Scolarité perturbée : les tempêtes de 2025 auraient volatilisé 170 milliards d’euros de capital humain

L’UNICEF estime à 200 milliards de dollars (soit 170 milliards d’euros) les revenus futurs perdus suite aux interruptions scolaires dues au dérèglement climatique, et à 171 millions le nombre d’élèves impactés. Cette hémorragie de capital humain frappe 106 pays, concentrée à 75% dans les économies fragiles, avec seulement 1,5% des financements climatiques alloués à la résilience éducative.

Anton Kunin
By Anton Kunin Last modified on 14 septembre 2026 8h23
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Scolarité perturbée : les tempêtes de 2025 auraient volatilisé 170 milliards d’euros de capital humain - © Economie Matin
6 millionsSi les tendances actuelles se maintiennent, 6 millions d'enfants de plus pourraient quitter définitivement l'école d'ici fin 2026 à cause des perturbations climatiques.

En 2025, au moins 171 millions d'élèves ont vu leur scolarité interrompue par des événements climatiques, entraînant une perte d'au moins 170 milliards d'euros en revenus futurs, a estimé l'UNICEF. Ce montant équivaut au PIB annuel de la Suisse. L'UNICEF a publié le 10 septembre 2026 une analyse qui met en lumière l'impact macroéconomique de cette crise éducative, documentant les perturbations scolaires dans 106 pays et territoires. Un élève sur dix a manqué des cours à cause de tempêtes, d'inondations ou de vagues de chaleur, menaçant la croissance mondiale pour les décennies à venir.

Une perte de capital humain : 170 milliards d'euros disparus

Les 170 milliards d'euros représentent le coût minimal des pertes d'apprentissage en 2025, calculé sur la vie active des élèves touchés. Cette estimation considère l'impact à long terme sur la productivité. Chaque jour de classe perdu diminue le potentiel de revenus futurs. Selon le rapport « Learning Interrupted » de l'UNICEF, 66% des élèves ont vu leurs cours suspendus, et 21% n'ont pas pu retourner en classe en raison des dommages aux écoles ou de leur conversion en abris d'urgence. « Les aléas climatiques menacent la vie et l'avenir des enfants. Nous devons investir dans des écoles et des systèmes éducatifs résistants aux chocs climatiques », déclare Catherine Russell, directrice générale de l'UNICEF.

La méthodologie utilise l'analyse du retour sur investissement de l'éducation. Chaque année de scolarité complétée augmente le revenu futur d'environ 10% en moyenne mondiale. Les interruptions climatiques de 2025 ont causé des pertes d'apprentissage équivalant à plusieurs semaines ou mois d'enseignement. Avec 171 millions d'élèves concernés, ces lacunes entraînent un déficit massif de compétences. Les économistes évaluent également les coûts indirects, tels que la baisse de l'innovation, la réduction de la mobilité sociale et l'affaiblissement du tissu productif. L'exposition massive des enfants aux catastrophes climatiques exacerbe ces risques structurels.

Les pays à faible revenu sont les plus touchés : 75% des élèves impactés

Trois quarts des 171 millions d'élèves perturbés vivent dans des pays à revenu faible ou intermédiaire inférieur. Ces économies ont des systèmes éducatifs sous-financés, incapables de supporter les chocs climatiques. Au Vietnam, plus de trois millions d'élèves ont vu leur scolarité perturbée par les tempêtes et inondations. Cette concentration géographique représente un double handicap : les pays les moins responsables des émissions carbone subissent les pires conséquences éducatives et économiques. Le déficit de capital humain renforce leur retard de développement, réduisant leur capacité à diversifier leurs économies et à attirer les investissements.

Chaque type de catastrophe climatique a des conséquences économiques distinctes. En 2025, les tempêtes ont touché 109 millions d'élèves, les inondations 70 millions, et les vagues de chaleur environ 50 millions. Ces chiffres se chevauchent partiellement, 40 pays ayant subi plusieurs perturbations dans la même année. La multiplication des événements extrêmes crée un effet cumulatif dévastateur pour les budgets publics et les ménages.

Les tempêtes détruisent les infrastructures scolaires et déplacent les populations. En avril 2025, la tempête due au khamsin en Égypte a fermé toutes les écoles nationales, affectant plus de 28 millions d'enfants. En octobre, le cyclone tropical Montha a perturbé la scolarité d'au moins 16 millions d'enfants en Asie du Sud. Ces interruptions massives créent des lacunes importantes dans les parcours éducatifs. Les secteurs économiques les plus touchés sont ceux qui nécessitent une main-d'œuvre qualifiée : technologies, services, industrie manufacturière avancée. La perte de compétences techniques et numériques pèsera sur la compétitivité des économies affectées pendant au moins deux décennies.

Août 2025 a connu le plus grand nombre de perturbations scolaires liées au climat au niveau mondial. Les inondations de mousson au Pakistan ont retardé la rentrée de plus de 28 millions d'élèves. Sept mois après l'ouragan Melissa dans les Caraïbes, plus de 600 écoles primaires et secondaires endommagées restent en réparation. Certains élèves n'assistent aux cours que deux à trois jours par semaine. Les prévisions de croissance 2026 pour ces régions incluent un facteur « perte de capital humain climatique » réduisant le PIB potentiel de 0,3 à 0,8 point selon les pays.

Pourquoi l'investissement dans la résilience éducative est insuffisant

Seuls 1,5% des investissements mondiaux en financement climatique sont destinés à l'éducation. Cette sous-allocation massive explique la vulnérabilité persistante des systèmes scolaires. Les gouvernements privilégient les infrastructures énergétiques, les digues et l'agriculture résiliente. L'éducation reste négligée dans l'adaptation climatique, malgré son rôle crucial dans la construction du capital humain.

Trois raisons expliquent cette négligence. D'abord, les retours sur investissement de l'éducation résiliente sont différés de 15 à 20 ans. Ensuite, les ministères de l'Éducation manquent d'expertise technique pour concevoir des projets « climate-proof ». Enfin, les bailleurs internationaux privilégient les projets à impact immédiat. Résultat : les écoles restent fragiles, construites avec des matériaux inadaptés, situées dans des zones inondables, sans systèmes de refroidissement face aux canicules.

Si les tendances actuelles se maintiennent, 6 millions d'enfants de plus pourraient quitter définitivement l'école d'ici fin 2026 à cause des perturbations climatiques. Cette projection repose sur l'analyse des taux de décrochage après catastrophe. Chaque mois d'interruption augmente de 5 à 10% la probabilité d'abandon scolaire, surtout pour les filles sollicitées pour les tâches domestiques et la collecte d'eau. L'impact macroéconomique total pourrait atteindre 300 milliards USD pour la prochaine génération, créant un cercle vicieux de pauvreté et de vulnérabilité climatique.

Anton Kunin

Après son Master de journalisme, Anton Kunin a rejoint l'équipe d'ÉconomieMatin, où il écrit sur des sujets liés à la consommation, la banque, l'immobilier, l'e-commerce et les transports.

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