Après six mois de décollecte, le Livret A retrouve une collecte positive de 80 millions d’euros en juillet 2026, portée par l’annonce du relèvement de son taux à 1,7%. Mais ce rebond technique masque une réalité plus complexe : LDDS et LEP continuent de saigner, tandis que l’assurance vie capte l’essentiel des flux d’épargne.
Livret A : la revalorisation provoque un rebond de collecte

Après une période de six mois de retraits, le Livret A a renoué avec une collecte positive en juillet 2026, atteignant 80 millions d'euros. La raison principale ? L'augmentation annoncée le 15 juillet de son taux de rémunération à 1,7%. Cependant, cette embellie cache une réalité complexe : l'épargne française reste fragmentée et les ménages cherchent des rendements plus attractifs ailleurs.
Le taux du Livret A passe à 1,7% : une hausse attendue
La hausse du taux du Livret A à 1,7% au 1er août 2026 découle de l'application de sa formule de calcul, qui prend en compte l'inflation et les taux directeurs. Ce relèvement suit un regain d'inflation observé au premier semestre. Depuis janvier 2026, le taux stagnait à 1,5%, un niveau bas comparé aux 3% maintenus entre 2023 et 2025. Ce faible rendement avait entraîné une décollecte durant six mois consécutifs. L'annonce faite par la Caisse des dépôts et consignations visait à inverser cette tendance, ce qui a été partiellement réussi, même si les chiffres montrent une autre réalité.
Bien que l'augmentation de 0,2 point de pourcentage soit modérée, elle a eu un effet psychologique notable. Pour un épargnant au plafond de 22 950 euros, cela représente environ 45 euros de plus par an. Philippe Crevel, président du Cercle de l'épargne, note que l'annonce du relèvement a suscité un léger regain d'intérêt, bien que cela ne suffise pas à rendre le Livret A plus attractif aux yeux des épargnants. Ce geste a été perçu comme une reconnaissance du besoin de rémunérations décentes, sans toutefois raviver l'enthousiasme des années 2023-2025.
Collecte positive en juillet : +80 millions d'euros
La Caisse des dépôts rapporte une collecte nette de 80 millions d'euros en juillet 2026, marquant la première performance positive depuis janvier. Ce retournement coïncide avec le début des remboursements fiscaux, période propice aux dépôts. L'annonce du nouveau taux a renforcé ce mouvement saisonnier, incitant les épargnants à anticiper leurs versements pour profiter du rendement amélioré dès le 1er août. Toutefois, le Cercle de l'épargne relativise cet optimisme, soulignant que cette dynamique est fragile et probablement temporaire.
Comparé à la moyenne des collectes de juillet de la dernière décennie, s'élevant à 1,34 milliard d'euros, les 80 millions d'euros de 2026 semblent faibles. Même avec des taux bas, le Livret A captait généralement plusieurs centaines de millions en été. Fin juillet 2026, l'encours cumulé des Livrets A et LDDS atteint 608,4 milliards d'euros, en baisse par rapport à juillet 2025 (609,4 milliards). Ce chiffre reflète une baisse progressive de l'attrait des produits réglementés, malgré les tentatives de relance par le taux. ABC Bourse souligne que le rebond de juillet ne masque pas la tendance structurelle de fond.
Des produits toujours en difficulté
Le Livret de Développement Durable et Solidaire (LDDS) affiche une décollecte de 30 millions d'euros en juillet, tandis que le Livret d'Épargne Populaire (LEP) subit sa cinquième décollecte consécutive avec 90 millions d'euros de retraits nets. Ce dernier, destiné aux ménages modestes et offrant un taux supérieur, devrait en théorie mieux résister. Sa baisse témoigne des tensions sur le pouvoir d'achat. Philippe Crevel souligne que « la hausse du taux n'a pas permis au LDDS de sortir de la décollecte en juillet, prouvant que les ménages continuent de puiser dans leur épargne de précaution ». Les 83,4 milliards d'euros d'encours du LEP diminuent, ce qui indique que les ménages économiquement vulnérables utilisent leurs économies pour couvrir leurs dépenses courantes.
En revanche, l'assurance vie connaît un regain de popularité inédit depuis 20 ans. Les fonds en euros, avec des rendements d'environ 2,7% en moyenne, surpassent largement le Livret A. La hausse des marchés actions augmente l'attrait des unités de compte. Le Cercle de l'épargne note une segmentation accrue de l'épargne, avec un recul des produits réglementés au profit des produits de long terme comme l'assurance vie ou le Plan d'Épargne Retraite. Les Français privilégient de plus en plus le rendement sur la liquidité immédiate. Le passage de 1,5% à 1,7% sur le Livret A ne change pas fondamentalement cette équation.
Perspectives après le rebond de juillet
Le retour en positif du Livret A en juillet 2026 relève plus d'un effet technique que d'un vrai changement de tendance. La hausse à 1,7% a entraîné un afflux ponctuel de 80 millions d'euros, renforcé par le calendrier fiscal. Toutefois, la persistance de la décollecte sur le LDDS et le LEP révèle un problème structurel : les ménages modestes puisent dans leurs économies, tandis que les foyers mieux lotis se tournent vers l'assurance vie. Avec la rentrée scolaire et les fêtes de fin d'année, le second semestre pourrait bien voir le produit phare de l'épargne française replonger dans le rouge. La question n'est plus si le taux est suffisant pour séduire, mais si les Français ont encore les moyens d'épargner.