Une étude de la Banque de France publiée le 22 octobre établit un lien entre exposition aux fortes chaleurs et ralentissement de l’offre de crédit aux PME. Les effets diffèrent selon les secteurs et les territoires.
Chaleur : un frein au crédit des PME

Les épisodes de très forte chaleur et la hausse durable des températures peuvent peser sur le financement bancaire des petites et moyennes entreprises françaises. Une étude de la Banque de France publiée le 22 octobre 2026 observe, dans les entreprises les plus exposées, un ralentissement de la croissance de l’offre de crédit qui peut se prolonger plusieurs années.
Le résultat ne signifie pas que toutes les PME subissent une réduction identique de leurs prêts. Il porte sur des écarts relatifs de croissance du crédit, mesurés selon l’exposition locale à la chaleur, et sur la réaction des établissements bancaires. Les chercheurs distinguent surtout deux risques que les analyses économiques agrègent souvent : les journées de chaleur extrême et l’augmentation progressive de la température moyenne.
Jusqu’à 4,4 points de croissance du crédit en moins après les épisodes extrêmes
Dans leur étude consacrée aux effets des températures sur le crédit aux entreprises, les économistes de la Banque de France rapprochent les relevés de Météo-France, la localisation des entreprises et les encours de crédit déclarés entre 2011 et 2023. Leur échantillon se concentre sur des PME françaises ne disposant que d’un établissement, afin d’associer précisément chaque entreprise à son environnement climatique.
Pour les expositions aiguës les plus sévères, correspondant aux 10 % de déviations de température les plus fortes et à des journées atteignant au moins 35 °C, la croissance de l’offre de crédit est inférieure d’environ 4,4 points de pourcentage à celle d’entreprises comparables moins exposées. Cet effet peut persister jusqu’à cinq ans après le choc étudié.
Les chercheurs comparent des entreprises de taille et de secteur similaires, situées dans des zones proches et observées à la même date. Cette méthode vise à mieux isoler la réaction de l’offre bancaire des variations de demande de financement. Les chiffres sont des résultats statistiques sur la période étudiée, non une prévision mécanique pour chaque entreprise après l’été 2026.
Le réchauffement durable produit un effet plus long
La hausse chronique de la température moyenne s’accompagne, dans les observations de la Banque de France, d’un ralentissement plus persistant : l’écart de croissance du crédit atteint environ 5,2 points de pourcentage et peut durer jusqu’à huit ans. Les banques peuvent intégrer à leurs décisions la perspective de coûts d’exploitation plus élevés, d’une rentabilité fragilisée ou d’une dégradation des garanties.
Les deux phénomènes ne touchent pas le territoire de la même manière. Par rapport à la référence climatique 1976-2005, la hausse de la température moyenne est particulièrement marquée dans le Nord et l’Est de la France hexagonale. Les journées de très forte chaleur se multiplient davantage dans le Centre et le Sud. Une analyse bancaire fondée uniquement sur des moyennes régionales risquerait donc de masquer des expositions très différentes d’un établissement à l’autre.
Industrie, commerce et construction : des sensibilités distinctes
Le commerce, les transports, la restauration, les loisirs, ainsi que plusieurs branches industrielles apparaissent sensibles aux deux formes de risque. Dans la construction, l’immobilier et certains services, les épisodes de chaleur aiguë jouent un rôle plus marqué. L’ajustement ne concerne pas uniquement le volume total : les banques peuvent réduire davantage les financements à moyen et long terme, tout en maintenant une partie des crédits de courte durée.
L’étude relève aussi que la prise en compte des notations financières habituelles des entreprises modifie peu l’effet estimé des températures. Les indicateurs de solvabilité traditionnels ne semblent donc pas refléter complètement l’exposition physique au changement climatique. Les chercheurs invitent à une appréciation plus fine des risques, tenant compte des implantations, des activités et des horizons d’investissement.
Cette évolution crée une tension pour les PME : les investissements d’adaptation aux fortes chaleurs peuvent nécessiter des financements de longue durée, précisément ceux qui ralentissent le plus dans certaines situations. La Banque de France souligne que les crédits destinés à l’adaptation pourraient, à l’avenir, contrebalancer une partie de cet effet négatif. Sur la période 2011-2023 étudiée, le ralentissement net de l’offre bancaire demeure toutefois dominant.