Sécurité routière : la France est le pire élève européen en 2025

La Commission européenne enregistre 19 350 décès routiers en 2025 dans l’UE, soit une baisse de 3%. Mais seuls cinq pays sont en voie d’atteindre l’objectif 2030. La France figure parmi les mauvais élèves, avec des investissements insuffisants et un réseau secondaire vétuste.

Cropped Favicon 1.png
By La rédaction Published on 27 octobre 2026 15h41
voiture, conduite, carVertical, étude, accident, couleur, marque de voiture, BMW, Renault, jeune conducteur, probabilité
Sécurité routière : la France est le pire élève européen en 2025 - © Economie Matin
55%En France, 55% des accidents mortels ont lieu sur le réseau secondaire, souvent mal entretenu et peu sécurisé.

Alors que la Commission européenne annonce une baisse de 3% des décès routiers dans l'Union européenne en 2025, avec 19 350 morts enregistrées, la France figure parmi les mauvais élèves du continent. Seuls cinq États membres (Belgique, Bulgarie, Danemark, Pologne, Roumanie) sont en voie d'atteindre l'objectif ambitieux de réduire de moitié les décès routiers d'ici 2030. L'Hexagone n'en fait pas partie, révélant des investissements insuffisants en infrastructure et prévention malgré un budget conséquent.

La France mauvaise élève de l'UE : les chiffres qui accusent

19 350 morts en Europe, mais la France surperforme en mortalité

Les statistiques de sécurité routière publiées par la Commission européenne en octobre 2026 dressent un constat contrasté. L'UE enregistre 580 décès de moins qu'en 2024, soit une réduction de 15% depuis 2019. Pourtant, la France affiche un taux de mortalité routière bien supérieur à la moyenne européenne, oscillant autour de 45 à 50 décès par million d'habitants, loin des performances suédoises (19 décès) ou danoises (24 décès).

La géographie de la mortalité routière européenne révèle un clivage économique net. La Bulgarie (71 décès par million), la Roumanie (68) et la Croatie (65) occupent le bas du classement, mais la France se positionne dans le ventre mou, aux côtés de pays dont les infrastructures routières nécessitent des investissements massifs. Les pays nordiques, qui ont investi massivement dans la prévention et les infrastructures depuis les années 1990, récoltent aujourd'hui les fruits de leur politique de long terme.

Cinq pays réussissent, la France échoue : où sont les investissements ?

Belgique, Bulgarie, Danemark, Pologne et Roumanie ont un point commun : des investissements ciblés et cohérents. La Belgique a multiplié les radars automatiques et les campagnes de sensibilisation. La Pologne a modernisé ses axes routiers prioritaires avec des fonds européens. Le Danemark a restructuré ses zones urbaines pour protéger cyclistes et piétons. La France, elle, peine à déployer une stratégie homogène sur l'ensemble du territoire.

Le budget français consacré à la sécurité routière stagne depuis 2020, autour de 150 millions d'euros par an, soit moins de 2,20 euros par habitant. À titre de comparaison, la Suède investit près de 5 euros par habitant dans la prévention routière. L'écart budgétaire explique en partie l'écart de performance. Apostolos Tzitzikostas, commissaire européen pour les Transports durables et le Tourisme, rappelle que « la sécurité routière concerne plus que des règles et des réglementations. Il s'agit de protéger des vies et de prévenir des tragédies qui affectent des familles et des communautés à travers l'Europe ».

Le coût caché de l'inaction : 100 000 blessés graves par an

Pour chaque décès routier, environ cinq personnes sont gravement blessées, soit près de 100 000 blessés graves chaque année dans l'UE. En France, cela représente environ 15 000 victimes annuelles nécessitant des soins longs et coûteux. Le coût économique direct (hospitalisation, rééducation, prise en charge médicale) atteint 2 milliards d'euros par an. S'ajoutent les coûts indirects : arrêts maladie prolongés, invalidités permanentes, pertes de productivité. Au total, les accidents routiers coûtent à l'économie française environ 50 milliards d'euros annuels, soit 2% du PIB.

