Prévue pour un an en 2025, reconduite en 2026, la taxe exceptionnelle sur les grandes entreprises devrait figurer une troisième fois au budget 2027. Ce que l'État appelle "effort partagé", les entrepreneurs appellent ça autrement : une trahison de parole. Et un signal dévastateur envoyé à ceux qui investissent encore en France.
3 ans
Durée effective d'une taxe "exceptionnelle" présentée comme ne devant durer qu'un an en 2025.
Le grand classique du "temporaire" fiscal
Il y a un mot qui devrait être interdit dans le vocabulaire fiscal français : "exceptionnel". Chaque fois qu'un ministre prononce ce mot, les entrepreneurs avertis savent exactement ce qu'il faut comprendre : "permanent, mais nous n'osons pas le dire".
La contribution additionnelle sur les bénéfices des grandes entreprises, instaurée en loi de finances 2025 comme mesure "de crise" et "unique", vient d'être confirmée pour 2027 par Roland Lescure, ministre de l'Économie. Avec une formule qui mérite d'être encadrée : "Si on peut baisser la surtaxe sur les entreprises, on le fera, mais aujourd'hui ce n'est pas facile." Traduction honnête : ne comptez pas là-dessus.
Ce n'est pas un épiphénomène. C'est une habitude française documentée. La contribution exceptionnelle sur les hauts revenus, créée en 2012 "pour deux ans", a survécu bien au-delà. Les taxes "temporaires" sur l'énergie, sur les assurances, sur les banques — toutes ont fini par s'incruster dans le paysage fiscal comme du lierre sur un mur. En France, l'impôt ne meurt jamais. Il se métamorphose, se reconduit, se normalise.
Force est de constater que le problème n'est pas tant le montant de cette taxe que ce qu'elle révèle : l'incapacité structurelle de l'État à réduire ses dépenses plutôt qu'à augmenter ses recettes.
Les entreprises ne sont pas un distributeur automatique
Pendant que Paris reconduisait discrètement sa surtaxe, Berlin redoublait d'efforts pour attirer les quartiers généraux européens. Amsterdam offrait des conditions fiscales stables sur dix ans. Berne ne changeait pas d'un iota sa politique d'imposition des entreprises.
En France, on donne d'une main — le Crédit d'Impôt Recherche, les allègements de charges — et on reprend de l'autre, dès que les finances publiques se tendent. Le résultat ? Une imprévisibilité fiscale qui coûte bien plus cher à la compétitivité nationale que le montant de la taxe elle-même.
Ce que les PDG de grandes entreprises — françaises comme étrangères — regardent avant d'investir, ce n'est pas seulement le taux d'imposition du moment. C'est la stabilité, la prévisibilité, la confiance dans la parole de l'État. Sur ces trois critères, la France se disqualifie elle-même, budget après budget. J'entends régulièrement des chefs d'entreprise me confier qu'ils anticipent désormais "une nouvelle surprise fiscale" dans chaque projet de loi de finances. Ce cynisme-là se paye cash en emplois délocalisés et en investissements qui s'arrêtent aux frontières.
"Rigueur" : un mot, deux définitions
Le gouvernement promet "beaucoup de rigueur" pour le budget 2027. Je veux bien le croire. Mais la rigueur, ce n'est pas faire les poches des entreprises et des épargnants en espérant que personne ne regardera de trop près. La vraie rigueur, c'est celle qu'exercent les Pays-Bas sur leur propre administration : réduction du nombre de fonctionnaires, fusion d'agences publiques redondantes, suppression des subventions inefficaces.
En France, les dépenses publiques atteignent 57% du PIB — record de l'Union européenne. Pourtant, à chaque budget, la solution miracle reste la même : une nouvelle taxe "exceptionnelle" sur ceux qui créent de la richesse.
Le jour où un gouvernement français aura le courage de définir la rigueur comme une réduction des dépenses plutôt que comme une hausse des prélèvements, ce sera une véritable rentrée. En attendant, les entrepreneurs, eux, ont déjà compris le message.

