Navette autonome A10 : le pari économique de VINCI pour transformer la mobilité

Depuis septembre 2025, VINCI Autoroutes expérimente une navette autonome sur l’A10, première mondiale sur autoroute.

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By Rédaction Published on 4 octobre 2026 17h04
Navette Autonome Autoroute A10 2
(c)Vinci - © Economie Matin
80 000 véhicules/jourTrafic quotidien sur l'A10, cible de report modal pour la navette autonome

Financé par le Programme d'Investissements d'Avenir, le projet doit prouver sa rentabilité d'ici 2028 pour intégrer le pass Navigo. Le vrai défi : supprimer le safety driver et convaincre Île-de-France Mobilités de son modèle économique.

Un projet financé par l'État

La navette autonome reliant Longvilliers à Massy-Palaiseau bénéficie d'un important soutien financier public. Le Programme d'Investissements d'Avenir, dans le cadre de France 2030, injecte plusieurs millions d'euros pour soutenir le consortium mené par VINCI Autoroutes, la start-up Milla, l'opérateur SAVAC et l'Université Gustave Eiffel. Cette initiative est une première mondiale pour le transport collectif autonome sur autoroute. L'État mise sur l'innovation pour réduire l'usage individuel de la voiture en grande couronne francilienne.

VINCI Autoroutes joue un rôle clé, non seulement en gestionnaire d'infrastructure, mais aussi en acteur financier et fournisseur de données de trafic en temps réel. Moroine Laoufi, directeur de projet, précise que l'insertion de la navette sur une autoroute fréquentée par 80 000 véhicules par jour n'est pas simple. La navette, roulant à 90 km/h, vise à s'intégrer dans le trafic comme le font les camions. Ce partenariat public-privé cherche à transformer l'autoroute en plateforme pour des mobilités innovantes.

Le défi de la rentabilité pour 2027-2028

Actuellement, chaque navette dispose d'un opérateur à bord (safety driver) et d'une supervision à distance depuis le centre de Chevreuse, ce qui alourdit les coûts opérationnels. Pour assurer sa viabilité économique, le consortium doit éliminer la présence du safety driver d'ici 2028. Moroine Laoufi reconnaît la difficulté : il est nécessaire de développer un agent IA capable de gérer les incidents à bord. Sans automatisation totale, le modèle économique ne peut rivaliser avec celui des cars express traditionnels en raison des coûts salariaux.

La rentabilité envisagée repose sur l'intégration tarifaire à Île-de-France Mobilités à partir de 2027-2028. Le consortium espère proposer un service via le pass Navigo, avec une compensation de l'opérateur basée sur un modèle de délégation de service public. Le défi est de démontrer que la navette peut attirer suffisamment de trafic pour justifier l'investissement public.

Chaque navette a une capacité de 12 passagers, effectuant environ deux rotations par heure. Cela reste marginal face aux 80 000 véhicules quotidiens sur l'A10. Le consortium prévoit d'augmenter le nombre de navettes à 5 ou 10 d'ici 2028, augmentant ainsi la capacité à 120-240 places par heure. La rentabilité dépendra du taux de remplissage et de la fréquence des trajets.

De l'expérimentation à l'exploitation commerciale

Depuis mars 2026, 150 personnes ont testé le service, sans générer de revenus commerciaux. Passer à une échelle commerciale nécessite d'investir plusieurs dizaines de millions d'euros pour acquérir des navettes supplémentaires, former des superviseurs et adapter l'infrastructure. Le retour sur investissement dépendra de la capacité à réduire les coûts par passager transporté par rapport aux cars express classiques.

Île-de-France Mobilités prévoit des appels d'offres pour des lignes de transport autonome à partir de 2028. Le consortium VINCI-Milla-SAVAC, précurseur dans ce domaine, devra faire face à la concurrence européenne et asiatique. Les critères incluront le coût kilométrique, la fiabilité technique et la conformité réglementaire. L'expérimentation actuelle sur l'A10 est un atout pour démontrer la faisabilité opérationnelle.

Réduction de l'autosolisme : un avantage économique

L'A10 voit passer 80 000 véhicules par jour, principalement pour des trajets domicile-travail. Si 1 % des automobilistes optent pour la navette autonome, cela équivaut à 800 véhicules en moins chaque jour, soit environ 200 000 tonnes de CO₂ économisées annuellement. Au-delà de l'impact environnemental, la réduction des embouteillages procure des gains de productivité et diminue les coûts d'entretien routier ainsi que le nombre d'accidents. Les externalités positives d'un report modal massif sont estimées à plusieurs centaines de millions d'euros. Le défi est de convertir ces bénéfices en un modèle rentable pour l'opérateur privé, sans subventions durables ou tarification incitative, la navette autonome risquant de rester une vitrine technologique sans impact profond sur les mobilités en Île-de-France.

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