Face à l’essor du numérique, alimenté par l’intelligence artificielle, les cryptomonnaies et la croissance exponentielle des usages en ligne, les data centers deviennent un objet de préoccupation majeur pour l’environnement. Une étude récente de l’Agence de la transition écologique (ADEME) alerte sur une trajectoire de consommation électrique des centres de données en France qui pourrait être multipliée par près de quatre d’ici 2035, si rien n’est fait pour maîtriser cette croissance. L’impact s’étend bien au-delà de l’électricité, pesant sur l’eau, le climat et la souveraineté numérique.
Environnement : la croissance des data centers fait craindre une surconsommation d’énergie

Une hausse potentielle de la consommation électrique sans précédent
Selon la prospective publiée par l’ADEME début janvier 2026, si les tendances actuelles se poursuivent, notamment l’augmentation des services numériques et la demande croissante de capacités de calcul, « la consommation d’électricité induite par les usages français pourrait être multipliée par 3,7 d’ici 2035 » dans un scénario tendanciel. Ce chiffre, qui reflète une trajectoire sans changements structurels majeurs, met en lumière le rôle central de l’intelligence artificielle dans cette évolution : les besoins en capacité de calcul et en stockage explosent, entraînant une hausse continue des besoins énergétiques.
En 2024, selon l’inventaire de l’ADEME, la France comptait 352 centres de données, consommant environ 10 térawattheures (TWh) d’électricité par an, un chiffre qui situait déjà cette consommation à une fraction significative de la demande électrique nationale de 449 TWh. Cette projection met en évidence un défi énergétique majeur alors que la France est exportatrice nette d’électricité, mais où une augmentation de la demande pourrait néanmoins peser sur les objectifs climatiques nationaux et européens.
Au‑delà de l’électricité : eau, ressources et souveraineté numérique
L’impact environnemental des centres de données ne se limite pas à l'électricité. La même étude souligne que ces installations consomment également des volumes importants d’eau, utilisés pour le refroidissement des équipements, un aspect souvent négligé mais essentiel pour maintenir la performance des serveurs. Cette dépendance à l’eau peut accentuer la pression sur les ressources locales, notamment dans des régions déjà soumises à des contraintes hydriques.
L’enjeu de la souveraineté numérique est également mis en avant, une grande partie des données produites et stockées par les acteurs français est en réalité hébergée à l’étranger ou dépend de capacités de calcul en dehors du territoire. Cette dépendance expose la France à des risques stratégiques et renforce l’importance d’infrastructures nationales robustes et durables pour répondre aux besoins croissants des utilisateurs.
Des moteurs de croissance puissants : IA, cryptomonnaies et usages numériques
Plusieurs moteurs expliquent cette croissance soutenue des besoins en centres de données. L’intelligence artificielle, avec ses modèles de plus en plus grands et gourmands en calcul, génère des besoins énergétiques colossaux pour l’entraînement et l’inférence des modèles. Les cryptomonnaies ajoutent une couche supplémentaire de demande continue de puissance de calcul pour le minage et la validation des transactions.
L’ensemble des usages numériques (streaming vidéo, réseaux sociaux, jeux en ligne, échanges de données) impose également une disponibilité et une capacité de traitement constantes. Cette tendance amplifie naturellement l’empreinte énergétique des infrastructures numériques et renforce l’interdépendance entre performance, croissance et pression environnementale.
Vers une gestion durable : sobriété, innovation et régulation
Les conclusions de l’étude de l’ADEME ne se limitent pas à un constat alarmant. Elles ouvrent aussi des pistes d’action pour éviter les trajectoires les plus intensives en énergie. Parmi celles‑ci figurent la sobriété numérique, l’optimisation des logiciels pour réduire la demande de calcul, l’introduction de systèmes de refroidissement plus efficaces, ou encore l’utilisation importante d’énergies renouvelables pour alimenter les centres de données.
Des scénarios alternatifs à celui de la simple extension tendancielle illustrent que des stratégies ambitieuses pourraient conduire à des trajectoires de consommation bien plus maîtrisées, voire à des réductions significatives à long terme. Cela suppose toutefois une coordination politique, industrielle et territoriale forte, ainsi qu’une prise en compte effective des coûts environnementaux dans les décisions d’implantation et de conception des infrastructures.
