TikTok : enfin un repreneur pour sa branche Europe ?

Après la restructuration de TikTok aux États-Unis, un scénario similaire a été envisagé en Europe. Le groupe de médias allemand Axel Springer, propriétaire de Politico et du Daily Telegraph, aurait proposé de participer au rachat des activités européennes de la plateforme chinoise. Une opération potentiellement majeure pour le secteur technologique, mais qui se heurte à la résistance de ByteDance et au manque d’enthousiasme des autorités européennes.

Anton Kunin
By Anton Kunin Published on 23 octobre 2026 18h34
TikTok : enfin un repreneur pour sa branche Europe ?
TikTok : enfin un repreneur pour sa branche Europe ? - © Economie Matin
12,5 milliards d’eurosLa nouvelle structure américaine de TikTok a été valorisée à environ 12,5 milliards d’euros.

Un projet de rachat de TikTok Europe évoqué à Berlin

TikTok pourrait-il un jour passer sous pavillon européen ? Selon des révélations du Financial Times, Axel Springer aurait envisagé de prendre une participation dans les activités européennes du réseau social, actuellement contrôlé par le groupe chinois ByteDance. Son directeur général, Mathias Döpfner, aurait défendu cette possibilité auprès de responsables politiques et institutionnels. L’objectif : reproduire en Europe le modèle de restructuration adopté aux États-Unis, où TikTok a dû modifier son actionnariat pour éviter une interdiction.

L’idée aurait émergé en janvier 2026, lors d’un déjeuner organisé au siège berlinois d’Axel Springer. Mathias Döpfner y aurait rencontré Charles Kushner, ambassadeur des États-Unis en France et père de Jared Kushner, le gendre du président américain Donald Trump. Initialement consacrée à l’antisémitisme sur les réseaux sociaux, cette rencontre aurait également permis d’aborder l’avenir de TikTok sur le marché européen.

Le groupe allemand aurait alors envisagé de participer à une opération permettant de transférer les activités européennes de la plateforme à de nouveaux investisseurs. La proposition aurait ensuite été présentée à des responsables de la Commission européenne. Elle n'aurait cependant pas suscité suffisamment d'intérêt pour être poursuivie.

Interrogé par Reuters, Axel Springer n’a pas confirmé l’existence d’une offre de rachat, mais a reconnu son intérêt pour une telle évolution. Le groupe a expliqué qu’il aurait accueilli favorablement la possibilité de participer à une solution européenne inspirée du modèle américain, en tant qu’acteur majeur des médias. Le projet ne se limiterait donc pas nécessairement à une acquisition intégrale par Axel Springer. L’hypothèse évoquée porte aussi sur une prise de participation dans une structure regroupant plusieurs investisseurs. À ce stade, aucun consortium, montant d’investissement ou calendrier de transaction n’a été annoncé.

Le modèle américain, une référence à plusieurs milliards d’euros

Cette piste s’inspire directement de la transformation de TikTok aux États-Unis. En janvier 2026, ByteDance a finalisé un accord transférant le contrôle des activités américaines de son application à une coentreprise majoritairement détenue par des investisseurs américains. Cette restructuration répondait aux préoccupations des autorités américaines concernant la sécurité nationale et les risques associés au contrôle chinois de TikTok. L’accord a permis d’éviter une interdiction de la plateforme sur un marché comptant plus de 200 millions d’utilisateurs.

Sur le plan financier, l'opération donne une idée des enjeux. La nouvelle structure américaine a été valorisée à environ 12,5 milliards d’euros. Oracle figure parmi les principaux investisseurs associés à cette réorganisation. Une éventuelle transaction européenne pourrait également mobiliser des capitaux considérables. Toutefois, la valorisation américaine ne peut pas être directement transposée au marché européen. Le périmètre des activités concernées, leur rentabilité, leurs perspectives publicitaires et les conditions d’exploitation de la plateforme seraient déterminants pour fixer un prix.
Surtout, aucun chiffre concernant une possible cession de TikTok Europe n’a été communiqué. Il demeure donc impossible d’estimer sérieusement le montant qu’Axel Springer ou d’autres investisseurs devraient mobiliser.

Pourquoi les activités européennes de TikTok suscitent-elles un intérêt stratégique ?

Au-delà du montant d’une éventuelle acquisition, c’est le contrôle d’une infrastructure majeure de l’économie numérique qui serait en jeu. TikTok occupe une place importante dans la distribution de contenus, la publicité vidéo et les relations entre marques, créateurs et consommateurs.

Pour un acquéreur, l’intérêt économique dépasserait ainsi la seule exploitation d’un réseau social. Une participation dans TikTok pourrait offrir une exposition à son activité publicitaire, à son écosystème de créateurs et à ses technologies de recommandation. La valeur réelle d’une telle opération dépendrait néanmoins des droits effectivement transférés, notamment sur les outils technologiques et les données.

Axel Springer présenterait un profil particulier parmi les acheteurs potentiels. Propriétaire de Politico, Business Insider, Bild, Die Welt et du Daily Telegraph, le groupe possède déjà un portefeuille international de médias numériques et traditionnels. Entrer au capital de TikTok lui permettrait de diversifier ses activités au-delà de l'édition de contenus journalistiques.

Mais une séparation européenne de TikTok soulèverait des difficultés majeures. Il faudrait notamment définir les relations entre la nouvelle entité et ByteDance, les conditions d’utilisation des technologies communes, ainsi que les responsabilités concernant les données des utilisateurs. Toute opération d'envergure pourrait également entraîner un examen réglementaire approfondi.

ByteDance rejette l’hypothèse d’une vente de TikTok Europe

Malgré l’intérêt manifesté par Axel Springer, la principale difficulté reste la position de ByteDance. La maison mère chinoise a catégoriquement contesté les informations sur le projet. « C’est une pure invention qui ne mérite même pas de commentaire », a déclaré un porte-parole du groupe. Cette réaction écarte, pour l’heure, l’hypothèse d’une négociation officiellement engagée. D’autant que, selon les informations du Financial Times, les échanges avec les représentants européens n’ont pas permis de faire avancer l’initiative.

Le contexte diffère sensiblement de celui des États-Unis, où la menace d’une interdiction avait favorisé la restructuration de TikTok. En Europe, aucune opération comparable n’est actuellement annoncée. Axel Springer continue néanmoins de défendre le principe d’une solution européenne. Mathias Döpfner avait d’ailleurs déclaré en mai 2026 que l’Europe devrait suivre l’exemple américain, rapporte Reuters. En septembre 2026, il estimait encore que TikTok devait être cédé à des actionnaires issus de démocraties ou interdit.

Le scénario d’un changement de propriétaire reste donc une perspective défendue par certains acteurs, plutôt qu’un processus de vente engagé. Les démarches rapportées au sein des institutions européennes n’ont pas débouché sur une opération, tandis que ByteDance conserve le contrôle des activités européennes de TikTok.

Anton Kunin

Après son Master de journalisme, Anton Kunin a rejoint l'équipe d'ÉconomieMatin, où il écrit sur des sujets liés à la consommation, la banque, l'immobilier, l'e-commerce et les transports.

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