On sait enfin pourquoi la pollution au méthane augmente depuis 2020

Depuis le début de la décennie, un phénomène intrigue les scientifiques du climat : la concentration de méthane dans l’atmosphère a fortement augmenté alors même que la pollution liée aux activités humaines reculait temporairement. Cette évolution inattendue, observée dès les confinements liés à la Covid-19, questionne les mécanismes complexes qui gouvernent ce gaz à effet de serre, au cœur des équilibres atmosphériques.

Paolo Garoscio
By Paolo Garoscio Published on 6 février 2026 6h32
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On sait enfin pourquoi la pollution au méthane augmente depuis 2020 - © Economie Matin
1,1%Les émissions de carbone en 2025 ont grimpé de 1,1% sur un an.

En 2020, année marquée par la pandémie de Covid-19 et des confinements massifs, les instruments de surveillance ont enregistré une hausse brutale du méthane dans l’atmosphère. Ce signal, confirmé par plusieurs études, a surpris la communauté scientifique. Alors que le trafic routier, l’aviation et une partie de l’industrie étaient à l’arrêt, faisant chuter la pollution, la dynamique de ce gaz aux effets majeurs sur le climat a suivi une trajectoire inverse à celle de nombreux polluants classiques.

De plus en plus de méthane dans l’atmosphère depuis 2020

Le méthane est un gaz à effet de serre bien plus puissant que le dioxyde de carbone à court terme. Dès lors, toute variation rapide de sa concentration retient l’attention. En 2020, les réseaux de mesure ont observé une augmentation annuelle exceptionnelle, de l’ordre de 15 parties par milliard, selon les données analysées par des équipes de recherche citées par Reporterre. Cette progression du méthane constitue la plus forte enregistrée depuis le début des relevés modernes, au début des années 1980.

Pourtant, dans le même temps, la pollution atmosphérique liée aux transports et à l’industrie chutait fortement. Le Figaro rappelle que les émissions de dioxyde d’azote, de particules fines et d’autres gaz associés à la combustion ont reculé dans de nombreuses régions du monde durant les confinements liés au Covid-19. Ce contraste a alimenté un paradoxe apparent : comment expliquer que le méthane augmente alors que l’activité humaine ralentit ? Selon Les Échos, cette question a rapidement orienté les chercheurs vers les mécanismes chimiques de l’atmosphère, au-delà des seules sources d’émission directes.

La baisse de la pollution a conduit à une hausse du taux de méthane

Pour comprendre l’augmentation du méthane, il faut s’intéresser à sa destruction naturelle dans l’air. Ce gaz est principalement éliminé par réaction avec les radicaux hydroxyles, souvent qualifiés de « détergent » de l’atmosphère. Or, ces radicaux dépendent en partie de la présence d’oxydes d’azote, des composés étroitement liés à la pollution issue des moteurs et des centrales. Lorsque ces polluants diminuent brutalement, la capacité de l’atmosphère à dégrader le méthane se réduit également.

Selon l’étude menée par le Laboratoire des sciences du climat et de l’environnement (LSCE) la baisse des émissions de NOx pendant les confinements a entraîné une diminution de la concentration de radicaux hydroxyles. Résultat : le méthane est resté plus longtemps dans l’atmosphère, s’y accumulant malgré des émissions humaines en léger recul. Philippe Ciais, cité par le quotidien, souligne que « la réduction du trafic routier et aérien a modifié l’équilibre chimique de l’air, permettant à davantage de méthane de persister ».

Les sources naturelles de méthane amplifiées par le climat

Au-delà de la chimie atmosphérique, les scientifiques pointent aussi l’évolution des sources naturelles de méthane. Les zones humides, marais et tourbières figurent parmi les principaux émetteurs naturels de ce gaz à effet de serre. Or, en 2020, plusieurs régions du globe ont connu des conditions plus chaudes et plus humides que la moyenne, favorisant l’activité microbienne responsable des émissions de méthane. Les Échos rapportent que ces émissions naturelles ont probablement augmenté, compensant largement la baisse temporaire de certaines sources anthropiques.

Cette combinaison de facteurs explique pourquoi la concentration de méthane a continué de croître malgré le contexte inédit du Covid-19. Selon Reporterre, les émissions humaines de méthane auraient même légèrement diminué cette année-là, notamment du fait du ralentissement de certaines activités industrielles. Toutefois, cette baisse, estimée à un peu plus d’un million de tonnes à l’échelle mondiale, est restée marginale face à l’augmentation des émissions naturelles et à la moindre destruction atmosphérique du gaz. Le bilan global s’est donc traduit par une hausse nette, visible dans toutes les stations de mesure.

Un signal d’alerte pour les politiques climatiques

L’augmentation inattendue du méthane depuis 2020 constitue un avertissement pour les stratégies de lutte contre le changement climatique. Comme le rappelle Le Figaro, ce gaz représente une part significative du réchauffement observé à court terme, et sa réduction est souvent présentée comme un levier rapide pour limiter l’augmentation des températures. Or, l’épisode des confinements montre que la baisse de la pollution classique ne suffit pas à garantir une diminution du méthane atmosphérique.

Les experts insistent sur la nécessité d’agir de manière ciblée sur les sources de méthane, qu’elles soient liées à l’exploitation des énergies fossiles, à l’agriculture ou à la gestion des déchets. Ils soulignent également l’importance de mieux intégrer la chimie atmosphérique dans les politiques publiques.

Paolo Garoscio

Rédacteur en chef adjoint. Après son Master de Philosophie, il s'est tourné vers la communication et le journalisme. Il rejoint l'équipe d'EconomieMatin en 2013.   Suivez-le sur Twitter : @PaoloGaroscio

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