Le marché européen change d’échelle. En juillet 2026, les voitures électriques à batterie ont dépassé le quart des immatriculations neuves sur les principaux marchés du continent, avec une accélération spectaculaire en France et en Allemagne. Mais derrière cette progression se dessine une Europe automobile à plusieurs vitesses, où les écarts de politiques publiques se traduisent immédiatement dans les ventes.
En Europe, 1 véhicule neuf sur 4 est désormais électrique

Les voitures électriques poursuivent leur ascension en Europe, un cap vient d'être franchi
En juillet 2026, les véhicules électriques ont représenté 25,7% du marché des voitures neuves sur les 16 marchés européens suivis par E-Mobility Europe et New AutoMotive, avec 224.266 immatriculations, soit une progression de 13,6% sur un an. Le cap d’une voiture neuve sur quatre est donc franchi sur un ensemble de pays qui pèse environ 90% du marché combiné de l’Union européenne et de l’AELE, selon la méthodologie publiée par les deux organisations.
La tendance dépasse le seul mois de juillet. Depuis janvier 2026, 1.471.023 véhicules 100% électriques ont été immatriculés sur ce même périmètre, soit une hausse de 30,6% par rapport à 2025, tandis que leur part de marché cumulée atteint 21,7%, selon E-Mobility Europe et New AutoMotive. Le bulletin estime par ailleurs à 25% la part des BEV à l’échelle de l’Union européenne pour le seul mois de juillet.
La photographie fournie par l’European Alternative Fuels Observatory confirme cette montée en puissance, tout en reposant sur un périmètre différent qu’il faut distinguer. Pour les 12 États membres dont les données étaient actualisées jusqu’en juillet 2026, l’EAFO fait état de 202.597 immatriculations de voitures électriques à batterie, en hausse de 41,8% sur un an, avec une part de marché de 26,3%. Les deux séries statistiques ne sont donc pas directement superposables : le bulletin E-Mobility Europe-New AutoMotive suit 16 marchés européens incluant des pays hors UE, alors que la publication de l’EAFO repose sur les États membres disposant de chiffres actualisés pour juillet 2026.
Le mouvement commercial s’accompagne d’une progression des infrastructures. L’Union européenne comptait 1.157.551 points de recharge accessibles au public en juillet, soit 15,2% de plus qu’un an auparavant, selon l’EAFO. Sur les 12 marchés déjà renseignés pour juillet 2026, tous affichaient une hausse annuelle des immatriculations électriques, comprise entre 23,3% en Belgique et 127,1% en France. Cette dispersion considérable montre que la croissance est générale sur ce périmètre, mais que son intensité reste très différente d’un pays à l’autre.
Véhicules électriques : la France et l'Allemagne tirent le marché vers le haut
La France signe l’un des mouvements les plus spectaculaires du mois. Elle enregistre 44.378 voitures électriques en juillet 2026 et une part de marché de 35%. Sur les sept premiers mois de 2026, le total atteint 287.230 immatriculations et les BEV représentent 28,9% du marché français. Sur le périmètre actualisé de l’EAFO, la progression française de juillet atteint 127,1% sur un an, soit la plus forte hausse parmi les 12 États membres couverts par la mise à jour du 21 août 2026. Le bulletin attribue cette accélération à la continuité des dispositifs de soutien et au leasing social.
L’Allemagne demeure cependant le poids lourd en volume. Le pays a enregistré 78.609 voitures 100% électriques en juillet, soit 29,3% de l’ensemble des immatriculations de voitures particulières. Les ventes de BEV ont bondi de 61,7% sur un an et leur part de marché a gagné environ 10,9 points par rapport à juillet 2025 ainsi que 0,9 point par rapport à juin 2026. Sur janvier-juillet 2026, l’organisation allemande comptabilise 446.615 BEV, en hausse de 50,2%, pour une part de marché de 25,5%. Le bulletin E-Mobility Europe-New AutoMotive affiche pour sa part un cumul allemand légèrement différent, à 445.997 unités, tout en donnant lui aussi une part de 25,5%.
La poussée allemande va au-delà du seul segment 100% électrique. En juillet 2026, 185.601 voitures à motorisations alternatives ont été enregistrées, soit une progression de 22,1% et 69,2% du marché automobile allemand. En regroupant BEV, hybrides rechargeables et véhicules à pile à combustible, les motorisations électrifiées ont totalisé 109.220 immatriculations, en hausse de 44,1%, et représenté 40,7% du marché. Les hybrides rechargeables ont atteint 30.609 unités, en progression de 12,5%, avec une part de 11,4%, tandis que les seules voitures à batterie ont représenté 29,3% du marché.
