L’absentéisme dans le secteur privé français bondit de 25,5% depuis 2019 selon l’étude Malakoff Humanis 2026. Près d’un salarié sur trois a été arrêté en 2025, avec des profils générationnels contrastés et une explosion des troubles psychologiques chez les cadres et managers.
Absentéisme au travail : les cadres durement touchés selon une étude

L'absentéisme au travail s'emballe : une hausse de 25,5% depuis 2019
Le secteur privé français connaît une crise d'absentéisme sans précédent. Selon l'étude 2026 de Malakoff Humanis, le taux d'absence atteint désormais 4,3% en 2025, soit une progression spectaculaire de 25,5% par rapport aux niveaux de 2019. Cette flambée touche près d'un salarié sur trois et révèle un changement structurel dans le rapport des Français au travail depuis la pandémie de Covid-19.
Contrairement aux prévisions d'un retour à la normale, ce niveau élevé s'est durablement installé sans montrer de signes de régression. Un phénomène qui interroge autant les entreprises que les pouvoirs publics sur les mutations profondes du monde professionnel.
Une radiographie inédite de l'absence au travail
L'ampleur de cette enquête confère une légitimité scientifique rare à ses conclusions. Malakoff Humanis s'appuie sur trois sources de données complémentaires : l'analyse des arrêts déclarés pour 3,8 millions de salariés, le suivi médical de plus de 300 000 personnes en arrêt long, et les résultats de la dixième édition de son baromètre annuel.
Cette triangulation permet de croiser les perceptions des salariés, des entreprises et du corps médical, offrant une vision panoramique du phénomène. La représentativité statistique couvre l'ensemble du secteur privé français, garantissant la fiabilité des tendances observées.
Jeunes salariés : une relation au travail transformée
L'analyse générationnelle révèle des comportements contrastés face à l'absentéisme. Les moins de 30 ans s'absentent fréquemment mais brièvement : 21% ont été arrêtés deux fois et 17,5% trois fois ou plus parmi ceux qui ont connu au moins un arrêt en 2025. Leur durée moyenne d'absence se limite néanmoins à 12,4 jours.
Cette stratégie de « micro-coupures » traduit une approche différente de la gestion de leur santé et de leur équilibre vie professionnelle-vie privée. Les jeunes générations n'hésitent plus à prendre des arrêts préventifs plutôt que d'attendre l'épuisement total.
À l'inverse, les salariés de plus de 55 ans s'absentent moins souvent (28,2% au moins une fois) mais plus longuement, avec une durée moyenne de 39,7 jours. Cette différence s'explique par la prévalence croissante des pathologies lourdes nécessitant des convalescences prolongées.
Management en crise : quand les cadres craquent
Les cadres constituent la catégorie la plus frappée par cette escalade. Leur taux d'absence a bondi de 35,2% depuis 2019, porté par un allongement significatif des arrêts : la durée moyenne est passée de 16,4 jours en 2019 à 20,2 jours en 2025.
Plus préoccupant encore, 53% des managers déclarent avoir bénéficié d'au moins un arrêt de travail en 2025. Cette fatigue managériale coïncide avec l'émergence de nouvelles formes d'organisation comme le management hybride, qui multiplie les défis organisationnels et relationnels.
Ces chiffres questionnent fondamentalement la soutenabilité des modèles managériaux actuels et la charge mentale imposée aux responsables d'équipe. Un phénomène qui coûte en moyenne 4.000 euros par salarié et par an aux entreprises.
Arrêts longs : quand l'exception devient structurelle
Les arrêts de plus de 60 jours progressent de 4,9% en un an. Bien qu'ils ne représentent que 9,4% du total des arrêts, ils concentrent 63,8% des journées d'absence totales. Cette concentration révèle l'importance stratégique de ces situations prolongées dans la gestion globale de l'absentéisme.
Ces absences longues reflètent souvent des pathologies complexes nécessitant un accompagnement spécialisé et des dispositifs de retour à l'emploi adaptés.
Santé mentale : l'épidémie silencieuse du monde du travail
La santé mentale émerge comme la première cause des arrêts longs, représentant 37,8% des absences de plus de 30 jours en 2025. Cette proportion marque une progression dramatique de 25% par rapport à 2020, où elle atteignait 30,3%.
Les troubles psychologiques, notamment la dépression et le burn-out, touchent davantage les femmes (36,9% contre 28,7% chez les hommes) et les cadres (44,4% contre 32,5% chez les non-cadres). Plus inquiétant : la moitié des salariés concernés n'ose pas aborder le sujet en entreprise, créant un cercle vicieux de souffrance silencieuse.
Cette tendance fait écho aux difficultés rencontrées dans d'autres secteurs de la santé publique, comme la dégradation alarmante des délais de prise en charge aux urgences.
De l'immobilisme à l'action : les entreprises face au défi
Paradoxe révélateur : 63% des entreprises se déclarent préoccupées par l'absentéisme, mais plus d'une sur deux (55%) n'a déployé aucune action concrète. Face à cette inertie, Malakoff Humanis a réalisé plus de 2 500 diagnostics accompagnés de plans d'action ciblés en 2025.
L'assureur structure son approche autour de quatre axes : comprendre par un diagnostic précis, prévenir via des programmes adaptés (lignes d'écoute psychologique, prévention des pathologies lourdes), accompagner le retour à l'emploi et contrôler l'évolution des indicateurs.
Les résultats s'avèrent probants : 72% des salariés accompagnés reprennent leur activité dans l'année. Plus encourageant, le nombre total de jours d'absence diminue de 73 jours en moyenne. Le temps partiel thérapeutique apparaît comme un levier particulièrement efficace, réduisant les arrêts de 21 jours par trimestre selon les travaux de la chaire « Entreprise et santé » Cnam & Malakoff Humanis.
Cette flambée de l'absentéisme révèle une transformation profonde des attentes professionnelles. Au-delà des coûts directs pour les entreprises et la sécurité sociale, elle interroge notre capacité collective à concilier performance économique et bien-être au travail. L'enjeu consiste désormais à réinventer un modèle social qui intègre pleinement les dimensions psychologiques et sociales du travail contemporain.