Ce vendredi, l'agence Moody's devrait abaisser la note de la France. Pas une surprise pour qui suit les finances publiques françaises depuis des années. Une confirmation brutale, plutôt, que nous avons collectivement choisi de vivre au-dessus de nos moyens — et que la facture arrive enfin.
700 milliards €
C'est le besoin brut de financement de la France en 2026, entre dette à refinancer et nouveaux déficits à couvrir. Un chiffre vertigineux.
La dégradation, ce n'est pas une sanction, c'est un diagnostic
Soyons clairs : Moody's ne punit pas la France. L'agence de notation se contente de mettre un chiffre sur ce que tout économiste honnête constate depuis des années. Notre dette publique dépasse 115 % du PIB. Notre déficit structurel refuse obstinément de se résorber. Et nos dirigeants politiques, droite, gauche et centre confondus, continuent de promettre davantage de dépenses à chaque échéance électorale, comme si l'argent public tombait du ciel.
Force est de constater que nous avons raté toutes les fenêtres d'opportunité pour réformer sérieusement. En 2017, quand la croissance revenait. En 2021, quand les taux d'intérêt étaient encore à zéro. En 2023, quand l'inflation gonflait artificiellement les recettes fiscales. À chaque fois, la dépense publique a progressé plus vite que les recettes. À chaque fois, le déficit est resté béant.
Le résultat est là : les marchés s'inquiètent, les spreads s'écartent — c'est-à-dire que la France doit payer des taux d'intérêt de plus en plus élevés par rapport à l'Allemagne pour emprunter — et l'effet boule de neige tant redouté commence à se matérialiser. Plus on s'endette cher, plus les intérêts de la dette pèsent sur le budget, moins il reste pour rembourser, et plus on doit emprunter. Le cercle vicieux, en somme.
Les violences sociales n'expliquent pas tout — loin de là
Certains s'empresseront d'invoquer les tensions sociales du 17 octobre, les manifestations et leurs débordements, pour expliquer la défiance des marchés. C'est commode, mais intellectuellement malhonnête. Ces événements n'ont fait qu'accélérer une dynamique déjà bien engagée. Le vrai problème est structurel, pas conjoncturel.
Je pense sincèrement que nos responsables politiques ont fait de la dépense publique leur seul outil de gestion des crises sociales. Chaque mécontentement se solde par un chèque, chaque grève par une concession budgétaire, chaque émeute par un plan de relance dans les banlieues concernées. C'est le clientélisme érigé en politique économique. Et pendant ce temps, les entreprises, elles, paient. Elles paient des charges parmi les plus lourdes d'Europe. Elles subissent une complexité administrative qui ferait fuir n'importe quel investisseur étranger. Elles ferment — comme Fibre Excellence à Saint-Gaudens, 250 emplois perdus — ou elles partent, comme Arkane à Lyon, emportée dans la restructuration mondiale de Microsoft.
La question n'est pas « manque-t-on d'impôts ? » mais « où va l'argent ? »
Olivier Babeau posait cette semaine la bonne question : la France manque-t-elle d'impôts ? La réponse est non — et les chiffres sont implacables. Nous sommes déjà le pays le plus taxé de l'OCDE avec un taux de prélèvements obligatoires autour de 45 % du PIB. L'Allemagne fait mieux avec moins. Les Pays-Bas aussi. La Suisse, n'en parlons pas.
Le problème n'est pas le niveau des recettes, c'est l'inefficacité chronique de la dépense. Chaque euro prélevé sur les entrepreneurs, les salariés, les commerçants qui ont dû payer eux-mêmes leur sécurité lors des dernières violences, doit être dépensé deux fois, trois fois, dans un millefeuille administratif opaque.
Alors quand Moody's dégrade notre note ce soir, ne cherchez pas un bouc émissaire dans les agences de notation. Regardez plutôt la note de bas de page : c'est nous, collectivement, qui l'avons méritée.