Les personnes âgées figurent parmi les victimes les plus fréquentes, avec des conséquences sanitaires aggravées. Un senior hospitalisé après un accident grave nécessite en moyenne 45 jours d'hospitalisation, contre 28 jours pour un adulte jeune. Le vieillissement démographique amplifie ce phénomène : d'ici 2030, les plus de 65 ans représenteront 28% de la population française, contre 21% en 2020. Sans adaptation des infrastructures, le nombre de victimes âgées explosera.

Routes rurales françaises : l'infrastructure qui coûte cher

La majorité des décès routiers surviennent sur les routes rurales, en dehors des zones urbaines. En France, 55% des accidents mortels ont lieu sur le réseau secondaire, souvent mal entretenu et peu sécurisé. Les départements ruraux, confrontés à des contraintes budgétaires serrées, peinent à financer la modernisation de leurs routes. Glissières de sécurité manquantes, signalisation obsolète, virages non sécurisés : les défaillances s'accumulent.

Remettre à niveau le réseau secondaire français nécessiterait un investissement estimé à 8 milliards d'euros sur dix ans, selon une étude de l'Assemblée des départements de France. Or, les budgets départementaux consacrés à la voirie ont baissé de 12% entre 2015 et 2025. La France dépense ainsi trois fois moins par kilomètre de route rurale que la Suède ou le Danemark. L'arrivée de nouveaux panneaux de signalisation ne suffira pas à compenser ce retard structurel.

Le modèle suédois et danois : pourquoi ça marche ailleurs

La Suède a adopté en 1997 la Vision Zéro, un programme ambitieux visant à éliminer totalement les décès routiers. Le pays a investi massivement dans les infrastructures : routes à 2+1 voies avec barrières centrales, ronds-points sécurisés, zones 30 généralisées en ville. Résultat : le taux de mortalité suédois a chuté de 60% en vingt-cinq ans. Le Danemark a suivi une trajectoire similaire, avec un accent particulier sur la protection des cyclistes, population vulnérable surreprésentée dans les statistiques.

L'approche française reste fragmentée. Les grandes métropoles (Paris, Lyon, Bordeaux) ont investi dans des aménagements cyclables et des zones apaisées. Mais les villes moyennes et les zones rurales accusent un retard considérable. Le contraste est saisissant : Paris affiche un taux de mortalité routière inférieur à 10 décès par million d'habitants, tandis que certains départements ruraux dépassent 80 décès par million. L'absence de coordination nationale pénalise l'efficacité globale.

2030 : la France peut-elle encore rattraper son retard ?

La Commission européenne juge que « le rythme actuel reste insuffisant » pour atteindre l'objectif de réduction de 50% des décès et blessures graves d'ici 2030. La France doit accélérer drastiquement : passer de 3% de baisse annuelle à au moins 7% pour espérer respecter l'engagement européen. Cela suppose un triplement des investissements en sécurité routière, passant de 150 à 450 millions d'euros par an.

Plusieurs leviers existent. Moderniser le réseau secondaire, déployer massivement les radars automatiques sur les routes rurales, renforcer les campagnes de prévention ciblant les seniors et les usagers vulnérables. La réforme du permis de conduire pourrait également intégrer un volet sécurité renforcé. Mais le calendrier politique et budgétaire laisse peu de marge de manœuvre. Sans réaction rapide, la France restera durablement dans le peloton de queue européen.

Apostolos Tzitzikostas insiste : « Notre objectif est clair : garantir que chaque citoyen, où qu'il voyage et quel que soit son mode de transport, puisse atteindre sa destination. Cela signifie rendre nos routes plus sûres, renforcer la prévention et garantir que chaque trajet se termine en toute sécurité. » La France entendra-t-elle cet appel ?

No comment on «Sécurité routière : la France est le pire élève européen en 2025»

Leave a comment

* Required fields