Pourquoi les biologistes vont concurrencer les pharmaciens sur les vaccins

Signée le 3 novembre 2026, la convention triennale entre biologistes et Assurance-maladie ouvre un nouveau marché vaccinal estimé à plusieurs dizaines de millions d’euros. Avec 500 000 patients quotidiens, les laboratoires de biologie médicale concurrencent désormais les pharmaciens sur la vaccination grippe et Covid-19, malgré des obstacles logistiques persistants.

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By Adélaïde Motte Published on 3 novembre 2026 15h19
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Pourquoi les biologistes vont concurrencer les pharmaciens sur les vaccins - © Economie Matin

Signée le 3 novembre 2026, la nouvelle convention triennale entre les biologistes et l'Assurance-maladie ouvre un marché estimé à plusieurs dizaines de millions d'euros : la vaccination en laboratoire. Un secteur jusqu'à présent monopolisé par les pharmaciens. Avec 500 000 patients quotidiens, les laboratoires de biologie médicale disposent désormais d'un levier commercial puissant pour capter une part croissante des campagnes de vaccination contre la grippe et le Covid-19.

Un accord triennal pour conquérir le marché de la vaccination

L'accord signé ce mardi marque un tournant stratégique pour le secteur. "C'est la première fois que l'accord triennal reconnaît aux biologistes un rôle en matière de prévention", souligne Thomas Hottier, président du syndicat des biologistes et directeur général des laboratoires Inovie. Au-delà de la reconnaissance symbolique, l'enjeu financier s'avère considérable. Les dépenses hospitalières liées à la grippe oscillent entre 26 et 210 millions d'euros selon les saisons, d'après la Cour des comptes. Réduire ces coûts par une meilleure couverture vaccinale représente une opportunité économique majeure pour l'Assurance-maladie, qui mise sur la capillarité territoriale des laboratoires.

Les biologistes face à la concurrence des pharmaciens : un secteur qui se réorganise

Depuis fin 2023, les biologistes disposent de l'autorisation légale de prescrire et administrer certains vaccins. Pourtant, leur déploiement restait marginal face aux officines, mieux armées logistiquement. L'accord triennal 2027-2029 change la donne en officialisant leur rôle préventif. Les pharmaciens, qui ont développé une activité vaccinale lucrative depuis plusieurs années, voient arriver un concurrent direct sur leur terrain. La bataille commerciale s'annonce rude : les deux professions disposent d'atouts complémentaires, mais les biologistes jouent la carte de la proximité avec le patient déjà présent pour un acte médical.

500 000 patients quotidiens : un atout commercial majeur

"Nous accueillons 500 000 personnes par jour, nous sommes présents partout sur le territoire, nous avons les compétences et les infrastructures", affirme le Dr François Blanchecotte, président de la Fédération de la biologie médicale (FBM). Les laboratoires misent sur leur flux quotidien pour transformer chaque prise de sang en opportunité vaccinale. Le modèle économique repose sur la captation d'un patient déjà présent, réduisant les coûts d'acquisition. Contrairement aux pharmacies où le patient se déplace spécifiquement pour un vaccin, les laboratoires proposent une offre groupée : bilan sanguin plus mise à jour vaccinale lors d'une seule visite.

Modèle économique et rémunération : comment les biologistes seront payés

L'accord fixe les modalités de rémunération des biologistes pour leurs actes vaccinaux, alignées sur celles des pharmaciens. Chaque injection donnera lieu à un forfait versé par l'Assurance-maladie, comparable à celui perçu en officine. Les laboratoires anticipent une source de revenus complémentaire non négligeable, particulièrement durant les campagnes automnales. Lancées le 13 octobre 2026, les campagnes grippe et Covid-19 offrent une première fenêtre d'opportunité. Les biologistes espèrent capter entre 5 et 10 % du marché vaccinal dès la première année, soit plusieurs millions d'euros de chiffre d'affaires additionnel pour la profession.

Les verrous réglementaires qui limitent encore la croissance

Malgré l'avancée symbolique, des obstacles freinent le déploiement à grande échelle. Le principal concerne l'approvisionnement : contrairement aux pharmacies, les laboratoires ne peuvent pas acheter et stocker directement les vaccins. Ils dépendent actuellement des ordonnances des patients qui apportent leur propre dose, limitant drastiquement le volume d'actes réalisables. Sans levée de ce verrou logistique, la montée en puissance restera modeste.

L'approvisionnement en vaccins : un frein à la scalabilité

"Lorsqu'on nous fait confiance et qu'on nous donne les moyens d'agir, nous délivrons. Les chiffres sur les IST le prouvent. La vaccination doit suivre le même chemin", martèle François Blanchecotte. L'exemple du dépistage des infections sexuellement transmissibles, lancé en septembre 2024 avec "Mon test IST", démontre la capacité des laboratoires à déployer rapidement un service préventif. Mais sans accès direct aux stocks vaccinaux, l'activité restera artisanale. Les négociations avec les autorités sanitaires visent à obtenir une autorisation d'approvisionnement comparable à celle des officines, condition sine qua non d'une véritable montée en puissance commerciale.

Vers une intégration complète des laboratoires dans la chaîne vaccinale

L'horizon 2027-2029 dessine une recomposition du paysage vaccinal français. Si les biologistes obtiennent le droit de stocker les vaccins, ils pourraient capter jusqu'à 15 % du marché d'ici 2029, selon les projections de la profession. L'enjeu dépasse la simple concurrence avec les pharmaciens : il s'agit de créer un maillage préventif plus dense, capable d'améliorer les taux de couverture vaccinale jugés insuffisants par la Cour des comptes. Pour les laboratoires, la vaccination représente aussi une diversification stratégique face à la pression sur les tarifs des actes de biologie. L'innovation vaccinale ouvre des perspectives économiques nouvelles pour un secteur en quête de relais de croissance. Reste à savoir si les autorités lèveront les derniers obstacles réglementaires avant l'entrée en vigueur de l'accord en janvier 2027.

L'accord du 3 novembre 2026 pose les jalons d'une transformation profonde du secteur. Les biologistes disposent désormais d'un cadre légal et financier pour développer leur activité vaccinale. Mais sans accès simplifié aux vaccins, leur ambition commerciale restera bridée. La partie se joue maintenant sur le terrain réglementaire, où pharmaciens et biologistes s'affrontent pour définir les règles du jeu d'un marché promis à une forte croissance.

Ade Costume Droit

Diplômée en géopolitique, Adélaïde a travaillé comme chargée d'études dans un think-tank avant de rejoindre Economie Matin en 2023.

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