Carburant : TotalEnergies garde son plafonnement à la campagne

TotalEnergies maintient le plafonnement des prix du carburant dans 1 200 stations rurales, soit un tiers de son réseau, alors que 2 300 autres affichent déjà des tarifs en baisse. Une décision qui révèle moins une générosité qu’une réalité économique : les marges de raffinage à 15 dollars le baril et six mois de reconstruction des infrastructures freinent toute baisse rapide.

Paolo Garoscio
By Paolo Garoscio Published on 24 juin 2026 5h50
Carburants : l'État injecte 100 euros pour relancer la consommation
Carburant : TotalEnergies garde son plafonnement à la campagne - © Economie Matin
36,4%Le plafonnement ne concerne donc que 36,4% du réseau

L'accord de paix entre les États-Unis et l'Iran a permis la libération de trois des cinq pétroliers de TotalEnergies bloqués dans le Golfe Persique. Mais le PDG du groupe reste prudent : « La question est : est-ce qu'on peut les ramener pour les remplir ? », interroge-t-il dans Le Figaro. Une période d'observation s'ouvre, durant laquelle les armateurs hésitent encore à franchir le détroit d'Ormuz malgré l'apaisement diplomatique.

Une décision stratégique : cibler les zones fragiles

Pourquoi 1 200 stations rurales et pas les autres

Sur les 3 300 stations-service du réseau TotalEnergies, seules 1 200 conservent le plafonnement à 1,99 euro le litre pour l'essence et 2,25 euros pour le diesel. Les 2 300 autres affichent désormais des prix compris entre 1,80 et 1,90 euro, rendant l'intervention du groupe « plus légitime à ce niveau-là », selon les mots de Patrick Pouyanné. Le plafonnement ne concerne donc que 36,4% du réseau, concentré dans les zones à faible densité de consommation.

La logique est implacable : dans les agglomérations et les zones périurbaines, la rotation rapide des stocks permet d'intégrer rapidement les baisses du marché. En milieu rural, la faible fréquentation allonge les délais d'écoulement. Les gérants de ces stations ont constitué leurs réserves pendant la flambée des prix, lorsque le baril dépassait les 95 dollars. Ils ne peuvent répercuter la baisse qu'après avoir vidé ces stocks coûteux.

Les stocks constitués à prix fort : le vrai problème des petites stations

« S'il y a des zones du territoire, je pense aux zones rurales qu'il faut continuer à protéger, nous maintiendrons la mesure pour les zones en question », confirme le PDG. Mais cette protection révèle surtout une asymétrie structurelle du marché français des carburants. Les stations urbaines, approvisionnées quotidiennement, ajustent leurs tarifs en quelques jours. Les points de vente ruraux, parfois ravitaillés une fois par semaine, traînent un handicap mécanique.

Le plafonnement devient alors une subvention déguisée, assumée par TotalEnergies pour éviter une désertification commerciale dans les territoires isolés. Une stratégie qui rappelle les arbitrages économiques imposés par les contraintes géographiques, comme lors des arrêts de centrales électriques en période de canicule.

Les marges de raffinage : le vrai frein à la baisse des prix

15 dollars de marge pour 80 dollars de pétrole brut

Patrick Pouyanné livre une analyse chiffrée sans détour : « Les produits pétroliers sont à 95 dollars le baril : 80 dollars plus 15 dollars de marge de raffinerie. Encore loin des 60 dollars d'avant la guerre au Moyen-Orient. » La marge de raffinage représente donc 18,75% du prix final, contre environ 10% en temps normal. Pourquoi un tel écart persistant ?

Les raffineries du Moyen-Orient et de Russie ont subi des dommages importants durant le conflit. La capacité mondiale de transformation du pétrole brut en essence et diesel s'est réduite, créant une rareté relative des produits finis. Même si le brut redevient abondant grâce à la réouverture progressive du détroit d'Ormuz, le goulot d'étranglement se situe désormais au niveau du raffinage.

Les infrastructures endommagées : un délai de 6 mois qui pèse sur l'économie

« Nous en avons pour six mois de travaux pour remettre en état la raffinerie que nous possédons avec Aramco en Arabie saoudite », précise le dirigeant. Six mois durant lesquels les marges resteront élevées, les prix à la pompe stagneront, et les automobilistes continueront de subir des tarifs supérieurs de 30 à 40% aux niveaux pré-crise.

Cette reconstruction lente des capacités industrielles rappelle les tensions sur d'autres matières premières, où les chocs climatiques ou géopolitiques provoquent des déséquilibres durables. Patrick Pouyanné anticipe d'ailleurs une transformation profonde : « On voit se dessiner un futur énergétique à base de charbon et d'énergies renouvelables en Inde, au Vietnam et en Chine. »

Paolo Garoscio

Rédacteur en chef adjoint. Après son Master de Philosophie, il s'est tourné vers la communication et le journalisme. Il rejoint l'équipe d'EconomieMatin en 2013.   Suivez-le sur Twitter : @PaoloGaroscio

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