L’Assurance maladie prépare une réforme majeure du remboursement des soins de kinésithérapie pour 2027. Avec une facture annuelle de 5,3 milliards d’euros en hausse de 4% par an, l’institution envisage limitation de séances, forfaits et tarification progressive pour maîtriser les dépenses.
Assurance maladie : avec 5,3 millions d’euros de facture, le remboursement des séances de kinésithérapie remis en cause

Depuis 2015, l'Assurance maladie débourse 4% de plus chaque année pour financer les soins de kinésithérapie. En 2025, la facture a atteint 5,3 milliards d'euros. Face à ce dérapage budgétaire, l'institution de santé prépare une réforme profonde de ses modalités de remboursement dès 2027. L'objectif : freiner une spirale de dépenses qui pèse lourdement sur les comptes publics tout en réorganisant l'accès aux soins.
5,3 milliards d'euros : la facture explosive de la kinésithérapie
Une croissance annuelle de 4% depuis dix ans
L'Assurance maladie a remboursé 5,3 milliards d'euros de soins chez le kinésithérapeute en 2025, selon les données révélées par TF1 Info. Chaque année, les dépenses progressent de 4%, un rythme nettement supérieur à la croissance économique française. En une décennie, le poste kinésithérapie a gonflé de près de 2 milliards d'euros. Parallèlement, le nombre de professionnels a explosé : 84 500 kinésithérapeutes exercent aujourd'hui en France, soit 37% de plus qu'en 2015. Le journaliste Brandon Waret résume la situation : « Elle est devenue beaucoup trop lourde », évoquant une facture qui menace l'équilibre des comptes sociaux.
Le système actuel : une séance remboursée, une séance effectuée
Le modèle de remboursement repose sur un principe simple : chaque séance effectuée est intégralement remboursée par l'Assurance maladie, à hauteur de 60% du tarif conventionnel (16,13 euros par séance en moyenne). Les mutuelles complètent généralement le reste. Aucun plafond de séances n'existe pour la plupart des pathologies. Un patient souffrant de lombalgie peut recevoir 20, 30, voire 50 séances sans limite imposée. L'Assurance maladie qualifie ce système de « triplement perdant » pour elle-même, les patients et les professionnels. Les dépenses s'envolent sans garantie d'efficacité thérapeutique optimale.
Les leviers financiers de la réforme 2027
Limitation des séances : réduire les dépenses par patient
Dès 2027, l'Assurance maladie envisage d'imposer un nombre maximal de séances remboursées par pathologie. Pour une rééducation post-entorse, par exemple, le plafond pourrait être fixé à 15 séances au lieu d'une prescription ouverte. L'objectif : encadrer les parcours de soins et éviter les prolongements injustifiés. Selon Capital, la mesure pourrait générer plusieurs centaines de millions d'euros d'économies annuelles. Les syndicats de kinésithérapeutes alertent toutefois sur le risque de sous-traitement pour les patients aux besoins complexes.
Forfaits de traitement : passer d'un modèle à l'acte à un modèle global
Le paiement au forfait constitue le deuxième levier majeur. Plutôt que de rembourser séance par séance, l'Assurance maladie verserait un montant global pour une pathologie donnée. Une rééducation après prothèse de genou donnerait lieu à un forfait de 400 euros, couvrant l'ensemble du traitement, quelle que soit la durée. Arnaud Barbier, vice-président de la Fédération des syndicats de kiné, explique : « L'idée, c'est de réussir à offrir le meilleur soin à la bonne personne, au bon moment. C'est aussi à nous de répondre à la population en termes de pathologies. Notamment les nouvelles pathologies lourdes qui apparaissent. » Le forfait inciterait les professionnels à optimiser leurs protocoles sans multiplier les actes inutiles.
Tarification progressive : adapter les remboursements au parcours de soins
Une troisième piste consiste à faire évoluer les tarifs au fil du traitement. Les premières séances, diagnostiques et intensives, seraient mieux rémunérées. Les séances suivantes, de consolidation, verraient leur tarif diminuer progressivement. L'Assurance maladie espère ainsi valoriser l'expertise initiale tout en décourageant la prolongation excessive des traitements. Le dispositif s'inspire de modèles étrangers, notamment allemands et néerlandais, où la tarification dégressive a réduit les dépenses de 10 à 15% sans dégrader la qualité des soins.
L'effet domino : quel impact sur les revenus des kinésithérapeutes
Des revenus qui stagnent depuis dix ans (+0,6%)
Paradoxalement, malgré l'explosion des dépenses globales, les revenus individuels des kinésithérapeutes ont à peine bougé. En dix ans, ils n'ont progressé que de 0,6%, selon les chiffres publiés par L'Humanité. La multiplication des professionnels (37% de plus) a dilué le volume d'activité par praticien. Beaucoup travaillent désormais à temps partiel ou peinent à remplir leurs agendas. La réforme risque d'aggraver la situation : limitation des séances et forfaits pourraient réduire encore les revenus, surtout pour les kinés installés en zones déjà bien pourvues.
La pression sur les tarifs de consultation
La tarification progressive et les forfaits modifieront profondément l'économie du cabinet. Un kinésithérapeute qui facturait 30 séances pour une lombalgie chronique devra désormais se contenter d'un forfait équivalent à 20 séances. La perte sèche pourrait atteindre 30 à 40% sur certaines pathologies. Pour compenser, certains professionnels pourraient augmenter leurs dépassements d'honoraires, creusant les inégalités d'accès pour les patients aux revenus modestes. D'autres devront diversifier leurs activités vers des prestations non remboursées (prévention, bien-être), transformant en profondeur leur modèle économique. La Fédération Française des Masseurs-Kinésithérapeutes Rééducateurs (FFMKR) prévient : sans revalorisation tarifaire parallèle, la réforme menace la viabilité de nombreux cabinets.