Le 9 septembre 2026, André, chausseur français fondé en 1896, a été placé en liquidation judiciaire après 130 ans d’existence et trois redressements en cinq ans. Cette faillite révèle une crise structurelle du commerce français face à l’e-commerce, à la fast-fashion et à la hausse des loyers commerciaux.
André : l’enseigne placée en liquidation judiciaire après 130 ans d’existence

Le 9 septembre 2026, le tribunal des activités économiques de Paris a prononcé la liquidation judiciaire d'André , l'une des plus anciennes enseignes de chaussures françaises. Fondée en 1896 à Nancy, la marque s'éteint après 130 ans d'existence et trois redressements judiciaires en cinq ans. Cette faillite va au-delà d'un simple échec commercial : elle illustre l'effondrement d'un modèle économique face à des transformations majeures du commerce français en moins de dix ans.
André : la chute d'une institution centenaire
André représentait l'archétype du commerce de proximité français. En 1983, elle célèbre l'ouverture de son 500e magasin, symbole d'une expansion florissante. Le « chausseur sachant chausser » domine les centres-villes, avec un service de qualité et des conseils personnalisés. Quarante ans plus tard, la marque ne compte plus que 30 salariés au moment de sa liquidation. Sa chute a été rapide : 180 magasins en 2020, 50 en 2023, et seulement 16 en avril 2025. Cette réduction drastique illustre une hémorragie économique incontrôlable.
Entre 2020 et 2025, André a traversé trois procédures de redressement judiciaire, chaque tentative promettant un renouveau. Spartoo rachète l'enseigne en 2018, suivi par 1Monde9 de François Feijoo en 2020, conservant 55 boutiques sur 180 . Un nouveau redressement en février 2023 conduit à une reprise par la société belge Optakare de Karim Redjal, qui garde 21 magasins et 119 salariés. En avril 2025, face à des ventes plafonnées à 11 millions d'euros pour 16 points de vente, un troisième redressement est lancé. Début 2026, Karim Redjal reprend André avec l'engagement de préserver 43 emplois et 7 boutiques. Six mois plus tard, la cessation de paiements est déclarée au 30 juin, poussant le tribunal à prononcer la liquidation définitive .
Facteurs économiques de la faillite
André a été confronté à un marché en pleine mutation. D'un côté, l'e-commerce a pris une place de plus en plus importante dans la vente de chaussures. Des plateformes comme Zalando, Sarenza et Amazon proposent des catalogues bien plus vastes que n'importe quel magasin physique, avec des services de livraison et de retour simplifiés. De l'autre, la fast-fashion, représentée par Shein et Temu, a modifié les comportements d'achat, les consommateurs préférant le renouvellement rapide et à bas coût à la durabilité . Enfin, Vinted facilite la revente entre particuliers, ce qui grignote les ventes neuves. Face à ces acteurs mondialisés, André peinait à justifier ses tarifs et son positionnement.
Les documents du troisième redressement en avril 2025 décrivaient une entreprise « confrontée à une conjoncture en berne et à un poids des loyers en hausse ». Les bailleurs commerciaux ont maintenu, voire augmenté, les loyers des centres-villes, malgré une fréquentation en baisse. Pour André, chaque boutique entraînait des coûts fixes alors que le chiffre d'affaires au mètre carré diminuait. Le modèle économique du commerce physique, basé sur une forte richesse, n'était plus viable, entraînant une réduction des marges et une accumulation des pertes. La fermeture des magasins, bien que nécessaire, réduisait la visibilité de l'enseigne et précipitait son déclin.
Deux facteurs décisifs ont empêché le redressement d'André : des « problèmes avec le bailleur et l'échec des négociations avec Westfield ». Westfield, opérateur mondial de centres commerciaux , favorise les enseignes internationales capables de payer des loyers élevés et d'attirer du trafic. André, affaiblir, ne répondait plus à ces critères, perdant ainsi accès aux emplacements stratégiques nécessaires à sa survie.
Une crise au-delà d'André
André n'est qu'un exemple parmi d'autres. Depuis 2020, le secteur du prêt-à-porter et de la chaussure français a vu de nombreuses enseignes comme Minelli, San Marina, Camaïeu, Naf Naf et Pimkie entrer en liquidation. Ces marques, historiques et positionnées sur le milieu de gamme, dépendaient d'un réseau de magasins physiques . Elles ont toutes subi les effets de la pandémie de Covid-19, de la guerre en Ukraine et de la montée du commerce en ligne. Le secteur de la chaussure subit une hécatombe sans précédent . Les emplois disparaissent, les savoir-faire s'évaporent, et le patrimoine commercial français se désintègre.
La disparition d'André soulève une question cruciale : quel avenir pour le commerce physique de chaussures en France ? Plusieurs pistes se dessinent : l'ultra-spécialisation, l'hybridation des ventes en ligne et en magasin, ainsi que la relocalisation et la durabilité. Ces stratégies nécessitent toutefois des investissements considérables et une refonte des modèles d'affaires. Pour les enseignes historiques, la transition semble impossible. La liquidation d'André marque la fin d'une époque où dominait le commerce de proximité. Le défi est désormais de savoir si le commerce français saura se réinventer ou assistera à la disparition de son patrimoine commercial.