Taux américains : quand Wall Street fait trembler nos finances publiques

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By Agnès Benassy-Quéré
Taux américains : quand Wall Street fait trembler nos finances publiques
Taux américains : quand Wall Street fait trembler nos finances publiques - © Economie Matin

La flambée des taux d'intérêt américains n'est pas qu'un problème de l'autre côté de l'Atlantique. Elle frappe directement les contribuables français, déjà asphyxiés par une dette de 3 460 milliards d'euros. Pendant que Washington s'interroge sur sa résistance, Paris, elle, n'a même plus le luxe de la question.

54 milliards €

C'est le montant annuel de la charge d'intérêts de la dette française — soit davantage que le budget de l'Éducation nationale.

La Fed appuie sur la gâchette, la France reçoit la balle

On peut se demander ce que les taux américains ont à voir avec le porte-monnaie d'un artisan de Lyon ou d'un chef d'entreprise de Rennes. La réponse est simple : tout. Lorsque la Réserve fédérale maintient ses taux à des niveaux historiquement élevés, c'est l'ensemble des marchés obligataires mondiaux qui se recalibrent à la hausse. La France, qui émet chaque année plusieurs centaines de milliards de dette nouvelle pour refinancer l'existante et financer ses déficits chroniques, emprunte mécaniquement plus cher.

Imaginez un instant une entreprise qui refinance chaque année un tiers de sa dette à des taux qui grimpent. Aucun banquier ne lui accorderait sa confiance bien longtemps. Or c'est exactement la situation de l'État français. La charge d'intérêts a déjà bondi de 38 milliards en 2021 à 54 milliards aujourd'hui. Elle pourrait dépasser 70 milliards d'ici 2028 si les taux restent élevés. C'est une bombe à retardement dont personne, dans les sphères politiques, ne semble vouloir désamorcer la mèche.

L'Allemagne, elle, a assaini ses finances pendant les années de taux bas. Résultat : elle aborde cette période de turbulences avec une capacité de résistance que la France ne possède tout simplement plus.

La France : un État trop gros pour être agile

L'économie américaine résiste aux taux élevés parce qu'elle repose sur un tissu productif privé dynamique, peu entravé par la fiscalité et la réglementation. La France, à l'inverse, fait tourner 58,2 % de son PIB dans la sphère publique. Autrement dit, sur chaque euro produit par l'économie nationale, plus d'un euro sur deux transite par la puissance publique avant d'atteindre l'économie réelle.

Cette structure colossale génère une rigidité mortelle. Quand les taux montent, un État agile coupe dans ses dépenses pour préserver sa solvabilité. Un État obèse, lui, emprunte davantage pour payer les intérêts de ce qu'il a déjà emprunté. C'est le cercle vicieux dans lequel la France s'installe confortablement depuis quarante ans.

La Suède et le Danemark, souvent cités comme modèles de générosité sociale, ont réalisé dans les années 1990 ce que la France refuse encore d'envisager : une réduction drastique et assumée de la dépense publique, suivie d'une reprise économique spectaculaire. Vingt ans plus tard, leurs finances publiques leur offrent des marges de manœuvre que nos gouvernements successifs ne peuvent qu'envier.

L'urgence n'attend plus

Force est de constater que l'environnement de taux élevés n'est plus une anomalie temporaire — c'est le nouveau normal. Chaque mois d'inaction coûte à la France des centaines de millions supplémentaires en intérêts. Chaque point de dette supplémentaire réduit d'autant les marges budgétaires disponibles pour l'école, la santé, la défense.

Les solutions existent, documentées, chiffrées, appliquées avec succès chez nos voisins : réduction ciblée des dépenses de fonctionnement, réforme sérieuse de la fonction publique, suppression des doublons territoriaux. Ce ne sont pas des mesures d'austérité — c'est de la gestion responsable.

La vraie question n'est pas de savoir si l'économie américaine peut résister aux taux élevés. C'est de savoir combien de temps la France peut encore se permettre de ne rien faire.

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Agnès Benassy-Quéré est présidente-déléguée du Conseil d'Analyse Economique dans le cadre du Printemps de l'économie 2014.

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