Le 7 juillet 2026, Airbus et MTU Aero Engines créent une coentreprise de 1,2 milliard d’euros pour développer le premier moteur d’avion entièrement électrique à hydrogène. Cette alliance stratégique marque la relance du programme ZEROe après le revers de février 2025 et vise à garantir la souveraineté technologique européenne face à la concurrence mondiale.
Airbus investit 1,2 milliard dans l’hydrogène : un pari stratégique pour reconquérir le leadership

Le 7 juillet 2026, Airbus et le motoriste allemand MTU Aero Engines ont officialisé la création d'une coentreprise valorisée à 1,2 milliard d'euros. L'objectif : développer le premier moteur d'avion entièrement électrique alimenté par pile à combustible à hydrogène pour l'aviation commerciale. Cette annonce marque une relance stratégique du programme ZEROe, après le sévère revers budgétaire et calendaire essuyé en février 2025. Pour Airbus, l'enjeu dépasse la simple innovation technologique. Il s'agit de garantir la souveraineté industrielle européenne face aux ambitions américaines et chinoises dans la course à l'aviation décarbonée.
Un investissement massif pour redynamiser le programme ZEROe
1,2 milliard d'euros : le coût du rebond après l'échec de février 2025
En février 2025, Airbus avait repoussé ses objectifs initiaux de cinq à dix ans, passant de 2035 à une fourchette 2040-2045 pour le premier vol commercial d'un avion à hydrogène. Le programme ZEROe, lancé en 2020 avec un budget estimé à 1,7 milliard de dollars, avait subi une amputation budgétaire d'un quart. Les vols d'essai prévus sur A380 avaient été purement et simplement abandonnés. Ce recul avait suscité de vives inquiétudes chez les observateurs de l'industrie aéronautique. La nouvelle coentreprise avec MTU représente donc un signal fort : Airbus ne renonce pas à son ambition de révolutionner la propulsion aérienne. L'investissement de 1,2 milliard d'euros témoigne d'une volonté de rattraper le temps perdu et de transformer la recherche en systèmes industrialisables.
Airbus majoritaire à 75% : une stratégie de contrôle technologique
La répartition du capital révèle la stratégie d'Airbus : l'avionneur européen détiendra 75% de la nouvelle entité, contre 25% pour MTU. Ce choix n'est pas anodin. Il assure au constructeur toulousain le contrôle des décisions stratégiques et du calendrier de développement. Airbus conserve ainsi la maîtrise de l'intégration système complète, du stockage cryogénique de l'hydrogène liquide (maintenu à moins 253°C) jusqu'à l'architecture globale de l'appareil. MTU apporte son expertise moteur et sa technologie de pile à combustible baptisée "Flying Fuel Cell", ainsi que le moteur électrique "eMoSys" dont le premier essai en banc a été réalisé à Munich. Comme l'explique Bruno Fichefeux, directeur des programmes futurs chez Airbus : "En mutualisant nos technologies et expertises respectives au sein d'une entité dédiée, nous créons un pôle d'excellence européen capable de transformer la recherche de pointe en systèmes de propulsion électrique industrialisés et certifiables."
La coentreprise Airbus-MTU : une réponse à la concurrence mondiale
Souveraineté technologique européenne face aux géants américains et chinois
Au-delà des enjeux environnementaux, la bataille pour l'aviation à hydrogène se joue sur le terrain de la souveraineté industrielle. Les États-Unis, avec des acteurs comme ZeroAvia (qui collabore désormais avec le secteur de la défense), et la Chine multiplient les investissements dans les technologies de propulsion alternative. Pour l'Europe, perdre cette course signifierait dépendre de standards et de brevets étrangers pour les décennies à venir. Bruno Fichefeux insiste sur ce point : "Cette nouvelle société contribuera à garantir notre souveraineté stratégique dans la prochaine génération de technologies aéronautiques." L'enjeu n'est pas seulement de réduire les émissions de CO2, mais de définir les normes de certification, les protocoles de sécurité et les architectures techniques qui structureront l'aviation de demain. Airbus et MTU visent explicitement à établir les standards industriels avant leurs concurrents.
MTU apporte l'expertise moteur, Airbus l'intégration système
La complémentarité des deux partenaires structure la division du travail. MTU se concentre sur la pile à combustible, qui produit de l'électricité par réaction électrochimique entre l'hydrogène embarqué et l'oxygène capté dans l'air ambiant. Cette technologie ne rejette que de la vapeur d'eau, contrairement à la combustion directe d'hydrogène qui génère des oxydes d'azote polluants. Stefan Weber, vice-président de l'ingénierie chez MTU, précise l'ambition : "Nous voulons créer une entreprise qui couvre l'ensemble du cycle de vie des moteurs à pile à combustible, du développement et des essais à la commercialisation, en passant par la certification." Airbus, de son côté, intègre cette propulsion dans une cellule d'avion repensée pour accueillir les réservoirs cryogéniques. Le constructeur peut s'appuyer sur son expérience dans le transport spatial (fusée Ariane) pour maîtriser l'hydrogène liquide. Cette alliance franco-allemande rappelle celle qui a fondé Airbus lui-même, avec des synergies industrielles européennes au service d'une ambition commune.
Calendrier réaliste : 2027-2045, une décennie de R&D intensive
Opérationnalité en 2027, premier vol commercial en 2040-2045
La nouvelle coentreprise devrait devenir opérationnelle en 2027, après approbation des régulateurs européens. S'ouvre alors une période de quinze à dix-huit ans de développement, essais et certification. Le premier vol commercial d'un avion de ligne à pile à combustible hydrogène n'est pas attendu avant 2040-2045. Ce calendrier peut sembler lointain, mais il reflète la réalité des cycles industriels aéronautiques. Entre le lancement d'un programme et l'entrée en service, quinze à vingt ans s'écoulent habituellement. Airbus doit résoudre des défis colossaux : maintenir l'hydrogène liquide à moins 253°C pendant des vols de plusieurs heures, garantir une sécurité absolue face aux risques de fuite, adapter les aéroports pour le ravitaillement cryogénique, et créer une filière de production d'hydrogène propre à grande échelle. Les appareils régionaux de 9 à 40 places, développés par ZeroAvia ou H2Fly, ouvrent la voie. Mais le saut technologique vers un avion de ligne de 150 à 200 passagers reste immense. Les long-courriers, eux, resteront probablement au kérosène pendant plusieurs décennies encore.
