Tout comprendre au projet de loi de régulation de l’enseignement supérieur privé

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By Interviews Published on 1 septembre 2026 7h03
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Tout comprendre au projet de loi de régulation de l’enseignement supérieur privé - © Economie Matin

1. Concrètement, quels sont les principaux changements que ce projet de loi va imposer aux établissements d'enseignement supérieur privé comme ceux du Groupe IGENSIA Education ?

Le principal changement est l’instauration d’un cadre plus lisible et plus homogène pour l’ensemble des acteurs de l’enseignement supérieur privé.

Concrètement, le texte renforce les exigences de transparence, de contrôle de la qualité académique, d’information des étudiants et des familles, ainsi que les conditions de reconnaissance par l’État.

Pour le Groupe IGENSIA Education, l’enjeu n’est pas de découvrir la régulation. Nous sommes déjà soumis à de nombreuses évaluations, certifications et contrôles. L’enjeu est davantage de démontrer, dans un cadre désormais plus structuré, la qualité des formations proposées, la robustesse de notre gouvernance et la cohérence de notre mission éducative.

Nous considérons qu’il est légitime que les étudiants disposent d’une information claire sur la nature des diplômes préparés, leur reconnaissance et les perspectives qu’ils ouvrent.

2. Le texte prévoit différents statuts pour les établissements privés. Pouvez-vous nous expliquer ces distinctions et leurs implications pratiques pour votre secteur ?

Le texte distingue plusieurs niveaux de reconnaissance.

D’un côté, des établissements agréés qui répondent à un socle d’exigences fixé par l’État.

De l’autre, des établissements bénéficiant d’un agrément d’intérêt général, qui correspond à un niveau d’engagement supérieur et à des critères renforcés qui pourraient porter sur la mission poursuivie, la gouvernance, la qualité académique et la contribution à l’intérêt collectif. Ces critères restent à définir.

Cette distinction est importante car elle permet de mieux différencier les acteurs du secteur.

Pour un groupe associatif à but non lucratif comme le Groupe IGENSIA Education, qui place sa mission éducative avant toute logique de génération de profit, cette évolution constitue une reconnaissance bienvenue de la diversité des modèles existants dans l’enseignement supérieur privé.

3. Quels amendements adoptés au Sénat vous semblent les plus significatifs, et pourquoi ?

Au-delà des amendements pris individuellement, ce qui me paraît le plus important est le changement de philosophie introduit par le Sénat.

Le débat ne porte plus uniquement sur la régulation du secteur privé lucratif. Les sénateurs ont cherché à construire un cadre global permettant de mieux distinguer les établissements selon leur niveau d'engagement, leur qualité académique, leur transparence et leur contribution à l'intérêt général.

Trois orientations se dégagent.

La première consiste à mieux différencier les modèles d'établissements. Avec la création de l'agrément d'intérêt général, le Sénat reconnaît qu'il existe des réalités très différentes au sein de l'enseignement supérieur privé. Un établissement associatif à gestion désintéressée, investi dans une mission éducative de long terme, ne répond pas à la même logique qu'un opérateur purement commercial.

La deuxième vise à protéger davantage les étudiants et leurs familles. Les sénateurs ont souhaité renforcer la transparence sur la nature des diplômes, les reconnaissances obtenues, les débouchés et les engagements des établissements. L'objectif est de permettre des choix d'orientation plus éclairés.

La troisième consiste à instaurer davantage de cohérence entre enseignement supérieur et apprentissage. Une part importante des étudiants du supérieur est aujourd'hui formée dans le cadre de l'alternance. Le Sénat a donc cherché à éviter que des activités comparables soient soumises à des exigences très différentes selon leur statut juridique.

Au fond, le déplacement majeur du débat est là.

Pendant plusieurs années, la question était souvent présentée comme une opposition entre enseignement supérieur public et enseignement supérieur privé.

Le Sénat a largement dépassé cette approche. La véritable distinction devient désormais celle entre les établissements qui démontrent leur qualité, leur transparence et leur contribution à l'intérêt général, et ceux qui ne le font pas.

Pour un groupe associatif comme IGENSIA Éducation, cette évolution va dans le bon sens. Elle permet de recentrer le débat sur ce qui compte réellement : la qualité des formations, la réussite des étudiants et la confiance que les familles peuvent accorder aux établissements.

4. Cette régulation renforcée représente-t-elle selon vous une contrainte ou une opportunité pour les acteurs sérieux de l'enseignement supérieur privé ?

Pour les acteurs sérieux, c’est avant tout une opportunité.

Les établissements qui investissent durablement dans la qualité académique, la réussite étudiante, l’employabilité et la conformité réglementaire ont intérêt à ce que les règles du jeu soient claires pour tous.

La régulation devient problématique lorsqu’elle se transforme en accumulation de procédures administratives sans valeur ajoutée pédagogique.

