Avec 37% de l’audience radiophonique réalisée en voiture selon Médiamétrie, le secteur français mobilise législateurs nationaux et européens. Le 21 septembre 2026, Radio France, l’Alliance de la Radio et Les Locales exigent l’obligation d’installer des récepteurs FM et DAB+ dans les véhicules neufs, face aux constructeurs qui privilégient les plateformes de streaming payantes.
Radios en voiture : leurs audiences menacées par la disparition des récepteurs

À la fin 2025, 37% de l'audience des radios en France provenait des véhicules, d'après Médiamétrie, plaçant le secteur face à une menace sérieuse. Le 21 septembre 2026, Radio France, l'Alliance de la Radio et Les Locales ont lancé un appel conjoint pour rendre obligatoire l'installation de récepteurs FM et DAB+ dans les voitures neuves. Cette initiative répond à l'absence de ces équipements chez certains constructeurs, notamment américains et chinois, qui favorisent les plateformes de streaming payantes.
Un chiffre alarmant pour le secteur radiophonique
La voiture est le principal lieu d'écoute radio en France. Selon Médiamétrie, les trajets automobiles représentent un tiers de l'audience totale, soit 37% à fin 2025. Ce chiffre crucial a conduit à une alliance sans précédent entre acteurs publics, privés et associatifs face à la disparition progressive des récepteurs hertziens dans les véhicules neufs.
Impact sur les revenus publicitaires
L'audience des automobilistes est une source majeure de revenus publicitaires. Les annonceurs ciblent particulièrement les auditeurs en déplacement, notamment aux heures de pointe, où les tarifs publicitaires sont les plus élevés. La perte de ce canal mettrait en péril l'ensemble de la chaîne de valeur radiophonique, des grandes stations aux radios locales, rendant obsolètes les modèles économiques actuels sans intervention législative.
Le choix des constructeurs pour le streaming
Certaines marques automobiles proposent désormais la radio hertzienne en option payante ou la suppriment complètement de leurs systèmes embarqués. La Lettre de l'Audiovisuel indique que les constructeurs préfèrent signer des accords avec Spotify, Deezer ou Apple Music, intégrés directement dans leurs écrans tactiles. Cette approche leur garantit des revenus récurrents via les abonnements, au détriment de l'accès gratuit aux ondes hertziennes.
Compétition entre radio hertzienne et plateformes numériques
Deux modèles s'affrontent : la radio hertzienne, gratuite et instantanée, ne nécessite pas de données mobiles, tandis que les plateformes de streaming requièrent un abonnement, une connexion internet et collectent des données d'écoute. Constance Benqué, présidente de l'Alliance de la Radio et d'Europe 1, avertit : « L'accès des Français à la radio ne doit pas dépendre d'accords entre constructeurs et plateformes de streaming. C'est au législateur de le garantir. » L'indépendance informationnelle est un enjeu majeur pour le secteur.
Deux fronts législatifs pour préserver le modèle économique
Face à cette situation critique, les acteurs du secteur se tournent vers les instances européennes et françaises. Le 22 septembre 2026, Sibyle Veil, présidente de Radio France, et Constance Benqué ont envoyé une lettre au ministre de l'Économie, Roland Lescure. Le secteur coopère également avec l'Arcom, le SGDSN et le ministère de la Culture pour défendre ses positions à Bruxelles.
Le rôle du Digital Networks Act en Europe
Le Digital Networks Act (DNA), en discussion au Parlement européen, est un levier législatif crucial. Ce texte pourrait imposer l'équipement des voitures neuves en récepteurs FM et DAB+ au niveau européen. Sibyle Veil s'est rendue à Bruxelles le 9 septembre 2026 pour soutenir cet enjeu de souveraineté culturelle. La consultation sur le DNA inclut désormais les positions du secteur radiophonique français.
Proposition de loi Lafon en France
En France, l'article 2 de la proposition de loi sur la modernisation de la radio, présentée par le sénateur Laurent Lafon, intègre cette obligation d'équipement. Le débat au Sénat est prévu pour le 13 octobre 2026, trois semaines après l'appel commun du secteur. Si le consensus politique est atteint, une adoption rapide pourrait en découler.
Sans législation, le secteur radiophonique risquerait de perdre plus d'un tiers de son audience, compromettant sa viabilité. Les réponses législatives, tant européennes que françaises, détermineront si la radio hertzienne continue de jouer un rôle majeur dans l'économie médiatique française ou cède face aux géants du streaming numérique.