Le rapport Alloncle sur l’audiovisuel public propose 70 recommandations, avec une ligne claire : renforcer la neutralité, revoir la gouvernance, fusionner ou supprimer des chaînes et dégager jusqu’à 1 milliard d’euros d’économies par an.
Ce que le rapport Alloncle prévoit pour réduire, contrôler et refondre l’audiovisuel public

Publié sur le site de l’Assemblée nationale après six mois de travaux parlementaires, le rapport du député UDR Charles Alloncle ouvre un débat explosif. Derrière les mesures techniques se dessine une réforme profonde du périmètre, des missions et du financement du service public audiovisuel.
Audiovisuel public : une neutralité placée au centre du rapport
Le document était attendu, contesté avant même sa publication, et scruté par tout le secteur. Le rapport Alloncle, issu de la commission d’enquête sur la neutralité, le fonctionnement et le financement de l’audiovisuel public, ne se contente pas d’un diagnostic. Il propose une reprise en main complète du système, à la fois éditoriale, administrative et budgétaire.
La première cible est la neutralité. Le rapport demande aux salariés de l’audiovisuel public une vigilance accrue dans leurs prises de parole publiques, y compris hors antenne et sur les réseaux sociaux. Selon CNews, le texte vise les « expressions publiques à caractère politique » et recommande d’inscrire une clause de neutralité dans les contrats de travail. Cette exigence serait accompagnée d’une grille de sanctions internes graduées.
Le sujet est sensible. Pour ses partisans, il s’agit de restaurer la confiance d’une partie du public envers des médias financés par l’argent public. Pour ses opposants, la notion de neutralité, si elle est trop extensive, peut devenir un outil de contrôle éditorial. La ligne proposée par Charles Alloncle va donc plus loin qu’un simple rappel déontologique : elle entend inscrire la neutralité dans l’organisation même des entreprises publiques.
Autre mesure symbolique : le remplacement des éditorialistes internes par des personnalités issues de la presse privée d’opinion. Le rapport justifie cette piste afin de « permettre aux auditeurs d’identifier plus clairement leur positionnement éditorial », rapporte CNews. L’idée est de rendre visible la couleur intellectuelle des intervenants, quitte à abandonner l’ambiguïté entretenue par des chroniqueurs perçus comme neutres parce qu’ils appartiennent au service public.
Des fusions et suppressions qui redessineraient le paysage audiovisuel
La partie la plus spectaculaire du rapport concerne l’architecture des chaînes. Charles Alloncle préconise notamment la suppression de France 4, de France TV Slash et de la station Mouv’. France TV Slash, destinée aux jeunes adultes, est directement critiquée dans le rapport pour des contenus jugés trop militants. Selon CNews, le député y voit des « contenus militants, incompatibles avec les missions du service public ».
La logique ne s’arrête pas aux suppressions. Le rapport propose aussi des fusions lourdes. France 2 et France 5 seraient regroupées dans une grande chaîne généraliste mêlant information, culture et programmes populaires. Cette opération permettrait, selon les éléments repris par CNews, une économie de 200 millions d’euros par an.
Même mouvement pour Franceinfo et France 24, qui seraient réunies dans une même entité nationale et internationale. L’économie avancée est de 20 millions d’euros. France 3 Régions et ICI, l’ancien réseau France Bleu, seraient également rapprochés pour former un ensemble local unifié. L’objectif financier annoncé atteint environ 138 millions d’euros d’économies.
Le rapport ne vise donc pas seulement les antennes les moins puissantes. Il touche aux marques centrales de l’audiovisuel public. France 2, France 5, France 3, Franceinfo, France 24, Radio France : presque aucun pilier ne serait épargné par cette logique de rationalisation. LCP résume cette orientation en soulignant que Charles Alloncle veut obtenir un milliard d’euros d’économies sur un audiovisuel public qui coûte environ quatre milliards d’euros par an.
Jeux, sport, production : le rapport attaque les dépenses récurrentes
Le rapport Alloncle ne s’arrête pas aux chaînes. Il s’intéresse aussi aux genres de programmes et à la production. France Télévisions verrait son budget consacré aux jeux et divertissements réduit de trois quarts. Le budget des sports serait, lui, diminué d’un tiers, tout en conservant certains événements majeurs comme le Tour de France, Roland-Garros ou le Tournoi des Six Nations.
