Le taux du Livret A est remonté à 1,7 % le 1er août 2026, après une série de baisses entamée en 2025. Cette hausse de 0,2 point ne comble pas l’écart avec les fonds en euros. Les épargnants l’ont compris avant les commentateurs : 19,3 milliards d’euros ont été versés sur les contrats d’assurance vie au mois de juin 2026, un niveau jamais atteint pour un mois de juin selon France Assureurs.
Assurance vie en 2026 : comment placer son épargne et préparer sa transmission

Deux questions occupent celui qui détient un contrat : que faire de l'argent qui y dort, et à qui il reviendra. La seconde monopolise l'attention, la première décide pourtant du montant final. Un contrat mal alloué transmet moins qu'un contrat bien géré, quelle que soit la qualité de sa clause bénéficiaire. Placer d'abord, transmettre ensuite.
Pourquoi l'assurance vie domine l'épargne des Français
L'encours des contrats atteint 2 162 milliards d'euros à fin juin 2026, en progression de 6 % sur un an. Aucune autre enveloppe ne cumule autant de fonctions : réserve disponible à tout moment, support d'investissement et outil de transmission.
Un cadre fiscal préservé par le budget 2026
Pendant la vie du contrat, l'imposition des gains n'intervient qu'au moment du rachat, jamais chaque année. Le compte-titres ordinaire, taxé à chaque cession, ne connaît pas cette souplesse. L'antériorité fiscale se compte depuis la date d'ouverture du contrat, pas depuis celle des versements. Alimenter un contrat de douze ans place immédiatement les sommes sous le régime des rachats après huit ans. Un contrat ouvert aujourd'hui, lui, repart de zéro.
L'année 2026 a par ailleurs creusé l'écart avec les autres placements financiers. L'article 12 de la loi de financement de la sécurité sociale pour 2026 porte la CSG sur certains revenus du capital de 9,2 % à 10,6 %, soit 18,6 % de prélèvements sociaux au total. L'assurance vie et les contrats de capitalisation ont été expressément maintenus à 17,2 %.
| Revenus concernés | Prélèvements sociaux depuis 2026 |
| Gains d'assurance vie et de capitalisation | 17,2 % |
| Dividendes, intérêts, plus-values mobilières, PEA | 18,6 % |
Au décès, le capital versé au bénéficiaire désigné échappe aux règles civiles du partage et relève d'une fiscalité propre, codifiée aux articles 990 I et 757 B du Code général des impôts. Cette combinaison n'existe sur aucun autre placement, même si d'autres pans de la fiscalité des particuliers évoluent en 2026.
Bien placer son épargne avant de penser à transmettre
L'assurance vie n'est pas un placement, c'est une enveloppe. Sa performance dépend de ce que l'épargnant décide d'y loger, plus que du choix du contrat lui-même.
Le fonds en euros, un socle sécurisé
Le fonds en euros repose sur une garantie en capital adossée à un portefeuille majoritairement obligataire. Les titres anciens, souscrits à des taux faibles, pèsent encore sur le rendement moyen. La rémunération servie évolue donc lentement, à la hausse comme à la baisse. Selon les travaux de l'ACPR publiés en juin 2026, le taux de revalorisation moyen des supports en euros des contrats individuels s'établit à 2,63 % au titre de 2025, stable par rapport à 2024.
Cet écart avec les livrets réglementés explique une partie des flux observés depuis le début de l'année. L'arbitrage entre un livret et un contrat d'assurance vie ne se résume pourtant pas au taux affiché. La disponibilité immédiate et l'absence de fiscalité gardent leur utilité pour l'épargne de précaution, pendant que les taux de l'épargne réglementée poursuivent leur trajectoire.
Les assureurs ont par ailleurs développé des fonds en euros de nouvelle génération, adossés à l'immobilier ou à des actifs non cotés. Garantie ramenée à 98 % ou 96 %, part obligatoire en unités de compte, frais alourdis : ces conditions méritent d'être lues avant de céder à l'affichage du taux.
Les unités de compte pour chercher de la performance
Les unités de compte couvrent un spectre large : fonds actions, obligations d'entreprises, supports immobiliers, produits structurés. Leur valeur fluctue et l'assureur ne garantit que le nombre de parts, jamais leur valeur. L'allongement de la durée de détention réduit l'exposition aux à-coups de marché sans jamais l'annuler.
