Chaque année, les épargnants comparent les sociétés civiles de placement immobilier sur un seul chiffre, le taux de distribution. Il est partout : dans les plaquettes, dans les classements de la presse patrimoniale, en tête de tous les tableaux. Il a un mérite, celui d’exister et d’être publié par les sociétés de gestion. Il a un défaut, et il est massif : c’est un chiffre avant impôt.
Comparateur SCPI : pourquoi le rendement affiché ne veut presque rien dire

Autrement dit, un comparateur SCPI qui classe les fonds sur le taux de distribution compare des montants que personne ne touchera jamais. Deux véhicules affichés à 7 % ne versent pas la même chose à l'arrivée, et l'écart ne se joue pas à la décimale.
Deux fois 7 %, et pourtant deux revenus différents
La différence tient à l'endroit où les immeubles sont situés. Les loyers encaissés en France supportent l'impôt sur le revenu à votre tranche marginale, puis 17,2 % de prélèvements sociaux. Les loyers encaissés ailleurs en Europe échappent à ces 17,2 %, et les conventions fiscales signées par la France les traitent selon le mécanisme dit du taux effectif : l'impôt réellement dû se réduit à l'écart entre votre tranche marginale et votre taux moyen d'imposition.
Sur une tranche marginale à 30 %, l'addition change de nature. Un patrimoine détenu intégralement hors de France laisse à l'épargnant une part de ses loyers très supérieure à celle d'un patrimoine détenu intégralement en France, à taux de distribution rigoureusement identique.
Trente-deux points d'écart, mesurés sur un catalogue entier
Le chiffre a été calculé sur cinquante et un fonds, un par un, à partir des taux publiés dans les bulletins trimestriels des sociétés de gestion et de la part exacte d'actifs située en France. Le résultat pour une tranche marginale à 30 % : les fonds investis à 100 % hors de France conservent en moyenne 85 % de leur taux de distribution après impôt, contre 52,8 % pour ceux investis à 100 % en France. Trente-deux points d'écart, à rendement brut égal.
Concrètement, un fonds européen affiché à 6 % rapporte davantage, net d'impôt, qu'un fonds français affiché à 8,5 %. Aucun classement construit sur le taux brut ne fait apparaître cette inversion. C'est pourtant elle qui détermine ce qui arrive sur le compte en banque. Ce classement recalculé au net est publié en accès libre par ce comparateur de SCPI, avec pour chaque fonds le taux brut, la part d'actifs en France et le taux net obtenu.
Ce qu'un bon comparateur SCPI doit afficher
Le rendement net après fiscalité est le premier tri, mais il ne suffit pas. Trois autres données méritent leur colonne, et elles sont rarement réunies au même endroit.
La valeur de reconstitution d'abord. Elle correspond au patrimoine racheté à neuf, ramené à une part. L'Autorité des marchés financiers impose au gestionnaire de maintenir le prix de souscription dans un tunnel de plus ou moins 10 % autour d'elle. Une part vendue nettement en dessous signale une revalorisation possible ; vendue au-dessus, elle signale l'inverse. Les documents de référence sont consultables auprès de l'association française des sociétés de placement immobilier.
Le taux d'occupation financier ensuite. Il indique quelle proportion du patrimoine est réellement louée et encaissée. Un rendement élevé porté par une occupation qui s'effrite trimestre après trimestre n'est pas un rendement, c'est un délai.
Les frais de souscription enfin, mais rapportés à la durée de détention envisagée. Un fonds à frais d'entrée se rentabilise sur le long terme ; un fonds sans frais d'entrée prélève davantage chaque année sur la gestion. Aucune des deux formules ne l'emporte dans l'absolu, la réponse dépend du nombre d'années pendant lesquelles les parts seront conservées.
Une comparaison utile est une comparaison datée
Les taux de distribution changent chaque année, les valeurs de reconstitution chaque trimestre, les prix de part sans préavis. Un comparateur qui ne dit pas de quand datent ses chiffres, ni de quel document ils sortent, ne compare rien du tout. La bonne pratique consiste à remonter au bulletin trimestriel publié par la société de gestion, jamais à un agrégateur qui recopie un agrégateur.
Reste l'essentiel, que le meilleur des tableaux ne remplacera pas. La pierre papier n'offre aucune garantie : les revenus peuvent baisser, le prix de la part peut être révisé à la baisse, la revente des parts n'est pas immédiate et le placement expose à un risque de perte en capital. Comparer sert à éliminer les mauvais candidats, pas à supprimer le risque.