L’une des citations les plus commentées concerne précisément les jeux. Dans son rapport, Charles Alloncle estime : « Ce n’est pas le rôle du service public que de diffuser une dizaine de jeux par jour », rapporte LCP. Cette formule résume la philosophie du texte : le service public doit se différencier plus nettement des chaînes privées, quitte à renoncer à des programmes populaires qui contribuent pourtant à son audience.
La production externe est également dans le viseur. Le rapport recommande d’internaliser davantage les émissions de flux liées à l’information, au débat, à l’opinion ou à la politique. Il propose aussi des appels d’offres obligatoires au-delà de 1 million d’euros, un plafond de 10% du budget annuel de production confié à un même groupe, et une priorité donnée aux producteurs indépendants de taille plus réduite.
Les animateurs-producteurs sont directement concernés. Le rapport recommande de mettre fin à ce système et d’interdire aux salariés de l’audiovisuel public d’être simultanément à la tête d’une société de production. Derrière cette mesure se trouve une critique ancienne : celle d’une porosité entre antennes publiques, producteurs privés et vedettes rémunérées indirectement par la commande publique.
Gouvernance : le retour de l’Élysée dans les nominations
Autre point explosif : la gouvernance. Le rapport propose que les dirigeants de France Télévisions, Radio France et de l’INA soient nommés par le président de la République, après avis des commissions parlementaires compétentes et de l’Arcom. Pour ses critiques, cette proposition évoque un retour à une tutelle politique directe sur l’audiovisuel public.
LCP rappelle que cette piste a suscité de fortes réserves, certains opposants y voyant une mécanique susceptible d’installer une suspicion durable de collusion entre pouvoir exécutif et médias publics. Le rapport prévoit également que France Télévisions et Radio France soient placées sous la tutelle d’un secrétariat général à l’audiovisuel public rattaché à Matignon, plutôt qu’au ministère de la Culture.
La Cour des comptes occupe aussi une place importante dans les recommandations. Le rapport prévoit un contrôle tous les cinq ans des entreprises de l’audiovisuel public. Il demande par ailleurs une publication annuelle détaillée des pratiques de rémunération, avec les écarts entre les plus hauts et les plus bas salaires.
Les grandes mesures du rapport Alloncle
- Mise en place d’une clause de neutralité dans les contrats et d’une grille de sanctions internes.
- Suppression proposée de France 4, France TV Slash et Mouv’.
- Fusion de France 2 et France 5, de Franceinfo et France 24, de France 3 Régions et ICI.
- Réduction de trois quarts du budget des jeux et divertissements.
- Baisse d’un tiers du budget des sports de France Télévisions.
- Fin recommandée du système des animateurs-producteurs.
- Contrôle quinquennal par la Cour des comptes.
- Utilisation d’une partie des économies pour l’entretien du patrimoine et le désendettement de l’État.
Un rapport voté dans un climat politique très tendu
Le rapport a été adopté par la commission d’enquête dans des conditions serrées. LCP indique que le vote s’est conclu par 12 voix pour et 10 contre, après plus de quatre heures de débats. Le président de la commission, Jérémie Patrier-Leitus, a voté pour la publication au nom de la transparence, tout en soulignant ses désaccords avec le rapporteur.
Cette tension n’est pas anecdotique. Elle accompagne tout le parcours de la commission. Les auditions ont été marquées par des affrontements, des critiques sur les méthodes du rapporteur, et une lecture très politique de ses objectifs. Le Parisien rapporte que Delphine Ernotte, présidente de France Télévisions, a dénoncé un « rapport à charge, construit sur des insinuations, des approximations et des contre-vérités ».
Le rapporteur défend, lui, un travail de clarification. Selon LCP, il considère que la « banalisation des situations de conflits d’intérêts » et l’absence de contrôle effectif auraient favorisé une « culture de l’irresponsabilité ». Deux lectures irréconciliables s’affrontent donc : celle d’une réforme de salubrité budgétaire et déontologique, et celle d’une offensive politique contre le service public.