Les ordres de grandeur méritent d'être connus. Selon l'étude de France Assureurs publiée en mai 2026, les supports en unités de compte ont enregistré une performance globale de 5,5 % en 2025, après 5,4 % en 2024. Cette moyenne recouvre des écarts considérables : 8,1 % sur les fonds actions, 2,2 % sur les supports obligataires, mais un recul de 2,9 % sur les unités de compte immobilières. Ce chiffre se lit avant les frais du contrat, quand celui des fonds en euros s'entend après leur déduction. La comparaison directe entre les deux flatte donc légèrement les unités de compte.
| Fonds en euros | Unités de compte | |
| Garantie | Capital garanti, parfois ramené à 98 % ou 96 % sur les fonds récents | Nombre de parts garanti, pas leur valeur |
| Performance 2025 | 2,63 % en moyenne sur les contrats individuels (ACPR) | |
| Rôle dans l'allocation | Sécuriser | Chercher du rendement |
| Horizon adapté | Court et moyen terme | Long terme |
En gestion libre, l'épargnant choisit ses supports et arbitre lui-même. En gestion pilotée, un mandat confie ces décisions à une société de gestion, moyennant des frais supplémentaires. La gestion pilotée n'achète pas de la performance, elle achète une discipline d'arbitrage.
L'allocation se déduit de l'horizon avant celui du tempérament. Une somme nécessaire dans trois ans n'a rien à faire en unités de compte, à l'inverse d'un capital destiné à être transmis dans vingt ans. Le plan d'épargne retraite avantage l'entrée mais bloque les fonds et se transmet moins bien, une contrainte à peser à l'approche de la soixantaine. Le contrat d'assurance vie se distingue par sa disponibilité permanente, un rachat restant possible à tout moment.
La fiscalité des rachats avant et après 8 ans
Seule la part d'intérêts contenue dans le rachat est imposée, jamais le capital retiré. Les prélèvements sociaux, eux, ne connaissent aucun abattement, quelle que soit l'ancienneté du contrat.
| Rachat après 8 ans | Rachat après 8 ans | |
| Impôt sur le revenu | 12,8 % (ou barème progressif sur option) | 7,5 % sur les produits des primes nettes n'excédant pas 150 000 €, 12,8 % au-delà |
| Abattement annuel sur les gains | Aucun | 4 600 € pour une personne seule, 9 200 € pour un couple |
| Prélèvements sociaux | 17,2 % | 17,2 % |
Quatre situations ouvrent droit à une exonération d'impôt sur le revenu sur les gains rachetés, selon le ministère de l'Économie. Le rachat doit intervenir avant la fin de l'année suivant l'événement :
- le licenciement
- la mise à la retraite anticipée
- l'invalidité de deuxième ou troisième catégorie
- la liquidation judiciaire
L'assurance vie sort-elle vraiment de la succession ?
La formule « hors succession » circule partout. Elle est exacte, mais dans un sens plus restreint qu'on ne le croit : elle décrit un régime de faveur, pas une immunité.
Juridiquement, le capital décès n'entre pas dans l'actif successoral et n'est pas soumis au partage entre héritiers. Conséquence souvent ignorée : un héritier qui renonce à la succession conserve son droit à percevoir le capital, puisqu'il le recueille en qualité de bénéficiaire et non d'héritier. Le contrat doit néanmoins être signalé au notaire chargé du règlement, notamment lorsque des primes ont été versées après 70 ans.
Le droit français réserve par ailleurs une fraction du patrimoine aux héritiers réservataires. Les primes d'assurance vie échappent en principe à ce calcul, n'étant ni rapportables ni réductibles. Un parent peut donc avantager un enfant, un tiers ou une association bien au-delà de ce qu'un testament permettrait.
Cette liberté connaît une limite. L'article L. 132-13 du Code des assurances permet aux héritiers de demander la réintégration des primes « manifestement exagérées ». La Cour de cassation apprécie ce caractère au jour du versement, au regard de l'âge du souscripteur, de sa situation patrimoniale et familiale, et de l'utilité du contrat pour lui. Ces critères s'examinent ensemble, et une décision qui s'appuie sur un motif étranger à cette liste s'expose à la cassation.
La clause bénéficiaire décide du reste
Quelques lignes fixent le sort de plusieurs centaines de milliers d'euros. C'est le document le plus important du contrat et, dans les faits, le moins relu.
La clause standard, « mon conjoint, à défaut mes enfants nés ou à naître, vivants ou représentés, à défaut mes héritiers », convient aux situations simples. Elle montre vite ses limites dès que la configuration familiale se complique. Une clause nominative désigne alors chaque bénéficiaire par son nom, sa date et son lieu de naissance.
Deux techniques élargissent le champ. La clause démembrée attribue l'usufruit du capital au conjoint et la nue-propriété aux enfants, qui récupèrent une créance de restitution à son décès. La clause à options laisse au bénéficiaire de premier rang le choix d'accepter tout ou partie du capital. La clause reste librement modifiable tant qu'aucun bénéficiaire ne l'a formellement acceptée.
