L’été est la haute saison des arnaques financières. Avec plus de 16 000 signalements reçus par l’AMF en 2025, les arnaques financières explosent. Les victimes se tournent vers des sites comme Warning Trading pour trouver de l’aide. Mais que valent réellement les sites qui prétendent les protéger ? Notre enquête a changé d’angle : nous nous sommes intéressés à ceux qui disent combattre la fraude. Ce que nous avons trouvé est troublant.
Warning Trading : peut-on vraiment faire confiance aux sites anti-arnaques ?

Les chiffres donnent le vertige. En 2025, la plateforme Épargne Info Service de l'Autorité des marchés financiers a reçu 16 934 signalements, soit une hausse de 27 % en un an et de 43 % depuis 2023. L'AMF estime les pertes liées aux arnaques financières à 5,5 milliards d'euros depuis 2010 en France. Le préjudice moyen par victime atteint 69 000 euros pour les faux livrets d'épargne et 29 000 euros tous types d'escroqueries confondus. Le rapport du pôle commun AMF-ACPR publié en juin 2026 le confirme : les arnaques sont devenues « massives et industrielles ».
Face à cette déferlante, le premier réflexe des victimes est de se tourner vers Internet. Avant même de consulter un avocat ou de déposer plainte, l'épargnant trompé - ou qui s'estime lésé - tapera dans un moteur de recherche le nom de la société qu'il soupçonne. C'est dans cet espace, celui de l'urgence et de la détresse, que prospèrent des sites qui se présentent comme des lanceurs d'alerte.
Notre enquête est partie d'une question simple : comment les victimes d'arnaques financières trouvent-elles de l'aide sur Internet ? En commençant nos recherches, nous avons rapidement changé d'angle. Car ce que nous avons découvert en nous intéressant à ceux qui disent lutter contre les arnaques financières mérite, à notre sens, d'être porté à la connaissance du public.
Warning Trading est-il un vrai site de presse ? Ce que dit la CPPAP
Warning Trading se présente depuis 2013 comme le premier site français d'investigation dédié aux escroqueries financières. Son fondateur est régulièrement invité sur les plateaux de télévision. Le site affiche un numéro de service de presse en ligne agréé, des cartes de presse, des chiffres de victimes aidées et un formulaire de signalement. De prime abord, tout semble en ordre.
Mais en grattant un peu, les choses se compliquent.
Warning Trading affiche un numéro de certification CPPAP (Commission paritaire des publications et agences de presse) pour asseoir sa crédibilité de média. C'est l'argument systématiquement avancé par le site dans ses réponses aux commentaires négatifs. Mais que vaut réellement cette certification ?
Selon le rapport 2020 de l'Observatoire de la déontologie de l'information (ODI), rattaché au Conseil de déontologie journalistique et de médiation, Warning Trading a obtenu en 2018 une reconnaissance comme service de presse en ligne par la CPPAP - pour une durée probatoire d'un an. Toujours selon ce rapport, cette certification n'a pas été renouvelée et est suspendue depuis fin 2019, en raison de doutes sur la nature et la qualité journalistique des activités du site. L'ODI note par ailleurs que Warning Trading a produit de faux témoignages dans le cadre de ses démarches.
Autrement dit : le site continue d'afficher un numéro de presse que l'organisme officiel chargé de le délivrer ne reconnaît plus depuis sept ans. C'est un artifice d'officialité.
Avis Warning Trading : pourquoi les notes Google ont disparu du site
Autre élément troublant : Warning Trading affichait autrefois sa note Google directement sur son site. Ce n'est plus le cas. En consultant les archives du web, on constate que cette note a été retirée. La raison est visible en quelques clics : les avis sur le site se sont considérablement dégradés. Sur Trustpilot, plusieurs utilisateurs rapportent avoir été redirigés vers des cabinets d'avocats partenaires dont les prestations se sont révélées coûteuses et peu efficaces. Un internaute écrit en août 2025 avoir versé près de 8 000 euros à un cabinet recommandé par Warning Trading sans résultat probant.
D'autres avis, repérés notamment par le site Ziegler & Associés, pointent le fait que certains commentaires élogieux sur Google sont signés par des personnes liées à Warning Trading - dont des collaborateurs identifiables par leurs initiales.
Warning Trading condamné pour dénigrement : ce que dit le tribunal
Le 9 décembre 2025, le tribunal de commerce d'Aix-en-Provence a condamné Warning Trading pour dénigrement à l'encontre du cabinet Ziegler & Associés, un cabinet d'avocats français spécialisé précisément dans la défense des victimes d'arnaques et d'escroqueries financières. Le site a été condamné à 38 000 euros au total : 20 000 euros de préjudice matériel, 10 000 euros de préjudice moral et 8 000 euros de frais de justice. Le tribunal a ordonné le retrait de l'article litigieux et de l'avis Google correspondant.
Warning Trading a publié cette décision sur son site, mais dans une présentation qui en minimise la portée. Surtout, le site n'a pas exécuté la décision et a saisi le juge de l'exécution pour en retarder l'application - une stratégie que les tribunaux ont déjà qualifiée de procédure-bâillon dans des affaires antérieures impliquant le même site.
La question qui se pose est simple : pourquoi un site qui prétend défendre les victimes d'escroqueries financières s'en prend-il à un cabinet d'avocats qui exerce exactement cette activité ? L'impression, vue de l'extérieur, est celle d'une tentative d'élimination de la concurrence par voie médiatique, dans un marché - celui de l'aide aux victimes - qui représente des sommes considérables.
Warning Trading, Broker Defense… un marché, des questions
Au regard de notre enquête, Warning Trading ne semble pas tout à fait désintéressé. Du moins son écosystème ne l’est pas. Le site a été cofondé en 2014 par Nicolas Gaiardo et Marc Bouzy, comme le confirme le site spécialisé NewTrading.fr. Or, Marc Bouzy est également le président de Broker Defense France, une SAS immatriculée au tribunal de commerce de Tours le 25 octobre 2022, selon les registres consultables sur societe.com et Pappers. L'objet social de cette société - « assistance et accompagnement administratif, secrétariat, aux particuliers et aux entreprises » - ne mentionne aucune activité juridique. Et pourtant, c'est vers cette structure que Warning Trading redirige les victimes d'arnaques financières.
Le circuit est donc le suivant : un internaute victime d'une arnaque financière tombe sur Warning Trading. Le site lui propose de l'aide. Il est ensuite redirigé vers Broker Defense, une société payante cofondée par les mêmes personnes. Le « gratuit » de Warning Trading alimente le « payant » de Broker Defense. Comme le relève le journaliste Gilles Pouzin de Deontofi.com, cette activité d'intermédiation juridique pose la question de l'exercice illégal de la profession d'avocat - une activité réglementée que ni Warning Trading ni Broker Defense ne sont habilités à exercer.
Ce que nous avons trouvé en quelques jours de recherches est suffisamment préoccupant pour justifier d'aller plus loin. C'est l'objet des deux prochains volets de notre enquête.
Sources : Rapport AMF-ACPR du pôle commun, juin 2026 ; Rapport 2020 de l'Observatoire de la déontologie de l'information (ODI/CDJM) ; Tribunal de commerce d'Aix-en-Provence, 9 décembre 2025 ; ziegler-associes.com ; Trustpilot ; Deontofi.com ; newtrading.fr ; societe.com ; Pappers.