Les taux d'intérêt imposés à la France ont plus augmenté que ceux de presque tous les autres grands pays depuis janvier. Ce n'est pas un accident de calendrier : c'est un verdict. Et ce verdict, il est temps de le lire en face.
54 milliards €
C'est l'effort de redressement promis dans le budget 2027, présenté jeudi en Conseil des ministres — à condition qu'il soit réel.
Les marchés ont horreur du déni
Il faut parfois écouter ceux qui mettent leur argent là où d'autres mettent leurs discours. Depuis le début de l'année 2026, les investisseurs internationaux ont clairement exprimé leur défiance envers la France : les taux auxquels ils acceptent de lui prêter de l'argent ont augmenté plus vite que pour presque tous les autres grands pays comparables. Ce n'est pas une question de conjoncture mondiale. C'est un message adressé à Paris, personnel et nominatif.
Certains évoquent désormais, à voix basse, une possible crise de la dette. Le mot fait peur. Il devrait surtout faire réfléchir. Parce que la France s'apprête encore une fois à présenter un budget 2027 en fanfare — 54 milliards d'euros d'effort de redressement, annonce-t-on fièrement — tout en continuant à faire payer les autres plutôt qu'à réformer l'État. Taxer les exploitants d'autoroutes et d'aéroports à hauteur de 800 millions d'euros supplémentaires. Désindexer partiellement les retraites. Chercher de l'argent partout, sauf là où il faudrait vraiment mettre les mains : dans la dépense publique structurelle.
Force est de constater que 54 milliards d'euros d'effort sonne creux quand la méthode reste la même depuis vingt ans : on cherche des recettes nouvelles plutôt que de tailler dans les dépenses inutiles.
Taxer toujours plus, réformer jamais
L'exemple des autoroutes et des aéroports est à lui seul révélateur. Ces entreprises investissent, entretiennent des infrastructures, emploient des salariés. Les taxer davantage, c'est soit leur couper les moyens d'investir, soit répercuter la hausse sur les usagers. Dans les deux cas, c'est l'économie réelle qui trinque. La même logique vaut pour les retraités modestes que la désindexation des pensions va pénaliser de plein fouet, comme le calcule très précisément l'Institut des politiques publiques : la mesure pèsera proportionnellement bien plus sur les petites pensions que sur les grandes.
Je le dis clairement : je ne suis pas opposé à ce que tout le monde contribue à l'effort de redressement. Mais cet effort doit commencer par ceux qui dépensent l'argent des Français, pas seulement par ceux qui le gagnent ou le reçoivent. En Allemagne et aux Pays-Bas, le débat sur la maîtrise de la dépense publique est assumé, concret, chiffré. À Berlin, on vient même d'exiger que Bruxelles supprime des centaines de milliards d'euros de dépenses planifiées dans le prochain budget européen. Ici, on cherche encore 800 millions en tapant sur les concessionnaires d'autoroutes.
2027 : l'échéance de tous les dangers
La vraie question n'est pas celle du budget 2027, c'est celle de la trajectoire. La dette française atteindra un nouveau record l'an prochain, et les marchés le savent avant même que les chiffres soient publiés. Chaque point de taux supplémentaire que la France paie sur sa dette, c'est plusieurs milliards en moins pour les services publics, pour les entreprises, pour le pouvoir d'achat.
La présidentielle de 2027 approche, et chaque candidat sort ses propositions — retraites par points pour Villepin, âge légal revu pour Philippe. Tant mieux. Mais qu'on ne s'y trompe pas : ce n'est pas en jouant à cache-cache avec la réalité budgétaire qu'on redressera le pays. Les marchés, eux, ne votent pas. Ils facturent.

