Le gouvernement envisage de transférer la gestion de l’assurance maladie de 3,3 millions de fonctionnaires de la MGEN à la Cnam pour économiser 100 millions d’euros par an. Mais la mutuelle conteste ce calcul, arguant que les coûts cachés et les inefficacités des CPAM pourraient annuler, voire inverser, le gain budgétaire attendu.
Assurance maladie : la MGEN pourrait-elle ne plus prendre en charge les fonctionnaires ?

Confronté à un déficit de la Sécurité sociale qui pourrait atteindre 23,2 milliards d'euros d'ici 2026, le gouvernement explore diverses pistes pour optimiser le budget. L'une d'elles est le transfert de la gestion du régime obligatoire d'assurance maladie de 3,3 millions d'enseignants et fonctionnaires, actuellement administré par la MGEN, à la Caisse nationale d'assurance maladie (Cnam). Ce changement vise à économiser 100 millions d'euros annuels. Cependant, la MGEN conteste vigoureusement ce calcul, avançant des chiffres qui mettent en doute la rentabilité réelle de cette opération.
Motivations gouvernementales : recherche d'économies
Cette initiative s'inscrit dans le cadre de la mission « État efficace » impulsée par le Premier ministre. Historiquement, la gestion de l'assurance maladie des enseignants est déléguée à la MGEN, un dispositif qui impacte significativement les finances publiques. Actuellement, la MGEN perçoit 100 millions d'euros annuels pour cette gestion. Le gouvernement estime que récupérer cette somme pourrait alléger les coûts de la protection sociale.
Les 100 millions d'euros en débat
Théoriquement, cesser de verser cette rémunération à la MGEN pourrait représenter une économie immédiate. La convention liant la Cnam et la mutuelle se termine le 31 décembre 2027, ouvrant la voie à de nouvelles négociations. Cependant, la MGEN remet en question cette approche financière. Matthias Savignac, président de la MGEN, exprime son scepticisme quant à l'efficacité économique de cette décision, soulignant lors d'une conférence de presse le 28 septembre 2026 qu'elle n'apporterait aucun bénéfice ni aux assurés sociaux ni aux finances de l'État.
Coûts informatiques à considérer
Un aspect souvent négligé dans l'estimation des économies est la redevance informatique de 10 à 15 millions d'euros que la MGEN verse à la Cnam pour son système de gestion. En cas de transfert, la Cnam devra supporter seule les coûts technologiques liés à la gestion de 3,3 millions de nouveaux dossiers, réduisant ainsi l'économie réelle à environ 85 ou 90 millions d'euros, un montant que la MGEN juge encore surévalué.
La riposte de la MGEN : efficacité économique
La MGEN s'appuie sur une analyse comparative des frais de gestion pour répliquer. Avec 3,3 millions d'assurés et un chiffre d'affaires de 3,1 milliards d'euros en 2025, son modèle est conçu pour cette population de fonctionnaires et enseignants, affichant des coûts de fonctionnement inférieurs à ceux des CPAM généralistes.
Risque de dilution dans les CPAM
Matthias Savignac met en avant que si la Cnam reprend la gestion des assurés, ceux-ci seront répartis dans des CPAM aux frais de gestion plus élevés. Actuellement, la MGEN gère ses dossiers sur quatre sites principaux, tandis que la Cnam les répartirait sur de nombreuses CPAM locales, ce qui augmenterait les coûts. La MGEN emploie environ 1 000 salariés dédiés à cette mission, offrant un ratio productivité/coût qu'elle considère inégalable.
Écart des frais de gestion
Les données de la MGEN indiquent que son taux de frais de gestion est d'environ 3,2 %, contre une moyenne nationale de 4 % pour les CPAM, ce qui pourrait entraîner un surcoût de 25 à 30 millions d'euros si la Cnam reprend la gestion. En ajoutant les redevances informatiques, le transfert pourrait se révéler non rentable, voire coûteux.
Défis opérationnels et délais
Outre l'aspect financier, la faisabilité du projet pose question. La MGEN gère également 70 000 expatriés, une tâche pour laquelle la Cnam n'a pas d'expérience. Le transfert nécessiterait une division des activités entre régime obligatoire à la Cnam et régime complémentaire et expatriés à la MGEN, compliquant ainsi les démarches pour les assurés habitués à un interlocuteur unique.
Un délai de transfert ambitieux
La convention actuelle expirant fin 2027, la MGEN estime qu'un délai d'un an est insuffisant pour mener à bien un tel transfert, qui nécessiterait normalement trois à quatre ans pour la migration informatique, la formation des agents et la réattribution des dossiers. Ce changement menace également 1 000 emplois, ajoutant une dimension sociale tendue au dossier.
Perspectives pour les finances publiques
Alors que le débat sur le projet de loi de financement de la Sécurité sociale pour 2027 approche, une pétition de la MGEN a déjà recueilli plus de 25 000 signatures pour sensibiliser les parlementaires. En dépit de l'absence de communication officielle depuis une réunion d'information en juillet 2026, le ministère de la Santé et Matignon restent silencieux. Bien que l'objectif d'économies soit compréhensible face à un déficit important, le transfert MGEN-Cnam soulève des questions complexes. Entre les économies espérées et les coûts cachés, il n'est pas certain que cette opération soit bénéfique pour les finances publiques. Les débats parlementaires à venir pourraient apporter des éclaircissements. Pendant ce temps, 3,3 millions d'assurés et 1 000 salariés attendent avec appréhension.