentatives d’attaques.
Des JO de 2024 à aujourd’hui, où en est la France face aux défis cyber ?

Un chiffre à toutefois relativiser car il agrège des événements techniques de nature diverse et ne correspond pas au nombre réel de cyberattaques ayant compromis des systèmes. L’indicateur de référence reste celui de l’agence nationale de la sécurité des systèmes d’information (ANSSI), qui a recensé 548 événements de cybersécurité durant les jeux. Malgré cette exposition, aucune cyberattaque n'a perturbé les compétitions ni les cérémonies.
Deux ans après, la France est-elle toujours aussi bien préparée face aux cybermenaces ?
Les moyens déployés ne peuvent naturellement pas être reproduits à l’identique en permanence. La France s'était organisée autour d'un objectif commun, d'une échéance connue et d'un niveau de menace clairement identifié. Tirant les leçons des Jeux de Tokyo de 2021, marqués par un afflux massif d’attaques, Paris 2024 a bénéficié d’une mobilisation sans précédent. Mais derrière cette « French Touch » cyber se trouvait surtout une méthode fondée sur l’anticipation et la coordination des acteurs publics et privés (ANSSI, ministères, COMCYBER, opérateurs privés). Elle reposait également sur des exercices réguliers de gestion de crise et une surveillance continue.
L'anticipation, le partage d'information et les investissements déployés ont donc produit des résultats concrets.
Deux ans après le sprint olympique, l’enjeu est désormais de transformer cette mobilisation exceptionnelle en un effort durable. Car la pression cyber n’a pas diminué depuis Paris 2024 : les attaques se poursuivent et gagnent en sophistication. Les incidents récents, notamment celui ayant touché l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS), rappellent que les cyberattaquants continuent de cibler les services essentiels, de la santé aux collectivités territoriales en passant par l'éducation. Autant d'organisations qui ne disposent pas toujours des mêmes moyens, des mêmes compétences ou de la même capacité de coordination que ceux mobilisés pendant les Jeux.
Le principal défi français réside donc désormais dans notre capacité à faire de la résilience cyber un standard durable et partagé.
Cette question est d'autant plus importante que la gouvernance de la cybersécurité publique fait aujourd'hui l'objet de débats. Les réflexions engagées autour d'une évolution de la répartition des responsabilités entre l'ANSSI et les administrations interrogent la manière dont l'État entend organiser durablement la gestion du risque cyber.
Les atermoiements de la France dans la transcription de la directive européenne NIS2 illustrent également les difficultés à organiser de manière claire la gestion du risque cyber et les règles à suivre pour l’ensemble du tissu économique français. Ces retards fragilisent notre capacité à porter une voix forte sur la scène européenne et internationale, alors même que la France était jusqu’ici reconnue comme un acteur de référence sur ces sujets. Ils entretiennent également une incertitude réglementaire pour les entreprises, qui peinent à disposer d’un cadre clair pour orienter leurs investissements en cybersécurité, et à terme la qualité des protections qui sont mises en place.
C’est d’autant plus grave que la France entre déjà dans une nouvelle période à haut risque. À moins d'un an de l'élection présidentielle de 2027 et à quatre ans des Jeux Olympiques et Paralympiques d'hiver 2030, la question de notre résilience cyber ne peut plus être abordée uniquement à l'approche des grands événements. Dans un contexte géopolitique marqué par la multiplication des menaces hybrides, il devient essentiel de préserver dans la durée l'approche collective qui a fait ses preuves pendant Paris 2024, en associant l'État, les acteurs publics et les entreprises.
Notre pays n’a pourtant pas baissé la garde. Les investissements se poursuivent, comme en témoigne la loi de programmation militaire 2024-2030, ou encore les ambitions de l’ANSSI. Mais la mobilisation exceptionnelle des Jeux ne doit pas masquer un retour à une réalité plus contrastée. Une fois l’échéance passée, certaines difficultés structurelles demeurent et les attaquants continuent de gagner en efficacité, comme en témoignent les incidents récents. L’essor de l’intelligence artificielle accélère encore cette évolution en renforçant les capacités d’industrialisation et de sophistication des attaques. La véritable réussite ne résidera donc pas seulement dans les moyens engagés, mais dans notre capacité à inscrire durablement le niveau de coordination, d’anticipation et de résilience atteint lors de Paris 2024.
Pierre de Coubertin avait pour devise « Voir loin, parler franc, agir ferme » pour évoquer la détermination et la constance dans l’effort. Si nous ne savons pas nous en inspirer, il ne restera bientôt plus qu'à constater que les attaquants, eux, appliquent déjà une autre devise olympique : « Plus vite, plus haut, plus fort. »
