Le Conseil d’État vient de sécuriser juridiquement le plan social d’Auchan. Mais sa décision ne déclenche pas une nouvelle vague de près de 2.400 départs : l’essentiel de la restructuration a déjà été engagé. Pour les salariés, l’enjeu se déplace désormais vers l’accompagnement des suppressions de postes déjà réalisées et les conséquences de la disparition de l’espoir d’une annulation définitive du PSE.
Auchan : le Conseil d’État valide la plan social, 2.090 emplois supprimés

Auchan : le plan social est désormais juridiquement sécurisé
Le vendredi 2 octobre 2026, le Conseil d’État a annulé les décisions qui avaient remis en cause la légalité du plan de sauvegarde de l’emploi d’Auchan Retail France. Le plan prévoyait initialement 2.389 suppressions de postes. La plus haute juridiction administrative donne ainsi raison à l’entreprise après plusieurs mois de bataille judiciaire avec la CGT, FO et des représentants du personnel.
La portée de cette décision doit toutefois être correctement mesurée. Auchan n’attendait pas le verdict pour commencer sa réorganisation : le PSE était déjà appliqué. Le groupe fait désormais état de 2.090 emplois effectivement supprimés. Il affirme parallèlement que 1.415 collaborateurs ont trouvé une solution. Autrement dit, le jugement sécurise avant tout un processus largement avancé.
Le contentieux avait commencé après la validation administrative de l’accord encadrant le PSE. Celui-ci avait été conclu en mars 2025 par la CFDT, la CFTC et la CFE-CGC, ces organisations représentant 75% des salariés. La CGT, puis FO, avaient en revanche contesté la légalité du dispositif devant la juridiction administrative.
Deux questions juridiques dominaient le dossier. La première concernait le niveau auquel l’accord avait été signé. Le tribunal administratif de Lille avait considéré que l’accord aurait dû être conclu au sein de chacune des cinq composantes concernées. Le Conseil d’État a écarté ce raisonnement en rappelant que, depuis la loi El Khomri de 2016, des accords pouvant être conclus au niveau d’une entreprise peuvent également l’être au niveau du groupe.
Le deuxième point touchait à l’information des représentants du personnel. Auchan avait communiqué des données économiques aux CSE des huit sociétés concernées, en s’appuyant sur les chiffres de Suraumarché, leur société mère. La cour administrative d’appel de Douai estimait que les données concernant trois holdings de la galaxie Mulliez auraient également dû être transmises. Le Conseil d’État a estimé que ces sociétés n’exerçaient pas dans le même champ d’activité que la distribution et a relevé une « erreur de droit ».
Pour Auchan, cette décision « confirme la validité de la procédure engagée dans le cadre du PSE », a indiqué Auchan Retail par communiqué. C’est le changement essentiel : le cadre administratif sur lequel repose la restructuration n’est plus fragilisé par les décisions antérieures du tribunal de Lille et de la cour de Douai.
Plan social chez Auchan : ce qui change pour les salariés déjà partis
Pour les salariés dont le contrat a déjà été rompu, le jugement ne signifie évidemment pas un nouveau licenciement. Il modifie en revanche le rapport de force juridique qui s’était installé après les décisions favorables aux syndicats. Tant que l’invalidation du PSE demeurait possible, certains salariés pouvaient espérer tirer des conséquences indemnitaires d’une annulation définitive.
Une invalidation définitive aurait en effet ouvert, au minimum, la voie à des demandes d’indemnisations supplémentaires devant les prud’hommes pour les salariés qui auraient saisi cette juridiction. Avec la validation du PSE par le Conseil d’État, cette perspective directement liée à l’annulation administrative du plan disparaît. C’est probablement l’une des conséquences les plus concrètes de la décision pour ceux qui ont déjà quitté l’entreprise.
Le contentieux ne se traduisait donc pas seulement par une bataille de procédure entre Auchan et les organisations syndicales. Derrière la qualification juridique du groupe et les conditions de signature de l’accord se jouait aussi la capacité de salariés licenciés à s’appuyer ultérieurement sur l’illégalité du PSE. La décision du Conseil d’État referme ce levier.
La CGT refuse pour autant de considérer le dossier social comme clos. Elle dénonce « une justice à double vitesse ». L’organisation s’étonne également que la procédure devant le Conseil d’État ait été traitée en six mois, et appelle les salariés à rester mobilisés. Le jugement met donc fin à une incertitude juridique majeure, mais pas à l’opposition syndicale au fond de la restructuration.
Auchan : qui reste concerné par le plan social ?
Il convient de clarifier le décalage entre le volume annoncé au lancement du PSE et son bilan actuel. Le projet portait initialement sur 2.389 suppressions de postes - Auchan Retail parle désormais de 2.090 emplois finalement supprimés. Reclassements, reconversions, préretraites, retours vers un emploi extérieur et projets de création d’entreprise constituent les principales solutions citées par Auchan Retail.
Parmi les salariés touchés par les suppressions effectivement réalisées, 1.415 collaborateurs ont trouvé une solution. Rapporté aux 2.090 emplois supprimés communiqués par l’entreprise, cela représente environ 68%. Le groupe range dans ces solutions le reclassement interne, la préretraite, l’accès à un nouvel emploi, la reconversion professionnelle ou encore la création d’entreprise.
