Santé : Le coût des ALD a grimpé de 72% en un an

L’Assurance-maladie a déboursé 19,7 milliards d’euros en 2025 pour prendre en charge les affections longue durée, soit une hausse de 72% en dix ans.

Paolo Garoscio
By Paolo Garoscio Published on 8 octobre 2026 5h38
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Santé : Le coût des ALD a grimpé de 72% en un an - © Economie Matin
353,2 MILLIARDS €En 2025, les dépenses de santé totales ont atteint 353,2 milliards d'euros

En 2025, l'Assurance-maladie a dépensé 19,7 milliards d'euros pour les 15 millions de Français souffrant d'une affection longue durée (ALD). Ce montant représente une augmentation de 72 % par rapport à 2015, soit 8,2 milliards d'euros de plus.

Une hausse exponentielle des dépenses d'ALD

Les données publiées le 7 octobre 2026 par la Direction de la recherche, des études, de l'évaluation et des statistiques (Drees) montrent une tendance budgétaire inquiétante. Entre 2015 et 2025, les dépenses pour les affections longue durée ont grimpé de 11,5 à 19,7 milliards d'euros, soit une augmentation de 72 % en euros courants, bien supérieure à l'inflation et à la croissance économique sur la période. Selon la Drees, cette progression est due au vieillissement de la population, à l'augmentation des maladies chroniques et à l'envolée des coûts de traitement.

Bien que les patients en ALD ne représentent que 22 % des assurés sociaux, soit 15 millions de personnes, ils concentrent 67 % des 189 milliards d'euros de dépenses de santé remboursées par l'Assurance-maladie obligatoire. En moyenne, chaque assuré en ALD coûte 1 300 euros par an, soit sept fois plus que les autres assurés. Cette répartition des ressources suscite des questions sur l'équilibre budgétaire à long terme.

Les dépenses publiques de santé ont augmenté de 2,3 points en dix ans, avec 44 % de cette hausse directement attribuable aux ALD, selon l'étude de la Drees. En 2025, les dépenses de santé totales ont atteint 353,2 milliards d'euros, soit une hausse de 3,2 % par rapport à l'année précédente. Les administrations publiques financent 77,4 % de ce montant, principalement via l'Assurance-maladie, tandis que les complémentaires santé et les ménages assurent le reste. La part croissante des ALD dans ce budget souligne un déséquilibre structurel qui pourrait s'accentuer.

Les facteurs de l'inflation sanitaire

Les personnes âgées de 70 à 79 ans représentent le plus grand groupe parmi les bénéficiaires d'ALD. Le vieillissement de la population française, associé à une espérance de vie accrue, augmente mécaniquement le nombre de personnes souffrant de pathologies chroniques telles que le diabète, les cancers, les maladies cardiovasculaires et les troubles psychiatriques, reconnus comme ALD depuis 1945. La Drees note que "le vieillissement de la population, la prévalence croissante des maladies chroniques et le coût des traitements" font grimper les dépenses liées aux ALD. Cette tendance pourrait s'accélérer, avec un doublement potentiel du nombre de personnes âgées dépendantes d'ici 2050.

L'innovation thérapeutique, particulièrement en oncologie et dans les maladies rares, entraîne des traitements de plus en plus coûteux. Les thérapies ciblées et les biothérapies, bien qu'efficaces, ont un coût unitaire élevé, pesant sur les budgets publics. En 2025, les remises négociées par l'Assurance-maladie avec les laboratoires pharmaceutiques ont atteint 6,2 milliards d'euros, aidant à modérer les dépenses sans inverser la tendance. Les traitements innovants sous brevet échappent temporairement à la concurrence des génériques, créant une tension entre l'accès aux soins modernes et le contrôle des dépenses publiques.

Impact sur les finances de l'Assurance-maladie

Le dispositif des affections longue durée, initié en 1945, exempte les patients du ticket modérateur, garantissant ainsi un remboursement à 100 % par l'Assurance-maladie. Bien que cela assure l'accès aux soins pour les plus vulnérables, le coût a explosé, représentant 10,4 % des dépenses totales de l'Assurance-maladie obligatoire en 2025. La concentration de ressources sur 22 % des bénéficiaires, avec des dépenses sept fois plus élevées pour eux que pour les autres assurés, soulève des questions d'équité et de capacité à absorber les futurs défis démographiques sans réforme structurelle.

Malgré les remises pharmaceutiques et les accords-cadres avec les laboratoires, les mesures de régulation actuelles ne suffisent pas à inverser la tendance. D'autres solutions, comme la révision de la liste des ALD, le renforcement de la prévention et le développement de la télémédecine, sont souvent évoquées sans qu'aucune réforme majeure ne soit entreprise. Si cette tendance persiste, les dépenses des ALD pourraient dépasser 25 milliards d'euros d'ici 2030, nécessitant une révision profonde du financement de la protection sociale.

Paolo Garoscio

Rédacteur en chef adjoint. Après son Master de Philosophie, il s'est tourné vers la communication et le journalisme. Il rejoint l'équipe d'EconomieMatin en 2013.   Suivez-le sur Twitter : @PaoloGaroscio

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