Notre position est simple : nous sommes favorables à une régulation exigeante lorsqu’elle protège les étudiants, favorise la transparence et valorise les établissements qui investissent réellement dans leur mission éducative.

5. Pouvez-vous nous donner des chiffres sur l'impact financier attendu de ces nouvelles règles sur votre groupe et plus largement sur le secteur ?

Il est encore trop tôt pour fournir des chiffres consolidés.

Les impacts dépendront des décrets d’application, des modalités de contrôle et de leur coût, des procédures d’évaluation qui seront retenues et des éventuelles obligations nouvelles qui accompagneront la réforme.

Ce qui est certain, c’est que les établissements devront investir davantage dans les dispositifs de qualité, de conformité, de traçabilité et d’information.

À l’échelle du secteur, la principale conséquence sera probablement moins le coût administratif que la nécessité de disposer de modèles économiques solides, pérennes et compatibles avec des exigences accrues de qualité.

6. Comment cette loi va-t-elle modifier les relations entre établissements privés et universités publiques, notamment en termes de reconnaissance des diplômes ?

Cette réforme devrait contribuer à clarifier les relations entre les établissements privés et les établissements publics.

Les partenariats académiques continueront naturellement à exister, mais ils devront reposer sur des bases plus transparentes et plus lisibles.

La reconnaissance des diplômes et des formations doit être fondée sur des critères académiques objectifs et vérifiables.

Nous considérons qu’il est sain que les étudiants puissent distinguer clairement un diplôme national, un grade universitaire, un titre du répertoire national des certifications professionnelle ou une certification professionnelle.

La lisibilité bénéficie à tout le monde : étudiants, familles, entreprises, établissements privés et établissements publics.

7. Les étudiants et leurs familles vont-ils voir une différence concrète suite à l'application de cette loi ?

Oui, c’est un des objectifs de la loi.

La première différence sera une meilleure lisibilité de l’offre de formation.

Les étudiants disposeront d’informations plus claires concernant la reconnaissance des diplômes, les conditions d’accès aux études, les possibilités de poursuite de parcours, les frais de scolarité et les engagements des établissements.

Dans un marché devenu très vaste et parfois difficile à décrypter, cette transparence renforcée constitue une avancée utile.

8. Certains acteurs du secteur craignent une sur-réglementation qui pourrait freiner l'innovation pédagogique. Partagez-vous cette inquiétude ?

La qualité et l’innovation ne sont pas contradictoires. L’innovation pédagogique suppose de pouvoir expérimenter, adapter les parcours, développer de nouvelles modalités d’apprentissage et répondre rapidement aux évolutions du monde professionnel.

L’enjeu est donc de trouver un équilibre entre contrôle et capacité d’innovation.

Nous serons attentifs à ce que les textes d’application préservent cette capacité d’expérimentation qui est aujourd’hui indispensable pour former efficacement les étudiants aux transformations économiques, technologiques et sociétales.

9. Quelles adaptations le Groupe IGENSIA Education va-t-il devoir mettre en place et selon quel calendrier ?

Nous avons déjà engagé depuis plusieurs années un travail important sur la qualité académique, la conformité, la structuration de notre offre et la lisibilité de nos parcours.

Cette réforme s’inscrit donc dans une trajectoire que nous avons déjà largement anticipée. Nous avons déjà modifié nos organisations pour augmenter nos standards de qualités.

Nous poursuivrons notamment le renforcement de nos dispositifs qualité, la clarification de notre architecture de marques et de programmes, la sécurisation des reconnaissances académiques et l’amélioration continue de l’information apportée aux étudiants et aux familles.

Le calendrier dépendra naturellement de l’adoption définitive du texte et de la publication des décrets d’application.

10. Plus largement, comment voyez-vous évoluer le marché de l'enseignement supérieur privé en France dans les prochaines années ?

Nous entrons dans une phase de maturation du marché.

Pendant plusieurs années, la croissance a été portée principalement par l’augmentation du nombre d’étudiants et le développement de l’apprentissage.

Les prochaines années seront davantage marquées par des enjeux de qualité, de différenciation, de reconnaissance académique, d’expérience étudiante et de pérennité des établissements de solidité économique.

Je pense que les établissements qui réussiront seront ceux qui sauront démontrer simultanément leur impact pédagogique, leur utilité sociale, leur proximité avec les entreprises et leur capacité à accompagner les grandes transitions du monde contemporain.

Pour un groupe associatif comme le nôtre cette évolution est cohérente avec notre vocation : former des acteurs de la métamorphose du monde en conciliant excellence académique, employabilité et responsabilité sociétale.

En conclusion, cette réforme ne doit pas opposer enseignement supérieur public et enseignement supérieur privé, opposer les acteurs privés lucratifs et non lucratif.

La véritable ligne de partage est entre les établissements qui créent durablement de la valeur éducative pour les étudiants et ceux qui ne le font pas.

Notre enjeu collectif est de renforcer la confiance dans l'ensemble du système d'enseignement supérieur français.

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