La recomposition apparaît encore plus nette face aux motorisations traditionnelles. L’Allemagne n’a immatriculé que 50.732 voitures à essence en juillet 2026, un recul de 29,7% sur un an et une part de 18,9%. Le diesel est tombé à 31.703 unités, en baisse de 21,8%, pour 11,8% du marché. À l’inverse, les marques internationales ont enregistré 38.864 BEV, soit une progression de 93,9%, et ont représenté 49,4.% des immatriculations électriques à batterie du mois.
Des véhicules électriques à plusieurs vitesses selon les marchés
La moyenne européenne masque des taux d’électrification extrêmement éloignés. La Norvège reste hors catégorie avec 9.379 immatriculations électriques en juillet et 97,6% de part de marché. Le Danemark atteint 11.671 unités et 80,1%, la Finlande 3.114 et 52,6%, les Pays-Bas 13.267 et 47,3 %, la Belgique 12 542 et 42,8 %, tandis que la Suède totalise 7 967 BEV pour une part de 42,6%. Dans ces marchés nordiques et du Benelux, l’électrique n’est donc plus un segment périphérique mais, dans plusieurs cas, la motorisation dominante.
D’autres pays se situent désormais autour ou au-dessus du quart du marché. L’Irlande compte 9.651 immatriculations électriques et une part de 33,2%, le Luxembourg 1.413 unités et 32,6%, le Portugal 5.133 unités et 30,9%, tandis que la Suisse atteint 4.899 véhicules et 25,8%. L’Espagne reste plus loin avec 11.187 voitures électriques et une part de 11% en juillet, mais elle totalise déjà 77.724 unités depuis janvier pour une part cumulée de 9,6%.
À l’autre extrémité du classement, la Pologne ne compte que 2.258 immatriculations de BEV en juillet 2026 et une part de marché de 4%. La Tchéquie atteint 1.501 unités et 7,5%, tandis que l’Italie enregistre 7.297 voitures électriques pour seulement 5,9% du marché. En Italie, le contraste mensuel est particulièrement marqué : la part des BEV était encore de 10,1% en juin 2026 avant de retomber à 5,9% en juillet après l’expiration des aides précédentes.
Les écarts persistent également lorsque l’on regarde les sept premiers mois de l’année. La Norvège affiche 81.033 immatriculations électriques et une part cumulée de 97,6%, le Danemark 92.323 et 79,7%, la Finlande 20.902 et 48,7%, la Suède 52.375 et 38,5%, la Belgique 95.881 et 36,6%, tandis que les Pays-Bas totalisent 74.722 BEV et une part cumulée de 34,7%. L’Irlande atteint de son côté 29.923 unités et 26,2%, le Portugal 38.559 et 26,6%, le Luxembourg 9.181 et 30,4%, la Suisse 32.624 et 24,1%.
Voitures neuves : les politiques publiques creusent les écarts
Pour E-Mobility Europe, le contraste entre pays constitue l’un des principaux enseignements économiques du mois. Le cas italien est mis en regard de la France et de l’Allemagne, où les dispositifs de soutien sont présentés comme plus continus. L’Espagne, qui conserve ses mécanismes d’accompagnement, atteint 11% de voitures électriques en juillet et affiche 28,8% de croissance sur la période cumulée indiquée par le bulletin. À l’inverse, le recul brutal de la part italienne entre juin et juillet illustre, pour l’organisation, la sensibilité du marché aux changements de politique publique.
L’Allemagne fournit également un indicateur avancé de cette réaction de la demande. Les commandes de BEV des constructeurs étrangers ont progressé de 162% sur un an, contre 94% pour l’ensemble du marché des commandes de voitures électriques à batterie. Plus de 80% des véhicules bénéficiant de l’aide allemande appartiennent à des marques produisant au moins un modèle électrique à batterie en Europe. L’organisation estime ainsi que le soutien public profite largement aux constructeurs disposant d’une implantation industrielle européenne.
Chris Heron, secrétaire général d’E-Mobility Europe, résume la situation en estimant que « les voitures électriques restent l’une des plus grandes réussites de l’Europe en 2026. Il appelle toutefois les gouvernements à maintenir des politiques stables et prévisibles, en soulignant que la France et l’Allemagne se distinguent tandis que l’évolution reste beaucoup moins homogène ailleurs. Avec 25,7% de part de marché sur les 16 marchés suivis par le bulletin et 26,3% sur le périmètre préliminaire des 12 États membres actualisés par l’EAFO, juillet 2026 confirme surtout que l’électrification des voitures neuves est désormais mesurable à l’échelle du marché de masse, mais selon des rythmes nationaux profondément différents.
