TotalEnergies : déjà plus de 20 milliards de dollars de bénéfices en 2026

TotalEnergies annonce un bénéfice net record de 8,3 milliards de dollars au troisième trimestre 2026, soit une progression de 125% sur un an. Portant ses profits cumulés au-delà de 20 milliards depuis janvier, le géant pétrolier fait face à une demande gouvernementale de répercussion tarifaire immédiate.

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By La rédaction Published on 29 octobre 2026 10h51
Hausse des prix du carburant, tensions géopolitiques et marché pétrolier sous pression : analyse détaillée des résultats de TotalEnergies au premier trimestre et des impacts pour les consommateurs.
Hausse des prix du carburant, tensions géopolitiques et marché pétrolier sous pression : analyse détaillée des résultats de TotalEnergies au premier trimestre et des impacts pour les consommateurs. - © Economie Matin
8,3 MILLIARDS $Le groupe dirigé par Patrick Pouyanné a dévoilé jeudi 29 octobre un bénéfice net de 8,3 milliards de dollars pour le seul troisième trimestre 2026.

TotalEnergies vient de publier des résultats trimestriels spectaculaires : 8,3 milliards de dollars de bénéfice net au troisième trimestre 2026, soit une hausse de 125% par rapport à la même période en 2025. Depuis janvier, le géant pétrolier français a ainsi accumulé plus de 20 milliards de dollars de profits. Une performance qui ravive immédiatement les tensions avec le gouvernement français, qui réclame une répercussion tarifaire à la pompe pour les automobilistes.

Un trimestre record qui cumule 20 milliards de dollars depuis janvier

8,3 milliards de dollars au Q3 : +125% sur un an

Le groupe dirigé par Patrick Pouyanné a dévoilé jeudi 29 octobre un bénéfice net de 8,3 milliards de dollars pour le seul troisième trimestre 2026. Ce chiffre représente plus du double des 3,7 milliards enregistrés au Q3 2025. Le résultat net ajusté, indicateur privilégié par les analystes financiers, atteint même 9,1 milliards de dollars, en progression de 128% sur douze mois. Cette croissance fulgurante porte les bénéfices cumulés de l'entreprise depuis le début de l'année à plus de 20 milliards de dollars, un niveau jamais atteint dans l'histoire récente du groupe.

Les conflits persistants en Ukraine et au Moyen-Orient expliquent largement cette envolée. Le cours moyen du Brent de mer du Nord s'est établi à 97 dollars le baril au troisième trimestre 2026, contre 69,1 dollars un an plus tôt. Patrick Pouyanné justifie ces résultats par la capacité du groupe à tirer parti des tensions géopolitiques : « Dans un environnement de prix élevés, marqué par des marges de raffinage à des niveaux historiques et un marché du gaz haussier, TotalEnergies tire une nouvelle fois pleinement parti de son modèle intégré et de sa diversification géographique », a-t-il déclaré dans le communiqué officiel.

La raffinerie : le véritable moteur de la croissance (+410%)

La division raffinage-chimie constitue la véritable surprise de ces résultats. Elle génère un résultat opérationnel record de 3,5 milliards de dollars au Q3 2026, contre seulement 687 millions de dollars un an auparavant. Cette multiplication par cinq s'explique par l'explosion des marges de raffinage en Europe, qui ont quadruplé pour atteindre 33,2 dollars par baril. Les raffineurs bénéficient d'un double effet : la hausse du prix du brut et la raréfaction des capacités de transformation en Europe, conséquence directe des sanctions contre la Russie.

Le segment GNL (gaz naturel liquéfié) contribue également à cette performance exceptionnelle. Propulsé par le bond des cours du gaz, TotalEnergies exploite sa position dominante sur le marché européen, où les besoins en approvisionnement restent tendus depuis le début de la crise ukrainienne.

