Le 26 août 2026, SK Gas a payé 5,3 millions de dollars pour franchir le canal de Panama, pulvérisant le précédent record de 4,6 millions établi quelques semaines plus tôt. Ce tarif, multiplié par 96 en six mois, reflète une crise logistique alimentée par la guerre en Iran et une sécheresse historique liée à El Niño. Les délais d’attente atteignent 17 jours, forçant les entreprises à des arbitrages coûteux qui pèsent sur les chaînes d’approvisionnement mondiales.
Canal de Panama : le prix du transit multiplié par 96 en six mois

Le 26 août 2026, SK Gas, entreprise sud-coréenne, a payé 5,3 millions de dollars pour traverser le canal de Panama le 1er septembre, établissant un nouveau record. Ce montant dépasse les 4,6 millions de SK Shipping enregistrés quelques semaines auparavant. En février dernier, une enchère pour un passage d'urgence coûtait en moyenne 55 000 dollars. Six mois plus tard, cette augmentation par 96 indique une crise logistique sans précédent, exacerbée par des tensions géopolitiques et une sécheresse historique.
Une hausse spectaculaire des enchères en six mois
Le navire G. Spirit, transporteur de gaz de pétrole liquéfié, a gagné le droit de traverser le canal en direction nord grâce à cette enchère historique de 5,3 millions de dollars. L'Autorité du canal de Panama (ACP) organise ces enchères pour les créneaux d'urgence, permettant aux armateurs pressés d'éviter des délais d'attente pouvant atteindre 17 jours. Initialement conçu pour réguler la demande, le système d'enchères est devenu un mécanisme de rationnement par les prix face à la congestion actuelle.
Prix médian multiplié par 96
Avant février 2026, les enchères pour un passage prioritaire atteignaient en moyenne 55 000 dollars. Selon l'Autorité du canal, « les résultats récents des enchères ont reflété une demande significativement plus forte, avec des prix supérieurs au prix médian payé avant février ». Cette flambée tarifaire souligne une pression sans précédent sur l'infrastructure. Entre le record de SK Shipping début août (4,6 millions) et celui de SK Gas fin août (5,3 millions), la hausse s'est poursuivie, montrant l'incapacité du marché à absorber la demande croissante.
Convergence de deux crises
Effets du conflit en Iran
Le conflit en Iran a perturbé les routes commerciales, redirigeant de nombreux navires vers le canal de Panama. Cette déviation massive a saturé la capacité du canal, déjà limitée. Plus de 70 % des cargos transitant par le canal sont liés aux États-Unis, transportant des marchandises entre l'Asie et la côte Est américaine. La guerre a donc créé un goulot d'étranglement sur une artère essentielle du commerce mondial, représentant environ 5 % des échanges internationaux.
Conséquences d'El Niño et de la sécheresse
El Niño a provoqué une sécheresse exceptionnelle dans le bassin versant du canal. Entre mai et août 2026, les précipitations ont chuté de 34 % par rapport à la moyenne historique, tandis que les apports d'eau ont reculé de 44 %. Le niveau du lac Gatun, réservoir clé, a dangereusement baissé. Face à cette contrainte, l'ACP a annoncé le 24 août une réduction progressive de la capacité : de 36 transits quotidiens actuellement à 34 à partir du 4 septembre, puis à 32 dès le 15 septembre, amplifiant ainsi la rareté et poussant les prix à la hausse.
Délais d'attente prolongés : coûts pour les entreprises
La réduction de quatre transits quotidiens représente une perte de 120 passages mensuels, soit l'équivalent de quatre jours complets d'activité. Pour les armateurs, cette contraction se traduit par des délais d'attente pouvant atteindre 17 jours. Chaque jour d'immobilisation coûte entre 30 000 et 100 000 dollars, selon la taille et le type de navire, sans compter les pénalités contractuelles pour retard de livraison.
Un porte-conteneurs immobilisé 17 jours accumule des coûts directs et indirects. Pour un navire moyen, ce surcoût atteint 1 à 1,7 million de dollars. Dans ce contexte, débourser 5,3 millions pour éviter l'attente devient un choix économique rationnel pour certains chargeurs, notamment dans le secteur énergétique où les pénalités de retard peuvent dépasser ce montant. SK Gas a ainsi privilégié la certitude du transit immédiat plutôt que le risque d'une attente prolongée.
Face à ces coûts prohibitifs, certaines entreprises explorent des alternatives. Chevron et d'autres acteurs énergétiques envisagent des transferts navire-à-navire pour contourner le canal, chargeant des cargaisons sur des navires plus petits de chaque côté de l'isthme. D'autres armateurs considèrent un retour à la route du cap Horn. Ces stratégies, bien que coûteuses, peuvent être plus économiques que les enchères record du canal. Comme le souligne Bloomberg, « à mesure que l'incertitude logistique augmente, les efforts des entreprises pour raccourcir les délais de transit du canal, même à un coût élevé, sont susceptibles de se poursuivre ».