À partir de septembre 2026, deux mesures modifient le calcul des retraites pour les mères de famille. Le gouvernement annonce une amélioration pour plus d’une femme sur deux, mais les experts tempèrent : gains modestes et public restreint pour la retraite anticipée.
Retraite des femmes : combien gagnent-elles vraiment avec la réforme de septembre 2026 ?

À partir du 1er septembre 2026, deux décrets publiés au Journal officiel modifient en profondeur le calcul des pensions de retraite pour les mères de famille. Le gouvernement promet une amélioration financière pour plus d'une femme sur deux. Mais derrière les annonces, quel sera l'impact réel sur le montant des pensions, et surtout, quel coût pour les finances publiques ? Analyse d'une réforme qui suscite autant d'espoirs que de scepticisme chez les experts.
Deux mesures pour augmenter les pensions des femmes
Le ministre du Travail Jean-Pierre Farandou l'affirme sans détour : « Avec ces deux mesures, nous avons fait un choix de justice qui devient une réalité aujourd'hui : mieux reconnaître l'impact de la parentalité sur les carrières, améliorer les pensions des femmes et rendre le dispositif des carrières longues plus équitable. » Les deux décrets, issus des propositions des partenaires sociaux lors du conclave des retraites de l'été 2025, visent à corriger une anomalie persistante du système français. Jusqu'ici, les trimestres accordés au titre de la maternité n'amélioraient pas systématiquement le montant de la pension. La réforme s'attaque à cette incohérence par deux leviers distincts : la modification du calcul du salaire de référence et l'accès facilité à la retraite anticipée.
Réduction de la période de référence : 24 ou 23 ans au lieu de 25
Première innovation majeure, le nombre d'années de salaire pris en compte pour calculer la pension diminue. Pour un parent ayant eu un enfant, le calcul s'effectuera désormais sur les 24 meilleures années de salaire, contre 25 actuellement. Pour ceux ayant eu deux enfants ou plus, la base descend à 23 années. Techniquement, cette réduction permet d'exclure du calcul les années les moins rémunératrices, souvent celles marquées par des interruptions de carrière liées à la maternité ou au temps partiel. En écartant une ou deux années de bas salaires, la moyenne arithmétique utilisée pour déterminer le salaire annuel moyen s'améliore mécaniquement.
Quel impact financier pour les mères de famille ?
Selon les estimations gouvernementales, plus d'une femme sur deux verra sa pension augmenter grâce à cette mesure. Toutefois, les experts du secteur tempèrent cet optimisme. Sandrine Guilherm, conseillère au cabinet d'expertise retraite Capiséo, estime que « ce ne sera pas la folie sur le calcul de la retraite, il aurait fallu proposer a minima les 20 meilleures années ». En pratique, le gain mensuel devrait osciller entre quelques dizaines et une centaine d'euros selon les profils. Pour une femme ayant connu plusieurs années de temps partiel ou d'interruption, retirer une année de faible salaire peut représenter un gain de 3 à 5% sur la pension totale. Sur une retraite moyenne de 1 400 euros, l'amélioration pourrait atteindre 40 à 70 euros mensuels. Un montant non négligeable, mais loin de combler l'écart de pension entre hommes et femmes, qui dépasse encore 40% en moyenne.
L'accès à la retraite anticipée : un gain marginal mais réel
La seconde mesure autorise désormais la prise en compte de deux trimestres liés à la parentalité comme trimestres cotisés pour accéder au dispositif carrière longue. Jusqu'à présent, ces trimestres étaient validés mais ne comptaient pas dans le quota nécessaire pour partir avant l'âge légal. Les femmes ayant commencé à travailler jeunes, mais ayant interrompu leur carrière pour élever leurs enfants, se voyaient souvent refuser l'accès à la retraite anticipée, faute d'atteindre les 168 trimestres cotisés requis.
Carrière longue : 2 ans d'anticipation possible pour 3% des femmes
Avec ces deux trimestres supplémentaires comptabilisés, certaines femmes pourront désormais partir jusqu'à deux ans avant l'âge légal de départ. Sandrine Guilherm souligne que « la première mesure est la plus intéressante. Elle permettra aux femmes qui ont commencé à travailler tôt, mais qui n'avaient que 168 trimestres, d'atteindre le Graal et de partir deux ans avant l'âge prévu. Mais très peu de femmes sont concernées ! » Les chiffres confirment cette prudence : seulement 3% des femmes nées en 1970 bénéficieront de cette possibilité, soit environ 13 000 personnes. Pour ces dernières, le gain financier peut néanmoins s'avérer substantiel. Partir deux ans plus tôt évite la décote et permet de percevoir sa pension plus longtemps, avec un avantage économique global pouvant atteindre 50 000 à 60 000 euros sur l'ensemble de la retraite.
Quel coût pour la Sécurité sociale ?
Le coût budgétaire de ces mesures pour la Sécurité sociale reste relativement contenu. Les estimations initiales tablent sur une dépense supplémentaire de 150 à 200 millions d'euros par an à terme. La première mesure, touchant plus d'une femme sur deux, génère l'essentiel de la charge, tandis que la seconde, limitée à 3% d'une classe d'âge, pèse moins lourd. Ce montant demeure modeste au regard des 350 milliards d'euros de dépenses annuelles de retraite en France. Toutefois, dans un contexte de déficit chronique des comptes sociaux, chaque euro compte. Le gouvernement justifie cet investissement par l'impératif de justice sociale et la nécessité de réduire les inégalités de genre, qui coûtent également cher en termes de cohésion sociale et de pouvoir d'achat. Les débats autour de la règle d'or budgétaire montrent combien les arbitrages entre justice sociale et rigueur financière restent tendus.
Bilan économique : une amélioration inégale selon les profils
L'impact financier de la réforme varie considérablement selon les trajectoires professionnelles. Les femmes ayant connu des carrières hachées, avec plusieurs interruptions ou passages à temps partiel, bénéficieront davantage de la réduction du nombre d'années prises en compte. À l'inverse, celles ayant maintenu une activité continue à temps plein verront peu de différence. Quant à la retraite anticipée, elle reste réservée à une minorité ayant cumulé entrée précoce sur le marché du travail et maternité.
Plus d'une femme sur deux gagnera-t-elle vraiment au change ?
Le chiffre gouvernemental de « plus d'une femme sur deux » mérite d'être nuancé. Si effectivement une majorité de mères de famille verra sa pension augmenter, l'ampleur du gain reste souvent modeste. Pour beaucoup, l'amélioration se situera entre 20 et 50 euros mensuels, un montant appréciable mais insuffisant pour compenser l'écart structurel de pension avec les hommes. Marina Joly, référente législation à la Carsat Languedoc-Roussillon, rappelle la prudence nécessaire sur l'impact quantifiable. Les femmes ayant eu des carrières très courtes ou très discontinues pourraient même ne constater aucun changement si leurs 23 ou 24 meilleures années restent en deçà du seuil de validation. L'évolution du marché du travail, notamment avec la réglementation des plateformes, pourrait d'ailleurs modifier les trajectoires professionnelles futures et l'efficacité de ces mesures.
En définitive, la réforme constitue un progrès réel mais limité. Elle améliore la situation financière d'une majorité de femmes sans pour autant révolutionner le système. Le coût maîtrisé pour les finances publiques reflète également cette portée mesurée. Pour combler véritablement l'écart de retraite entre hommes et femmes, des réformes plus ambitieuses, touchant notamment l'égalité salariale et le partage des responsabilités familiales, demeurent indispensables.
