Eramet : l’État français devient premier actionnaire

L’État français s’apprête à injecter 500 millions d’euros dans Eramet d’ici fin 2026, transformant le groupe minier en champion national partiellement détenu par le secteur public. Une intervention massive face à une perte nette record de 477 millions d’euros en 2025 et un endettement chronique qui menaçait la survie du producteur de manganèse, nickel et lithium.

Paolo Garoscio
By Paolo Garoscio Published on 14 octobre 2026 11h17
Eramet
Eramet : l’État français devient premier actionnaire - © Economie Matin

La France prévoit d'injecter 500 millions d'euros dans Eramet d'ici fin 2026, transformant le groupe minier en une entreprise nationale partiellement contrôlée par le secteur public. Cette intervention vise à contrer une perte nette historique de 477 millions d'euros en 2025 et un endettement chronique menaçant la survie du producteur de manganèse, nickel et lithium. L'opération, annoncée le 12 octobre par l'Élysée, repositionne l'État en tant qu'actionnaire principal, reléguant la famille Duval, aux commandes depuis 1999, à l'arrière-plan.

Une injection capitale pour prévenir la faillite

La stratégie de Paris repose sur une augmentation de capital approuvée en assemblée générale en mai 2026. L'Agence des participations de l'État (APE) souscrit à la majorité des 500 millions levés, tout en rachetant une partie des droits de souscription de la famille Duval. Ainsi, la participation publique passe de 27% à plus de 37%, sans atteindre le seuil de 50% qui aurait fait d'Eramet une entreprise publique. Ce seuil évite un contrôle total tout en assurant la gouvernance.

Des pertes records en 2025

L'année 2025 marque une période sombre pour Eramet, avec une perte nette de 477 millions d'euros, en raison de la crise sociale en Nouvelle-Calédonie, de la chute des cours du nickel, et de coûts d'exploitation élevés. L'endettement atteint des niveaux inquiétants, compromettant la capacité du groupe à respecter ses engagements financiers. Christel Bories, PDG, voit l'accord avec l'État comme un « jalon majeur pour assurer la pérennité financière du groupe », selon Challenges.

Détails de l'augmentation de capital

L'augmentation de capital s'étend de fin octobre à décembre 2026. L'APE mobilise l'essentiel des 500 millions, tandis que les actionnaires minoritaires peuvent exercer leurs droits de souscription. La famille Duval, avec 37,22% du capital fin 2025, voit sa part diminuer mécaniquement. Elle cède également des droits à l'État, accélérant son recul. Les fonds visent à réduire le ratio de levier net, refinancer les opérations en Nouvelle-Calédonie et au Gabon, et préparer le projet lithium en Argentine. L'APE devient ainsi l'instrument financier du sauvetage.

Décryptage de la restructuration actionnariale

L'État augmente sa participation sans nationalisation

La stratégie de l'État allie pragmatisme financier et calcul politique. En demeurant sous les 50%, Paris évite une nationalisation formelle tout en gardant une flexibilité. Avec plus de 37%, l'État a un pouvoir de blocage sur les décisions stratégiques majeures. La valorisation boursière d'Eramet, environ 1 milliard d'euros, rend l'opération abordable pour les finances publiques. Contrairement au sauvetage de 2015-2016 qui avait nécessité 525 millions d'euros en prêt d'urgence, l'intervention actuelle se fait par une participation au capital, reflétant une implication plus profonde.

La famille Duval perd son influence

Depuis 1999, la famille Duval constituait la pierre angulaire d'Eramet. Actionnaire principal avec 37% du capital, elle avait intégré son entreprise Aubert & Duval lors de la privatisation d'Eramet. Aujourd'hui, sa part tombe sous les 30%, effaçant des décennies d'influence. La chute de 14% du cours le 13 octobre réduit leur participation de 20 millions d'euros en une journée. « C'est une page qui se tourne », analyse Challenges.

Réaction du marché : une baisse immédiate de 14%

Le 13 octobre, l'action Eramet chute de 14,79%, passant de 43,7 euros à 37,24 euros. Cette baisse reflète l'inquiétude des investisseurs face à la dilution des actions et aux difficultés du groupe. Boursorama note une chute brutale de la capitalisation boursière, soulignant le scepticisme sur la capacité d'Eramet à rétablir sa rentabilité. Oddo BHF maintient une recommandation neutre avec un objectif de cours à 54 euros, misant sur un rebond à moyen terme grâce à cette injection de liquidités.

Les enjeux stratégiques de l'intervention

Les métaux critiques, un enjeu de souveraineté

L'intervention française dépasse le simple sauvetage d'Eramet. Le groupe produit du manganèse, du nickel, du lithium et des sables minéralisés, essentiels à la transition énergétique et aux industries de défense. En sécurisant Eramet, Paris assure un accès souverain à ces ressources, réduisant la dépendance vis-à-vis de la Chine, premier producteur de terres rares. La France rejoint ainsi l'Allemagne et l'Italie dans une stratégie de contrôle des chaînes d'approvisionnement en minerais critiques.

Paolo Garoscio

Rédacteur en chef adjoint. Après son Master de Philosophie, il s'est tourné vers la communication et le journalisme. Il rejoint l'équipe d'EconomieMatin en 2013.   Suivez-le sur Twitter : @PaoloGaroscio

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