Le gouvernement réclame une redistribution des superprofits

Maud Bregeon demande l'exemplarité et la répercussion tarifaire

Quelques heures après la publication des résultats, la réaction gouvernementale ne s'est pas fait attendre. Maud Bregeon, porte-parole du gouvernement et ministre déléguée à l'Énergie, a appelé TotalEnergies à être « exemplaire » lors d'une intervention sur BFM-TV et RMC. « On a de la chance d'avoir un grand major pétrolier dans une crise telle que celle que l'on traverse, et notamment pour pallier les risques d'approvisionnement. Donc, nous, on demande à Total d'être exemplaire. On demande à Total de répercuter, encore une fois, à la baisse l'avantage de la libération des barils, de poursuivre son plafonnement autant que nécessaire, tant que cette crise perdure », a-t-elle déclaré.

Le gouvernement prépare la libération de stocks stratégiques de gazole, effective dès le 1er novembre 2026. Un décret fixe les conditions économiques de cette mesure d'urgence, censée faire baisser les prix à la pompe de 12 à 18 centimes par litre. L'exécutif attend de TotalEnergies qu'il répercute intégralement cet avantage économique sur les consommateurs. Maud Bregeon annonce une baisse visible dès la semaine suivante, tout en défendant le groupe contre les critiques : « On aurait tort de sombrer dans le Total bashing. »

Le plafonnement à 2,25€/l : une mesure insuffisante ?

TotalEnergies applique depuis plusieurs semaines un plafonnement volontaire du prix du gazole à 2,25 euros le litre dans ses stations-service. Cette stratégie commerciale permet au groupe de gagner des parts de marché, attirant les automobilistes face à des concurrents qui affichent des prix dépassant les 2,35 euros. Mais cette initiative, présentée comme un geste social, apparaît dérisoire au regard des profits accumulés.

Le gouvernement promet une avance de trésorerie aux petits distributeurs indépendants pour leur permettre d'aligner leurs tarifs sans mettre en péril leur équilibre financier. La question demeure : TotalEnergies va-t-il abaisser son plafond ou se contenter de maintenir le statu quo, tout en engrangeant des milliards supplémentaires dans les mois à venir ? Les associations de consommateurs et plusieurs formations politiques réclament des engagements chiffrés, pas seulement des déclarations d'intention.

Superprofits : le débat fiscal s'intensifie

Les marges de raffinage constituent le cœur du réacteur financier de TotalEnergies en 2026. Passées de 8,3 dollars le baril au Q3 2025 à 33,2 dollars au Q3 2026, elles quadruplent en douze mois. Plusieurs facteurs expliquent cette explosion : la réduction des capacités de raffinage en Europe suite à la fermeture de sites russes et biélorusses, la hausse de la demande en produits raffinés (gazole, kérosène) liée à la reprise post-pandémique, et les perturbations logistiques causées par les tensions au Moyen-Orient.

Le modèle intégré de TotalEnergies, qui contrôle toute la chaîne de valeur depuis l'extraction jusqu'à la distribution, permet au groupe de capter ces marges exceptionnelles à chaque étape. Pendant que les automobilistes français subissent des prix record à la pompe, le groupe transforme chaque litre vendu en profit substantiel. Cette situation cristallise les frustrations, alors que le prix du gazole dépasse régulièrement 2,35 euros le litre et pèse lourdement sur le pouvoir d'achat des ménages et des professionnels.

Taxation des superprofits : la solution oubliée ?

Le débat sur la taxation des superprofits, intense en 2022 et 2023, refait surface avec vigueur. Plusieurs pays européens ont déjà instauré des contributions exceptionnelles sur les bénéfices extraordinaires des énergéticiens. En France, le sujet reste politiquement sensible. Le gouvernement privilégie pour l'instant la « responsabilité volontaire » des entreprises, appelant TotalEnergies à l'exemplarité plutôt qu'à imposer une fiscalité contraignante.

Pourtant, avec 20 milliards de dollars accumulés en neuf mois, soit plus de 18 milliards d'euros, TotalEnergies dispose d'une marge de manœuvre considérable. Une taxation exceptionnelle de 10% sur ces superprofits générerait près de 2 milliards d'euros de recettes fiscales, utilisables pour financer des aides directes aux ménages ou des investissements dans la transition énergétique.

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