À l’ère de l’IA, investissons-nous assez dans l’humain ?

Alors que les entreprises accélèrent leurs investissements dans l’IA et l’automatisation, les vrais leviers de performance résident dans le développement des compétences humaines. Le leadership, la décision et la relation deviennent des atouts stratégiques face à la complexité croissante des Supply Chains.

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By Loïc Lassagne, Stéphane Navarra et Yann de Feraudy Published on 1 octobre 2026 13h05
IA au travail : l'histoire d'amour s'essouffle déjà
À l’ère de l’IA, investissons-nous assez dans l’humain ? - © Economie Matin

L'intelligence artificielle promet de révolutionner la Supply Chain. Pourtant, à mesure que la technologie progresse, une évidence s'impose : la performance durable des chaînes d'approvisionnement dépend plus que jamais des femmes et des hommes qui les font fonctionner, à condition de développer le jugement et la prise de décision, la compréhension et le cadrage des problèmes, ainsi que la pensée créative au sein des équipes.

Au moment où les entreprises accélèrent leurs investissements dans l'intelligence artificielle et l'automatisation, une question s'impose : quelles seront les compétences réellement différenciantes des managers de demain ?

Le manager Supply Chain est devenu un gestionnaire de complexité

Les Supply Chains des entreprises évoluent désormais dans un environnement de perturbation quasi permanente, le rôle du manager n'est plus seulement d'optimiser des processus. Il consiste à prendre des décisions dans l'incertitude, à arbitrer rapidement, à coordonner des expertises multiples, à maintenir la mobilisation des équipes sous pression et à les supporter dans la restauration rapide des services en cas de disruption majeure.

Les qualités traditionnellement qualifiées de « soft skills » deviennent en réalité des compétences de pilotage critiques : écoute, intelligence émotionnelle, capacité à fédérer, communication interculturelle, gestion des conflits ou encore résilience.

Le paradoxe est frappant : plus les systèmes deviennent sophistiqués, plus la qualité du leadership humain devient déterminante, en effet un seul grain de sable peut stopper un mécanisme réputé parfait.

L'IA automatise l'analyse, l'humain reste maître de la décision

L'intelligence artificielle va très probablement modifier la nature des emplois dans la Supply Chain qui pourront ainsi se concentrer davantage sur ce qui constitue le cœur de leur valeur ajoutée : arbitrer, orchestrer et anticiper. Cette évolution est une opportunité considérable.

Elle comporte néanmoins un risque : celui de voir certaines compétences humaines s'éroder à mesure que les collaborateurs délèguent aux systèmes d'IA une part croissante de l'analyse et de la résolution de problèmes. Dans une enquête mondiale menée par le BCG auprès de 70 dirigeants et cadres supérieurs, la moitié constate déjà une perte de compétences dans leurs organisations, et plus de 60 % pensent que cette perte de compétences représentera une menace réelle pour leur organisation dans les trois à cinq prochaines années.

L'enjeu n'est donc pas seulement de former les équipes à utiliser l'IA, mais d'organiser le travail pour continuer à développer les capacités de jugement, de décision, de compréhension des problèmes et de créativité.

Et maître de la relation

On dit des métiers de la Supply Chain qu'ils sont au service des autres : client, production, patient, etc. Dès lors, automatiser une tâche ne peut pas signifier automatiser une relation.

Lorsqu'une rupture d'approvisionnement menace une activité ou lorsqu'un client fait face à une situation critique, ce sont encore la confiance, l'empathie et la capacité de dialogue qui permettront de trouver des solutions. Les interactions humaines à forte valeur ajoutée y sont stratégiques.

Les entreprises qui réussiront seront celles qui considéreront l'IA comme un outil d'augmentation des capacités humaines et non comme un substitut à celles-ci.

De nouveaux métiers et de nouvelles responsabilités émergent

La transformation ne concerne pas uniquement les métiers existants. De nouvelles fonctions apparaissent à l'interface entre la Supply Chain, la donnée et l'intelligence artificielle : responsables de la gouvernance et de la qualité des données, spécialistes de l'intégration de l'IA dans les processus métiers ou encore responsables du pilotage et de la supervision des agents IA.

L'enjeu pour les entreprises sera donc d'anticiper les compétences à développer, les métiers à transformer et les nouvelles responsabilités à organiser.

Le collectif, nouveau levier de résilience

Pendant plusieurs décennies, les organisations ont privilégié l'expertise individuelle et la spécialisation. Les défis contemporains imposent désormais une autre logique. La résilience repose sur des collectifs capables de coopérer rapidement, de partager l'information et de construire des réponses coordonnées, au niveau de l'entreprise et de son écosystème, face à l'imprévu.

Cette évolution concerne autant les dirigeants que les équipes de terrain, des centres de décision aux entrepôts, des usines aux opérations du dernier kilomètre. Partout, la capacité à mobiliser les compétences et à créer de la confiance devient un actif stratégique.

Dans un monde plus instable, le collectif devient un facteur de compétitivité.

L'avantage concurrentiel de demain sera profondément humain

La Supply Chain est souvent présentée comme un domaine de technologies, de données et de processus, c'est son côté « froid » ou cerveau gauche. Elle est avant tout une aventure humaine, c'est son côté « chaud » ou cerveau droit. Il faut, en fait, intégrer les deux représentations.

Les entreprises continueront d'investir dans l'intelligence artificielle, les plateformes digitales et l'automatisation. Elles ont raison de le faire pour leur performance. Mais leur véritable différenciation ne viendra pas uniquement de leurs outils.

Elle viendra de leur capacité à attirer les talents, à développer les compétences, à construire des cultures collaboratives, y compris avec les « co-bots » et autres « agents IA » et à former des leaders capables d'embarquer leurs équipes dans un monde devenu plus complexe.

La véritable performance résidera donc dans la capacité à faire progresser simultanément technologie et humain.

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Loïc Lassagne, General Manager RH Supply Chain de Renault et co-leader du LAB Richesses Humaines Stéphane Navarra, Président de France Supply Chain Yann de Feraudy, Co-président de France Supply Chain et Vice-président de l’European Logistics Association.

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