Les retraites sont déjà revalorisées chaque année en fonction de l’inflation. Jean-Pierre Farandou veut désormais changer la méthode : le ministre du Travail propose que le niveau de hausse des pensions soit discuté chaque année avec les partenaires sociaux. Une piste qui intervient au moment où le budget 2027 pourrait demander un effort à une partie des retraités.
Retraite : quelle revalorisation en 2027 ? La proposition du ministre du Travail

Les retraites sont actuellement protégées par un mécanisme légal de revalorisation annuelle lié à l’évolution des prix. Jean-Pierre Farandou propose d’introduire une logique différente, fondée sur une négociation annuelle avec les partenaires sociaux, à l’image des discussions salariales. Déjà avancée le 13 septembre, l’idée a été précisée par le ministre lors de son passage dans « Bonjour ! La Matinale TF1 », lundi 21 septembre 2026. Le ministre entend garantir un niveau minimal de hausse tout en permettant une discussion annuelle sur son ampleur.
Retraite : le ministre du Travail veut négocier leur hausse chaque année
Il existe déjà une revalorisation annuelle des pensions de retraite de base. Le Code de la Sécurité sociale prévoit que celle-ci intervient au 1er janvier et que son coefficient est déterminé à partir de l’évolution de la moyenne annuelle des prix à la consommation hors tabac. Légifrance précise que ce calcul repose sur les douze derniers indices mensuels publiés par l’Insee avant la date de revalorisation.
La proposition de Jean-Pierre Farandou ne consiste donc pas à créer une revalorisation annuelle qui n’existerait pas aujourd’hui. Elle vise à modifier la manière dont son niveau serait déterminé, en faisant intervenir les partenaires sociaux dans une négociation annuelle.
Le ministre avait déjà ouvert ce chantier le 13 septembre. « Ce que je mets au débat, c’est de traiter justement la revalorisation des retraites comme les salaires par une négociation annuelle de revalorisation », avait-il expliqué, selon La Tribune, en précisant que « la responsabilité resterait à l’État ».
Sur TF1, le 21 septembre, Jean-Pierre Farandou a de nouveau défendu ce principe : « Aucune retraite ne sera baissée. Je propose comme pour les salariés : une revalorisation annuelle des retraites avec les partenaires sociaux comme dans les entreprises », selon les propos de l’interview rapportés par Capital.
Le changement serait loin d’être anodin. Dans le système actuel, la référence aux prix constitue le cœur du mécanisme légal. Une négociation annuelle introduirait d’autres paramètres dans la fixation de la hausse, même si les modalités précises du dispositif restent à définir.
Une hausse minimale des pensions dans le système proposé
L’une des questions centrales porte sur le plancher qui accompagnerait cette négociation. Jean-Pierre Farandou ne propose pas, dans ses déclarations, que les partenaires sociaux puissent décider chaque année d’une baisse nominale des pensions de retraite.
« Il n’y a jamais de moins, il n’y a que du plus », a déclaré le ministre sur TF1, selon les propos rapportés par Capital. Cette formulation doit néanmoins être distinguée de la question du pouvoir d’achat. Une pension peut rester stable en euros et néanmoins perdre de la valeur réelle lorsque les prix augmentent. De la même manière, une pension revalorisée moins rapidement que l’inflation progresse en euros tout en entraînant une perte de pouvoir d’achat.
C’est précisément ce qui rend le débat sur l’indexation particulièrement sensible.
Aujourd’hui, l’article L.161-25 du Code de la Sécurité sociale prévoit que la revalorisation repose sur l’évolution de la moyenne annuelle des prix à la consommation hors tabac. Il précise également que si le coefficient calculé est inférieur à un, celui-ci est ramené à un. Autrement dit, le mécanisme légal actuel comporte déjà une protection contre une diminution résultant de ce calcul.
La proposition du ministre du Travail déplacerait donc une partie du débat : plutôt que de laisser la formule légale déterminer seule la hausse, les partenaires sociaux pourraient être associés chaque année à la fixation de son niveau.
Budget 2027 : plusieurs scénarios différents sont étudiés
Cette proposition intervient au moment où l’exécutif cherche parallèlement à réaliser des économies sur les dépenses publiques et sociales dans le cadre du budget 2027.
Un avant-projet de loi de financement de la Sécurité sociale consulté par Le Monde prévoit ainsi plusieurs niveaux de revalorisation selon le montant total des pensions perçues.
Dans le scénario actuellement examiné, les retraités percevant moins de 1.260 euros par mois verraient leur pension de base continuer à progresser au même rythme que l’inflation.
Entre 1.260 et 2.034 euros, la pension de base augmenterait, mais moins rapidement que les prix. Un coefficient spécifique devrait alors être fixé par décret.
À partir de 2.034 euros de pensions mensuelles totales, la retraite de base pourrait en revanche être gelée.
Une précision est essentielle : le seuil de 2.034 euros prendrait en compte l’ensemble des pensions perçues par le retraité, y compris les complémentaires, mais le gel envisagé concernerait la pension de base.
Ces paramètres ne constituent cependant pas une décision définitive. Le ministère du Travail a indiqué au Monde que les textes n’étaient pas encore finement rédigés ni arbitrés et que la concertation politique se poursuivait.
Il faut donc distinguer deux sujets : les mesures budgétaires éventuellement applicables en 2027 et la réforme plus structurelle du mode de revalorisation proposée par Jean-Pierre Farandou.
Une proposition encore loin d’être adoptée
Le ministre du Travail reconnaît lui-même que sa proposition n’est, à ce stade, qu’une piste. « C’est une proposition qui est encore loin d’être décidée et votée au Parlement », a-t-il déclaré lors de son passage sur TF1.
Le précédent du budget 2026 incite effectivement à la prudence. Le projet initial de loi de financement de la Sécurité sociale prévoyait alors un gel des pensions de retraite de base. Cette disposition a finalement disparu au cours de l’examen parlementaire.
Les pensions de base ont ainsi été revalorisées de 0,9% au 1er janvier 2026. Service-Public précise que cette augmentation a été effectuée conformément à la règle légale d’indexation sur l’inflation.
La négociation annuelle proposée par Jean-Pierre Farandou poserait en outre plusieurs questions qui restent sans réponse précise : quels régimes seraient concernés ? Quel serait le plancher garanti ? Quel rôle exact auraient les syndicats et les organisations patronales ? Sur quels indicateurs économiques et démographiques s’appuierait la discussion ? Et surtout, quelle place conserverait l’inflation dans le futur mécanisme ?
