Le 13 octobre 2026, des milliers de femmes ont répondu à l’appel du collectif World with Women en cessant toute activité professionnelle et domestique. Cette mobilisation inédite, inspirée de la grève islandaise de 1975, a révélé la contribution essentielle des femmes tout en soulevant des débats sur la valorisation des rôles familiaux.
Grève des femmes du 13 octobre : entre revendications d’égalité et résultats concrets

Une mobilisation inédite pour rendre visible l'invisible
Le 13 octobre 2026 marque une date historique dans le combat pour l'égalité entre les sexes en France. Sous l'impulsion du collectif World with Women, des milliers de femmes ont répondu présentes à l'appel national « On arrête tout », cessant simultanément leurs activités professionnelles et domestiques. Cette journée de mobilisation citoyenne, organisée dans une trentaine de villes françaises et s'étendant à une vingtaine de pays, visait à démontrer par l'action directe la contribution essentielle des femmes au fonctionnement de la société.
Marie Eloy, fondatrice du mouvement et ancienne journaliste, insiste sur la nature de cette action : « Ce n'est pas une grève, c'est un mouvement citoyen. Nous invitons les femmes à poser un jour de congé et à tout arrêter, à ne pas s'occuper des enfants ou des personnes âgées. On arrête de consommer. On arrête tout », explique-t-elle dans France 3 Régions. Le slogan du collectif résume cette philosophie : « Si les femmes s'arrêtent, le monde s'arrête. Si elles s'unissent, le monde se transforme ».
Des résultats immédiats et visibles sur le terrain
À Toulouse, Grenoble, Rennes et dans de nombreuses autres villes, les rassemblements ont réuni quelques centaines de participantes. Le Jardin des Plantes toulousain, le Jardin de Ville grenoblois et les places publiques rennaises ont accueilli des manifestantes entre 11h30 et 14h.
Au-delà de la dimension symbolique, l'impact opérationnel s'est révélé significatif dans plusieurs secteurs. Les établissements scolaires ont enregistré des taux d'absentéisme inhabituels, tant du côté du personnel enseignant que des élèves dont les mères avaient choisi de ne pas assurer le trajet matinal. Les services hospitaliers, où les femmes représentent une majorité écrasante du personnel soignant, ont dû réorganiser leurs plannings en urgence. Les crèches et maisons de retraite ont connu des fermetures partielles, révélant la dépendance structurelle de ces institutions au travail féminin.
Claire Vanhamme-Cuevas, coordinatrice du comité toulousain et membre du Centre d'information sur les droits des femmes et des familles, souligne que cette visibilité constitue précisément l'objectif recherché. La perturbation temporaire du quotidien permet de mesurer concrètement ce que représente le travail des femmes, qu'il soit rémunéré ou non.
Un contexte d'inégalités persistantes qui justifie l'action
Cette mobilisation s'inscrit dans un contexte préoccupant documenté par les Nations unies. Selon leurs projections, l'égalité politique entre femmes et hommes nécessiterait encore 300 ans au rythme actuel de progression, tandis que l'égalité économique demanderait 134 ans.
Les chiffres de la représentation féminine dans les instances décisionnelles demeurent particulièrement éloquents. Comme le rappelle Marie Eloy dans Ouest-France, « La source de toutes les crises, c'est l'absence de mixité. Regardez le monde aujourd'hui : 90% des négociations de paix se font sans aucune femme. On ne peut pas continuer comme ça ». Les postes de direction dans les entreprises, les conseils d'administration, les instances politiques nationales et internationales affichent rarement plus de 10 à 15% de femmes.
Cette sous-représentation prive la société d'une intelligence collective complète et perpétue des modèles décisionnels déséquilibrés. Le mouvement World with Women, né au printemps 2026 lors du congrès Change Now à Paris, s'est constitué précisément pour briser cette inertie. Son approche apartisane et aconfessionnelle, mais résolument politique dans ses revendications, lui permet de fédérer largement au-delà des clivages traditionnels.
Les remises en cause et débats soulevés par le mouvement
Toutefois, cette mobilisation suscite également des interrogations et des critiques qui méritent d'être examinées. Certains observateurs questionnent la pertinence de présenter systématiquement la maternité, la grossesse et l'allaitement comme des obstacles à l'égalité professionnelle. Cette perspective, argumentent-ils, dévalorise implicitement ces rôles fondamentaux dans la construction de la société et la transmission générationnelle.
Isabelle Ganon, porte-parole du comité rennais, ancienne responsable en ressources humaines et mère de deux enfants, incarne cette tension. Sa trajectoire personnelle illustre la complexité des choix auxquels les femmes sont confrontées : concilier aspirations professionnelles et responsabilités familiales sans que l'un ne soit perçu comme le sacrifice de l'autre.
Cette critique soulève une question essentielle : plutôt que d'encourager les femmes à adopter des parcours professionnels calqués sur les modèles masculins traditionnels, ne faudrait-il pas repenser l'ensemble de l'organisation sociale pour valoriser et faciliter les responsabilités parentales et familiales, qu'elles soient assumées par les femmes ou les hommes ? La reconnaissance du travail domestique et éducatif comme contribution économique à part entière constitue un enjeu majeur rarement abordé dans les débats sur l'égalité salariale.
Par ailleurs, le mouvement fait face à des questions pragmatiques concernant sa représentativité réelle. Si les rassemblements ont mobilisé significativement dans les grandes métropoles, quelle proportion de femmes a effectivement pu ou souhaité participer à cette journée d'arrêt ? Les contraintes économiques, professionnelles et familiales limitent nécessairement la capacité de mobilisation, créant potentiellement un biais socio-économique dans la participation.
