Le déficit public français est devenu structurel. Ce n'est plus une anomalie conjoncturelle, c'est un mode de gouvernance. Et pendant que nos voisins européens assainissent leurs finances, nous débattons de savoir si l'on peut se permettre de toucher aux pensions de retraite.
6,1 %
C'est le déficit public de la France en 2024, soit plus du double de la limite des 3 % fixée par les règles européennes.
La dépense publique, ce tonneau des Danaïdes
Il y a des tribunes qui méritent d'être lues, ne serait-ce que pour comprendre la pensée adverse. Christophe Ramaux, économiste, explique dans Le Monde qu'en réduisant la dépense publique, on réduit l'activité économique, et qu'on ne réduit donc pas le déficit. L'argument est connu, rodé, et d'une certaine façon... séduisant. Sauf qu'il y a un problème de taille : il justifie *toujours* de ne rien couper, quoi qu'il arrive, et en toutes circonstances.
Je veux bien admettre que la dépense publique peut, dans certains cas, soutenir l'activité. Mais force est de constater que la France dépense 57 % de son PIB en dépenses publiques — le record absolu des grandes économies mondiales — et que cette débauche de dépenses n'a pas empêché un chômage structurellement plus élevé qu'en Allemagne, une croissance durablement inférieure à la Suisse ou aux Pays-Bas, et une dette publique qui flirte désormais avec 115 % du PIB. À un moment, l'argument "dépenser plus pour être moins pauvre" mérite qu'on lui oppose les faits.
Wauquiez a raison sur le diagnostic, tort sur le calendrier
Laurent Wauquiez réclame 20 milliards d'euros d'économies supplémentaires dans le budget 2027. C'est courageux à dire, et probablement insuffisant à faire. La trajectoire actuelle des finances publiques françaises, c'est un navire qui prend l'eau par tous les côtés, et à bord duquel personne ne veut saisir le seau. Chaque catégorie défend sa dépense, chaque lobby bloque sa réforme, chaque parti refuse de toucher à son électorat.
Michel-Édouard Leclerc le dit lui-même sur BFM : geler les pensions, "ce n'est pas audible". Peut-être. Mais rembourser 3 200 milliards d'euros de dette, ça, c'est audible pour qui exactement ? Pour nos enfants et petits-enfants, qui n'ont pas encore voix au chapitre dans les sondages ? Le vrai courage politique, ce serait d'expliquer aux Français que l'État providence ne peut survivre qu'à condition d'être soutenable. Un régime alimentaire ne fait pas maigrir si l'on refuse de manger moins.
La croissance ne viendra pas d'un décret
La bonne nouvelle dans cette revue de presse dominicale, c'est que Michel-Édouard Leclerc dit avoir "des projets pour la croissance". Il peut "alimenter les candidats". Je ne doute pas de sa bonne volonté, ni de sa connaissance des réalités économiques du terrain. Mais la croissance, en France, ne se décrète pas dans un studio de télévision. Elle se construit en baissant les charges sur les entreprises, en simplifiant un code du travail qui décourage l'embauche, en réduisant une fiscalité confiscatoire qui pousse les entrepreneurs les plus mobiles à voter avec leurs valises.
Nos voisins allemands, hollandais ou suisses n'ont pas trouvé la croissance dans la dépense publique. Ils l'ont trouvée dans la compétitivité, la flexibilité et la confiance faite aux acteurs économiques privés. Le déficit français est peut-être devenu structurel. Mais le déni, lui, l'est assurément. Et c'est celui-là qui nous coûte le plus cher.