Le premier piège tient à la désignation par qualité imprécise, du type « mon épouse » sans autre mention, qui pose problème après un divorce suivi d'un remariage. L'absence de bénéficiaire produit le résultat le plus coûteux : sans désignation identifiable, le capital réintègre l'actif successoral et perd la totalité de son avantage fiscal. Trois précautions limitent ce risque :
- désigner un bénéficiaire de second rang, par exemple avec la mention « à défaut, mes héritiers »
- relire la clause après chaque mariage, divorce, naissance ou décès d'un bénéficiaire
- indiquer où se trouve le contrat à une personne de confiance ou à son notaire
Avant et après 70 ans, deux régimes dans un même contrat
La fiscalité de la transmission ne dépend ni de l'âge du bénéficiaire ni de la date d'ouverture du contrat. Elle dépend de l'âge du souscripteur au moment de chaque versement, si bien qu'un même contrat peut relever des deux régimes.
| Versements avant 70 ans (art. 990 I) | Versements après 70 ans (art. 757 B) | |
| Abattement | 152 500 € par bénéficiaire | 30 500 € au total, tous bénéficiaires et contrats confondus |
| Assiette taxable | Capital transmis, primes et intérêts compris | Primes versées uniquement |
| Taxation au-delà | 20 % jusqu'à 700 000 €, puis 31,25 % | Droits de succession selon le lien de parenté |
| Conjoint ou partenaire de Pacs | Exonéré | Exonéré |
L'abattement de 152 500 € s'apprécie par bénéficiaire et tous contrats confondus sur un même assuré. Élargir le cercle des désignés reste donc le levier le plus rentable, petits-enfants, filleul ou partenaire non marié inclus.
L'écart se chiffre facilement. Prenons 400 000 € transmis au titre de versements effectués avant 70 ans. Avec un bénéficiaire unique, 152 500 € échappent au prélèvement et les 247 500 € restants sont taxés à 20 %, soit 49 500 € de prélèvement. Avec trois bénéficiaires à parts égales, chacun reçoit 133 333 € et reste sous son propre abattement : le prélèvement tombe à zéro. Ouvrir cinq contrats au profit du même enfant, en revanche, ne démultiplie rien.
Après 70 ans, seules les primes versées sont taxées : les intérêts et plus-values générés ensuite restent intégralement exonérés, sans plafond. Un versement de 100 000 € à 72 ans devenu 160 000 € au décès n'est taxable qu'à hauteur de 100 000 €, abattement déduit.
Depuis la loi TEPA de 2007, codifiée à l'article 796-0 bis du CGI, le conjoint survivant marié et le partenaire de Pacs sont totalement exonérés de droits de succession. Désigner son conjoint comme bénéficiaire unique gaspille donc l'abattement dont les enfants auraient pu profiter. Le concubin, lui, reste taxé à 60 % dans le droit commun, ce qui fait de l'assurance vie l'outil le plus efficace pour protéger un partenaire non marié.
Les erreurs qui coûtent le plus cher
Un capital versé quelques semaines après le soixante-dixième anniversaire perd l'abattement de 152 500 € par bénéficiaire pour tomber dans les 30 500 € globaux. Programmer ses derniers versements importants avant la date anniversaire relève du bon sens fiscal. Détenir un contrat dédié aux primes versées avant 70 ans et un autre après cette date évite par ailleurs le mélange des régimes, et épargne aux héritiers un travail de reconstitution parfois inextricable.
La donation en nue-propriété d'un bien immobilier, avec réserve d'usufruit, allège l'assiette taxable pendant que le contrat prend en charge les liquidités. C'est un arbitrage à mûrir quand le marché du logement traverse des turbulences. Les abattements sur les donations, renouvelables tous les quinze ans, se cumulent avec ceux de l'assurance vie. Ces montages exigent un accompagnement notarial, une clause de quasi-usufruit mal rédigée pouvant produire l'inverse de l'effet recherché.
Reste le risque le plus discret : celui du contrat oublié. La loi Eckert de 2014 oblige les assureurs à rechercher activement les bénéficiaires, puis à transférer les avoirs à la Caisse des dépôts dix ans après le décès. Le service Ciclade a restitué 164,4 millions d'euros en 2025, pour un montant moyen de 943 € par dossier, selon La finance pour tous. Deux démarches gratuites existent, selon l'ancienneté du décès : l'Agira interroge l'ensemble des assureurs lorsque le décès remonte à moins de dix ans, Ciclade recense les avoirs déjà transférés au-delà.
Quatre dates commandent l'essentiel des décisions :
- le huitième anniversaire du contrat, qui ouvre l'abattement annuel sur les rachats
- le soixante-dixième anniversaire du souscripteur, qui fait basculer les versements suivants sous le régime des 30 500 €
- chaque changement de situation familiale, qui justifie une relecture de la clause bénéficiaire
- une revue générale du contrat tous les cinq ans, allocation comprise
Ce qu'il faut retenir
L'assurance vie récompense deux gestes simples et réguliers : vérifier l'allocation de son contrat, relire sa clause bénéficiaire. Les seuils fiscaux ne créent aucune valeur par eux-mêmes, ils organisent seulement la répartition de ce qui aura été patiemment constitué, aux côtés des garanties du quotidien comme la responsabilité civile.
Reste à mesurer jusqu'où va la liberté du souscripteur. La décision de la Cour de cassation du 19 décembre 2024 en dessine précisément les contours et mérite une lecture attentive avant tout versement d'un montant inhabituel.