Le Premier ministre Lecornu a juré la main sur le cœur : « ni hausse, ni création d'impôts » dans le budget 2027. Sauf que la réalité, comme toujours, se cache dans les détails. Et dans les détails, il y a des milliards qui sortent discrètement de la poche des Français.
3 127 milliards €
C'est le montant de la dette publique française au premier trimestre 2026 — un record absolu qui condamne chaque budget à l'improvisation fiscale.
La promesse et le mensonge par omission
Il faut rendre hommage à la créativité de nos gouvernants. Quand ils s'engagent à ne pas augmenter les impôts, ils tiennent techniquement parole — en s'arrangeant pour ne pas baisser certains abattements, en laissant « glisser » des seuils de fiscalité sans les indexer sur l'inflation, en supprimant des niches fiscales qui bénéficiaient aux classes moyennes et aux entreprises. C'est ce qu'on appelle, dans le métier, une hausse d'impôts déguisée. Le contribuable, lui, ne voit pas la différence dans son portefeuille : à la fin du mois, il lui reste moins.
Le Figaro a disséqué les pistes à l'étude pour le projet de loi de finances 2027. Le résultat est édifiant. Entre le gel de certains barèmes, la remise en cause d'exonérations ciblées et les hausses de taxes indirectes soigneusement camouflées dans des mesures « techniques », le compte y est. L'État ponctionne, mais avec des gants blancs. À quelques mois d'une présidentielle, il n'est évidemment pas question d'assumer ce que l'on fait vraiment.
Force est de constater que cette pratique n'est pas nouvelle. Elle est même devenue une spécialité française, toutes majorités confondues. L'art de la hausse d'impôts invisible est, hélas, l'un des rares domaines où nos gouvernements successifs font preuve d'une remarquable continuité.
Un budget sous pression électorale maximale
Jean-Hervé Lorenzi, fondateur du Cercle des économistes, affirmait ce week-end avec conviction qu'un budget serait bien voté avant la présidentielle. Je le crois volontiers. Car dans le monde politique français, un budget est avant tout un instrument de redistribution électorale, pas un outil de redressement des comptes publics.
Mélenchon promet de censurer ce budget — et d'annuler la dette détenue par la BCE, idée qui ferait rire si ses conséquences potentielles n'étaient pas aussi terrifiantes pour les marchés et pour nos partenaires européens. Bruno Le Maire, lui, publie un manifeste et laisse planer le doute sur sa candidature. Chacun joue sa partition, pendant que la dette, elle, continue de grimper en silence.
Comparez avec nos voisins : l'Allemagne, après des années de rigueur budgétaire, dispose encore de marges de manœuvre. Les Pays-Bas affichent un ratio dette/PIB inférieur de 45 points au nôtre. La Suisse équilibre ses comptes structurellement depuis vingt ans grâce à son fameux « frein à l'endettement » inscrit dans la Constitution. En France, nous n'avons même pas réussi à inscrire la règle d'or budgétaire dans notre loi fondamentale.
Ce que personne ne veut vous dire avant 2027
La vérité que personne ne veut entendre, à gauche comme à droite, c'est celle-ci : la France ne peut plus se payer ce niveau de dépenses publiques. Pas durablement. Pas sans en faire payer le prix, tôt ou tard, aux entreprises, aux salariés et aux retraités.
Je pense que les Français méritent mieux que cette politique du mensonge doux. Ils méritent un vrai débat sur ce que l'État doit faire — et surtout sur ce qu'il doit arrêter de faire. Pas des tour de passe-passe fiscaux habillés en « mesures techniques ».
La présidentielle 2027 approche. Les candidats vont multiplier les promesses. Posez-leur une seule question : par quelle dépense commencez-vous à couper ?

