En déplacement à Singapour le 27 octobre, le chancelier allemand Friedrich Merz a plaidé pour rapprocher commercialement l’Union européenne et les douze membres du partenariat transpacifique CPTPP. Une perspective importante pour les exportateurs français, mais qui suppose encore des négociations à l’échelle européenne.
Commerce mondial : Berlin propose un accord entre l’UE et les pays du Pacifique

Le chancelier allemand Friedrich Merz a proposé, mardi 27 octobre 2026 à Singapour, de travailler à un accord commercial entre l’Union européenne et les membres du partenariat transpacifique CPTPP. L’objectif affiché est de développer les échanges entre l’Europe et l’Indopacifique, dans un contexte de restrictions commerciales et de tensions autour des chaînes d’approvisionnement. Pour les entreprises françaises, cette initiative ouvre un débat sur l’accès à de nouveaux marchés, sans modifier pour l’heure les conditions douanières en vigueur.
Une proposition allemande à l’échelle de l’Union européenne
Lors d’un discours à l’institut ISEAS–Yusof Ishak, Friedrich Merz a appelé à travailler à un accord interrégional avec les douze membres du Comprehensive and Progressive Agreement for Trans-Pacific Partnership (CPTPP). Selon le chancelier, l’Union européenne et ces partenaires représentent ensemble plus d’un tiers du commerce mondial. Son intervention a été rapportée le 27 octobre par Reuters et par la radio publique allemande Deutschlandfunk.
Le CPTPP rassemble notamment le Japon, le Royaume-Uni, le Canada, l’Australie, le Mexique, le Vietnam, la Malaisie et Singapour. La liste officielle publiée par le gouvernement britannique comprend douze membres. L'idée défendue par Berlin est celle d’un rapprochement entre deux ensembles commerciaux, et non d’une décision déjà prise d’intégrer l’Union au traité existant.
À l’issue de son entretien avec le Premier ministre singapourien Lawrence Wong, Friedrich Merz a confirmé vouloir mieux coordonner les accords commerciaux européens déjà conclus ou négociés dans la région. Dans la transcription officielle de la conférence de presse, il a défendu l’accès réciproque aux marchés et la recherche de partenaires attachés à des règles commerciales prévisibles.
Ce que les entreprises françaises pourraient y gagner
Pour les exportateurs français, l’enjeu serait d’abord celui des conditions d’accès aux marchés asiatiques et transpacifiques. Un accord futur pourrait traiter des droits de douane, des formalités, de l’accès aux marchés publics ou des échanges de services. Les résultats dépendraient toutefois des secteurs couverts, des engagements réciproques et des règles d’origine retenues.
Les entreprises françaises qui importent des composants ou des matières premières pourraient également être concernées par une meilleure organisation des échanges entre ces zones économiques. C’est l’une des raisons pour lesquelles Berlin inscrit sa démarche dans une stratégie de diversification des partenaires commerciaux. Il serait prématuré de chiffrer un gain pour les entreprises ou les consommateurs français : aucun texte négocié ne permet aujourd’hui une telle estimation.
Cette perspective s’appuie sur des relations déjà établies. L’Union européenne dispose, par exemple, d’un accord de libre-échange avec Singapour en vigueur depuis novembre 2019, complété par un accord sur le commerce numérique entré en vigueur en février 2026. Le projet allemand consisterait à donner une dimension plus large à des coopérations qui restent aujourd’hui largement bilatérales.
Singapour veut aussi accélérer les discussions entre l’UE et l’ASEAN
La démarche de Berlin a reçu un accueil favorable à Singapour. Dans ses réponses officielles à la presse, Lawrence Wong a soutenu un rapprochement entre l’Union et le CPTPP. Il a également indiqué que Singapour, qui doit présider l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (ASEAN) en 2027, chercherait à faire progresser un éventuel accord commercial entre l’ASEAN et l’UE.
Ces deux pistes sont distinctes : le CPTPP compte des membres situés dans plusieurs régions du monde, tandis que l’ASEAN regroupe les pays d’Asie du Sud-Est. Leur rapprochement avec l’Europe pourrait renforcer les possibilités de diversification commerciale, mais les négociations et les intérêts des pays concernés ne se confondent pas.
Une orientation politique, avant d’éventuelles négociations
La prochaine étape appartient aux institutions européennes. La politique commerciale commune relève de la compétence de l’Union : selon la procédure détaillée par la Commission européenne, le Conseil autorise l’ouverture de négociations, la Commission négocie au nom des États membres, puis le Conseil et le Parlement européen examinent l’accord final.
La France serait donc concernée à travers la définition du mandat européen, puis l’examen des concessions commerciales et des protections sectorielles. La proposition formulée à Singapour ne fixe encore ni calendrier de négociation, ni liste de produits concernés, ni modalités d’application. Elle révèle néanmoins une orientation défendue par la première économie de l’Union : élargir les partenariats commerciaux européens au-delà des relations traditionnelles avec les grandes puissances.