Le Haut-commissariat à la Stratégie et au Plan remet le facteur travail au centre de l’équation des retraites. Dans son rapport « Choisir son travail demain », publié le 10 septembre 2026, l’organisme estime que le vieillissement démographique rendra nécessaire une hausse durable du volume de travail. Trois à quatre années de cotisation supplémentaires d’ici à 2050 figurent parmi les pistes avancées. Cette orientation dépasse la seule réforme des retraites : elle touche à la croissance potentielle, au financement de la protection sociale et au partage de l’effort entre générations.
Retraites : le travail au cœur de l’équation

Le choc démographique resserre l’équation financière
Le système par répartition repose sur un principe simple : les cotisations des actifs financent les pensions des retraités. Or le rapport du Haut-commissariat souligne la dégradation rapide du ratio entre ces deux populations. Aujourd’hui, trois personnes sont en activité pour une personne inactive âgée de 65 ans ou plus. Ce ratio tomberait à 2,6 en 2035 puis à 2,2 en 2050.
Cette évolution réduit mécaniquement la base contributive alors que les dépenses liées au vieillissement progressent. Le problème ne se limite donc pas aux retraites : santé, dépendance et autres dépenses sociales seront également soumises à une pression croissante. Pour le Haut-commissariat, « l’un des effets quasi mécaniques du vieillissement démographique devrait conduire à l’allongement du temps de travail pendant la vie ».
Plusieurs leviers sont théoriquement disponibles : augmenter les prélèvements, réduire la progression des pensions ou accroître le nombre d’actifs et la durée des carrières. Le rapport privilégie cette dernière option, considérant que l’augmentation du volume de travail permettrait à la fois de soutenir les recettes sociales et de limiter l’effet du vieillissement sur la croissance.
L’enjeu est d’autant plus important que la France conserve des marges sur son taux d’emploi. En 2025, celui des 15-64 ans atteignait 69 %, contre 71 % en moyenne dans l’Union européenne, selon les données citées dans le rapport. L’emploi des seniors constitue notamment une réserve de main-d’œuvre encore insuffisamment mobilisée.
Trois à quatre années de cotisation en plus
Le scénario le plus spectaculaire porte sur la durée de cotisation. Le Haut-commissariat envisage une augmentation de trois à quatre ans d’ici à 2050. Les conséquences dépendraient fortement de l’âge auquel les actifs ont commencé à travailler.
Le chef de file du rapport, Antoine Foucher, résume cette perspective pour Le Figaro : « Si vous avez commencé à travailler à 18 ans, vous ne partirez pas à 61 mais à 64 ans, et si vous avez commencé à travailler autour de 23-24 ans, c’est plutôt 70 ans qu’il faut viser ».
Cette approche met en lumière une difficulté majeure : l’allongement uniforme des carrières pénalise davantage les personnes ayant connu des études longues, des périodes de chômage ou des interruptions professionnelles. Le rapport propose donc parallèlement de modifier les règles d’acquisition des droits.
Une piste consisterait à valider un trimestre dès 150 heures travaillées. Une autre rapprocherait le système d’un régime par points, selon le principe que « chaque euro cotisé ouvre les mêmes droits ». L’objectif est de mieux prendre en compte les carrières discontinues et de réduire les effets de seuil du système actuel.
Ces propositions interviennent alors que la réforme de 2023 reste suspendue. L’âge légal, qui devait progressivement atteindre 64 ans, demeure temporairement fixé à un niveau inférieur selon les générations. Le débat politique reste donc centré sur l’âge de départ, alors que le rapport déplace la question vers la durée totale de travail et l’acquisition des droits.
Un enjeu de croissance autant que de retraite
Derrière l’allongement des carrières se joue une question macroéconomique plus large. La diminution de la population active pèse sur le potentiel de croissance si les gains de productivité ne suffisent pas à compenser la moindre progression du facteur travail. Augmenter le taux d’emploi permettrait donc d’agir simultanément sur la production et sur les recettes publiques.
C’est le raisonnement défendu par Clément Beaune, qui appelle à « réinventer un modèle de prospérité par le travail ». Le Haut-commissaire considère que le modèle hérité de l’après-guerre « est aujourd’hui clairement à bout ».
Mais le rendement économique d’un allongement des carrières dépendra du maintien effectif des salariés âgés dans l’emploi. Repousser la durée de cotisation sans améliorer leur taux d’activité pourrait simplement déplacer une partie des coûts vers l’assurance chômage ou d’autres dispositifs sociaux. La réforme des retraites devient alors indissociable de la politique de l’emploi, de la formation et de la prévention de l’usure professionnelle.
Le rapport pose ainsi une équation plus large que celle du seul équilibre des caisses : avec moins d’actifs pour financer davantage de retraités, la France doit augmenter le nombre de personnes en emploi ou la quantité de travail réalisée par chacune d’elles. Le Haut-commissariat privilégie une combinaison des deux, en misant notamment sur les seniors, les jeunes et les carrières aujourd’hui incomplètes. Il n’évoque pas en revanche la question du niveau des salaires, qui n’ont qu’imparfaitement profité de gains de productivité des cinquante dernières années.