Moody’s sonne le glas : la France au bord du précipice

Photo Jean Baptiste Giraud
By Jean-Baptiste Giraud
Moody's sonne le glas : la France au bord du précipice
Moody's sonne le glas : la France au bord du précipice - © Economie Matin

Ce vendredi, l'agence Moody's devrait abaisser la note de la France. Pas une surprise pour qui suit les finances publiques françaises depuis des années. Une confirmation brutale, plutôt, que nous avons collectivement choisi de vivre au-dessus de nos moyens — et que la facture arrive enfin.

700 milliards €

C'est le besoin brut de financement de la France en 2026, entre dette à refinancer et nouveaux déficits à couvrir. Un chiffre vertigineux.

La dégradation, ce n'est pas une sanction, c'est un diagnostic

Soyons clairs : Moody's ne punit pas la France. L'agence de notation se contente de mettre un chiffre sur ce que tout économiste honnête constate depuis des années. Notre dette publique dépasse 115 % du PIB. Notre déficit structurel refuse obstinément de se résorber. Et nos dirigeants politiques, droite, gauche et centre confondus, continuent de promettre davantage de dépenses à chaque échéance électorale, comme si l'argent public tombait du ciel.

Force est de constater que nous avons raté toutes les fenêtres d'opportunité pour réformer sérieusement. En 2017, quand la croissance revenait. En 2021, quand les taux d'intérêt étaient encore à zéro. En 2023, quand l'inflation gonflait artificiellement les recettes fiscales. À chaque fois, la dépense publique a progressé plus vite que les recettes. À chaque fois, le déficit est resté béant.

Le résultat est là : les marchés s'inquiètent, les spreads s'écartent — c'est-à-dire que la France doit payer des taux d'intérêt de plus en plus élevés par rapport à l'Allemagne pour emprunter — et l'effet boule de neige tant redouté commence à se matérialiser. Plus on s'endette cher, plus les intérêts de la dette pèsent sur le budget, moins il reste pour rembourser, et plus on doit emprunter. Le cercle vicieux, en somme.

Les violences sociales n'expliquent pas tout — loin de là

Certains s'empresseront d'invoquer les tensions sociales du 17 octobre, les manifestations et leurs débordements, pour expliquer la défiance des marchés. C'est commode, mais intellectuellement malhonnête. Ces événements n'ont fait qu'accélérer une dynamique déjà bien engagée. Le vrai problème est structurel, pas conjoncturel.

Je pense sincèrement que nos responsables politiques ont fait de la dépense publique leur seul outil de gestion des crises sociales. Chaque mécontentement se solde par un chèque, chaque grève par une concession budgétaire, chaque émeute par un plan de relance dans les banlieues concernées. C'est le clientélisme érigé en politique économique. Et pendant ce temps, les entreprises, elles, paient. Elles paient des charges parmi les plus lourdes d'Europe. Elles subissent une complexité administrative qui ferait fuir n'importe quel investisseur étranger. Elles ferment — comme Fibre Excellence à Saint-Gaudens, 250 emplois perdus — ou elles partent, comme Arkane à Lyon, emportée dans la restructuration mondiale de Microsoft.

La question n'est pas « manque-t-on d'impôts ? » mais « où va l'argent ? »

Olivier Babeau posait cette semaine la bonne question : la France manque-t-elle d'impôts ? La réponse est non — et les chiffres sont implacables. Nous sommes déjà le pays le plus taxé de l'OCDE avec un taux de prélèvements obligatoires autour de 45 % du PIB. L'Allemagne fait mieux avec moins. Les Pays-Bas aussi. La Suisse, n'en parlons pas.

Le problème n'est pas le niveau des recettes, c'est l'inefficacité chronique de la dépense. Chaque euro prélevé sur les entrepreneurs, les salariés, les commerçants qui ont dû payer eux-mêmes leur sécurité lors des dernières violences, doit être dépensé deux fois, trois fois, dans un millefeuille administratif opaque.

Alors quand Moody's dégrade notre note ce soir, ne cherchez pas un bouc émissaire dans les agences de notation. Regardez plutôt la note de bas de page : c'est nous, collectivement, qui l'avons méritée.

Photo Jean Baptiste Giraud

Jean-Baptiste Giraud est le fondateur et directeur de la rédaction d'Economie Matin.  Jean-Baptiste Giraud a commencé sa carrière comme journaliste reporter à Radio France, puis a passé neuf ans à BFM comme reporter, matinalier, chroniqueur et intervieweur. En parallèle, il était également journaliste pour TF1, où il réalisait des reportages et des programmes courts diffusés en prime-time.  En 2004, il fonde Economie Matin, qui devient le premier hebdomadaire économique français. Celui-ci atteint une diffusion de 600.000 exemplaires (OJD) en juin 2006. Un fonds economique espagnol prendra le contrôle de l'hebdomadaire en 2007. Après avoir créé dans la foulée plusieurs entreprises (Versailles Events, Versailles+, Les Editions Digitales), Jean-Baptiste Giraud a participé en 2010/2011 au lancement du pure player Atlantico, dont il est resté rédacteur en chef pendant un an. En 2012, soliicité par un investisseur pour créer un pure-player économique,  il décide de relancer EconomieMatin sur Internet  avec les investisseurs historiques du premier tour de Economie Matin, version papier.  Éditorialiste économique sur Sud Radio de 2016 à 2018, Il a également présenté le « Mag de l’Eco » sur RTL de 2016 à 2019, et « Questions au saut du lit » toujours sur RTL, jusqu’en septembre 2021.  Jean-Baptiste Giraud est également l'auteur de nombreux ouvrages, dont « Dernière crise avant l’Apocalypse », paru chez Ring en 2021, mais aussi de "Combien ça coute, combien ça rapporte" (Eyrolles), "Les grands esprits ont toujours tort", "Pourquoi les rayures ont-elles des zèbres", "Pourquoi les bois ont-ils des cerfs", "Histoires bêtes" (Editions du Moment) ou encore du " Guide des bécébranchés" (L'Archipel).

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