Une analyse publiée le 3 novembre par des économistes de la BCE montre que moins de 40 % des consommateurs interrogés dans plusieurs pays d’Europe centrale et du Sud-Est connaissent SEPA. Les transferts d’argent passent encore largement par des circuits plus coûteux, malgré l’extension de l’espace européen des paiements.
Virements internationaux : la BCE mesure le coût du manque de connaissance de SEPA

Moins de 40 % des consommateurs interrogés dans plusieurs pays d’Europe centrale et du Sud-Est déclarent connaître l’espace unique de paiement en euros (SEPA). Dans une analyse publiée le 3 novembre 2026, trois économistes de la Banque centrale européenne (BCE) et de la banque centrale autrichienne montrent que l’extension de ce dispositif à 41 pays ne s’accompagne pas toujours d’une utilisation effective des virements bancaires transfrontaliers.
Le constat intéresse les travailleurs qui envoient une partie de leurs revenus à leur famille, mais aussi les banques et les prestataires de paiement. Selon les auteurs, les écarts de frais entre canaux de transfert peuvent dépasser dix points de pourcentage pour une même opération, suivant le pays et le service retenus.
Les transferts en espèces restent très utilisés
Les chercheurs exploitent notamment l’enquête Euro Survey de l’Oesterreichische Nationalbank, menée dans plusieurs pays d’Europe centrale et du Sud-Est. Parmi les personnes recevant des fonds de l’étranger dans six pays étudiés, environ un tiers passent par des proches transportant de l’argent liquide et un autre tiers par des opérateurs de transfert disposant de points physiques. Les virements bancaires ne dominent donc pas ces flux.
Les proportions varient sensiblement selon les pays. En Albanie, 21 % des répondants déclarent recevoir des transferts de fonds de l’étranger, contre 17 % en Bosnie-Herzégovine, 10 % en Macédoine du Nord, 9 % en Serbie, 8 % en Bulgarie et 4 % en Roumanie. Ces résultats concernent les ménages interrogés et ne doivent pas être assimilés à des parts de marché bancaires.
La BCE indique que les services de transfert d’espèces à espèces facturent généralement entre 6 % et 12 %, contre 1,5 % à 4,5 % pour certains transferts numériques non bancaires dans les corridors étudiés. Les données tarifaires citées proviennent d’observations de la Banque mondiale au troisième trimestre 2025, et ne constituent pas un barème applicable à toutes les destinations.
Une extension géographique qui ne suffit pas
SEPA vise à harmoniser les paiements en euros entre établissements participants. L’Albanie et la Macédoine du Nord ont rejoint son périmètre géographique en 2024, la Serbie en 2025. La Bosnie-Herzégovine a déposé une candidature en août 2026. L’entrée dans le périmètre géographique ne rend toutefois pas automatiquement tous les services opérationnels : les établissements doivent participer aux dispositifs concernés et les bénéficiaires doivent disposer des moyens d’accès nécessaires.
La détention d’un compte constitue un obstacle concret. D’après les données reprises par les auteurs, environ la moitié de la population albanaise ne possède pas de compte courant ou de produit équivalent, contre un quart en Roumanie. Un virement SEPA ne supprime pas non plus les éventuels frais de conversion monétaire lorsque le bénéficiaire ne reçoit pas des euros.
Un enjeu d’information financière pour les ménages
L’étude constate un lien entre connaissance de SEPA, niveau de formation et culture financière. Les personnes ayant suivi des études supérieures ont une probabilité de connaître le dispositif supérieure d’environ 17 points à celle des personnes n’ayant reçu qu’un enseignement primaire, toutes choses égales par ailleurs dans le modèle présenté.
Les auteurs soulignent néanmoins que mieux connaître un service ne garantit pas son adoption. Ils évoquent des économies potentielles importantes à l’échelle des flux de transferts, mais sans les présenter comme des gains déjà réalisés. L’enjeu immédiat est de rendre les frais comparables et les solutions de paiement accessibles aux ménages qui continuent de recourir à des circuits coûteux.