Nutri-Score : un coût de 2,5 milliards pour le secteur alimentaire

Neuf ans après son lancement, le Nutri-Score reste volontaire en France. L’absence d’obligation législative crée une économie à deux vitesses : les entreprises pionnières engrangent gains de notoriété et fidélité consommateur, tandis que les abstentionnistes maintiennent une opacité nutritionnelle profitable à court terme.

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By Rédaction Published on 26 septembre 2026 14h01
Nutri-Score
Nutri-Score : un coût de 2,5 milliards pour le secteur alimentaire - © Economie Matin
78%78% des Français connaissaient le Nutri-Score en 2026, contre 25% en 2018.

Quel est le véritable impact économique de cette situation ? Une analyse estime une perte de 2,5 milliards d'euros pour le secteur alimentaire français, selon les données du marché mondial du test, inspection et certification (TIC) alimentaires.

Nutri-Score : un avantage économique pour les pionniers

Les enseignes ayant adopté le Nutri-Score dès 2017, comme Carrefour, Monoprix et Leclerc, bénéficient d'un avantage concurrentiel. Selon une étude de la Fondation Jean-Jaurès coordonnée par Camille Chaussinand, maître de conférences à Sciences Po Grenoble, 78% des Français connaissaient le Nutri-Score en 2026, contre 25% en 2018. Cette notoriété se traduit par une fidélisation accrue, les enseignes pionnières enregistrant une hausse de 12% de la fréquentation de leurs rayons alimentaires entre 2020 et 2025, comparée à 4% pour les enseignes réfractaires.

La transparence nutritionnelle devient un argument commercial. Mathilde Touvier, directrice de recherche à l'Inserm et co-créatrice du Nutri-Score, souligne l'importance des facteurs nutritionnels sur la santé, impactant l'hypertension, le diabète, les maladies cardiovasculaires ou les cancers. Les produits avec un Nutri-Score A ou B ont gagné 18% de parts de marché depuis 2020.

Les coûts cachés du volontarisme : perte de compétitivité

Le Nutri-Score, en restant volontaire, divise l'industrie alimentaire. D'une part, les entreprises qui l'adoptent misent sur la transparence pour séduire les consommateurs. D'autre part, celles qui s'abstiennent préservent l'opacité pour protéger des produits mal notés. Cette situation crée une asymétrie informationnelle, les consommateurs ayant une vision incomplète du marché. Selon un sondage BVA de mars 2026, 34% des Français ne comprennent pas pourquoi certains produits affichent le Nutri-Score et d'autres non.

Bien que les abstentionnistes craignent une perte de compétitivité, les données montrent qu'elles perdent 7% de parts de marché entre 2022 et 2026 dans les catégories où l'étiquetage est majoritaire. L'absence de label est un signal négatif pour les consommateurs avertis.

Scénario économique 2026-2030 : vers une obligation législative ?

Rendre le Nutri-Score obligatoire transformerait l'économie du secteur. Les PME devraient investir entre 30 000 et 150 000 euros pour étiqueter et reformuler leurs produits. Avec 17 000 PME concernées, l'investissement total s'élèverait à 1,5 milliard d'euros sur trois ans. Cependant, ces coûts seraient compensés par des gains grâce à une concurrence basée sur la qualité.

Les grandes entreprises, déjà engagées, renforceraient leur avance. Les réfractaires actuels subiraient les coûts de rattrapage et une perte d'image. Les projections de FranceAgriMer prévoient une redistribution des parts de marché de 15% en faveur des marques bien notées d'ici 2030 et une augmentation de 8% des exportations alimentaires françaises grâce à un étiquetage rigoureux.

Enfin, Mathilde Touvier rappelle que l'objectif du Nutri-Score n'est pas d'interdire, mais d'informer. L'obligation législative ne changerait pas immédiatement les habitudes alimentaires, mais établirait une concurrence équitable et améliorerait progressivement l'offre, alors que le statu quo volontaire maintient une fragmentation coûteuse pour l'économie et la santé publique.

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