Sécurité européenne : la France a une carte à jouer

La guerre en Ukraine aura au moins eu ce mérite : rappeler aux Européens que la sécurité se paie et que le besoin de cette sécurité dans le contexte du conflit russo-ukrainien se rapproche.

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By Radouan Kourak Published on 19 octobre 2026 16h49
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Sécurité européenne : la France a une carte à jouer - © Economie Matin

Lors des échanges lors du Warsaw Security Forum en les 12 et 13 octobre dernier, les experts ont rappelé une réalité simple mais aussi inédite : de nouvelles régions de l’Union européenne sont maintenant incluses dans les zones atteignables par les armements russes placés dans l’enclave de Kaliningrad. L’Est de l’Allemagne et notamment Berlin, mais aussi la République tchèque ou la Slovaquie sont maintenant à portée des armes nucléaires tactiques russes.

Après des décennies de budgets militaires comprimés, les États réinvestissent dans leurs armées. Mais derrière ce réarmement, une question compte particulièrement pour la France : qui produira les armes européennes de demain, qui décidera de leur emploi et qui garantira la sécurité du continent ?

Le sujet est stratégique, mais aussi industriel. La France conserve ici des atouts rares : seule puissance nucléaire de l'Union européenne, elle dispose d'une industrie capable de produire l'essentiel des grands équipements militaires et garde une capacité diplomatique mondiale.

Le réarmement européen peut donc devenir une vraie occasion pour la France. À condition que cette hausse des dépenses ne se transforme pas simplement en marché supplémentaire pour l'industrie américaine.

Défendre mais aussi produire

La souveraineté européenne ne se mesure pas seulement à la hausse des budgets de défense. Encore faut-il regarder où va l'argent et ce qu'il permet de construire.

Si les milliards annoncés servent d'abord à acheter sur étagère des équipements non européens, le continent dépensera davantage sans gagner beaucoup en autonomie. Les armées seront renforcées, mais pas forcément la capacité d'agir par soi-même.

Pour Paris, l'enjeu est concret : augmenter les capacités militaires européennes tout en maintenant une base industrielle capable de les équiper et de soutenir l'effort dans la durée.

Avions de combat, missiles, munitions, blindés, drones, satellites, renseignement : les besoins sont nombreux. La guerre en Ukraine a surtout rappelé l'importance des volumes. Une armée n'est crédible que si l'industrie peut produire, remplacer les pertes et tenir dans le temps. La France a, sur ce terrain, une carte sérieuse.

Une sécurité européenne moins dépendante

L'autre sujet, plus politique, concerne la dépendance stratégique vis-à-vis des États-Unis.

L'OTAN demeure le principal cadre de défense du continent. Mais Washington demande depuis longtemps aux Européens de prendre une part plus importante de leur propre sécurité. Les alternances politiques américaines rendent cette dépendance plus incertaine, mettant la pression sur les Etats européens les plus en retard. Toujours lors du Warsaw Security Forum, la député lituanienne et ancienne ministre de la Défense Dovile Sakaliene expliquait par exemple que son pays prenait conscience du fait de devoir passer « d’une logique de police à une logique de défense » sur son espace aérien, et que les budgets dédiés étaient encore trop faibles et les structures de défense « sous-financées ».

La France dispose ici d'un atout particulier : sa dissuasion nucléaire. Elle n'a pas vocation à devenir le parapluie automatique de l'Europe. Mais, associée aux capacités conventionnelles et industrielles françaises, elle donne à Paris une place singulière dans le débat sur l'avenir sécuritaire du continent.

La ligne française pourrait être simple : demander davantage d'efforts aux Européens, mais faire en sorte qu'ils produisent aussi davantage de capacités européennes. Cela suppose des armées renforcées, des chaînes de production solides et une vraie liberté de décision nationale.

Le retour de la diplomatie

L'autonomie ne signifie pas l'isolement. Quelle que soit l'issue de la guerre en Ukraine, la Russie restera un voisin de l'Europe et une puissance militaire majeure. Cette réalité ne disparaîtra pas avec un cessez-le-feu.

La France a donc intérêt à maintenir des canaux de dialogue, notamment sur le contrôle des armements, les missiles ou la prévention des incidents. Kaliningrad montre que ces sujets dépassent largement la Pologne et les pays baltes : ils touchent à l'équilibre stratégique du continent.

Pour Paris, la ligne tient en peu de mots : réarmer l'Europe, oui, mais en renforçant réellement les capacités françaises et européennes, pas en installant une nouvelle dépendance.

La souveraineté militaire se joue aussi dans les usines et les chaînes d'approvisionnement. Dans la nouvelle donne européenne, c'est l'un des principaux atouts dont la France dispose encore.

Rkourak

Radouan Kourak, journaliste et entrepreneur, président d’InterVision

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