Dépenses de santé : faut-il montrer aux patients ce que paie la Sécurité sociale ?

Et si les Français pouvaient voir, acte par acte, combien leur système de santé dépense pour leurs soins ? Pour rendre visible le coût réel des services publics, l’Institut Montaigne propose d’afficher les coûts pris en charge par la Sécurité sociale directement sur les ordonnances, une piste qui relance le débat sur la transparence et la responsabilité dans un système où les dépenses de santé atteignent des niveaux historiques.

Stephanie Haerts
By Stéphanie Haerts Published on 6 février 2026 16h30
Dépenses de santé : faut-il montrer aux patients ce que paie la Sécurité sociale ?
Dépenses de santé : faut-il montrer aux patients ce que paie la Sécurité sociale ? - © Economie Matin

L’Institut Montaigne relance une idée qui avait déjà émergé dans certaines réflexions politiques : afficher le coût réel des soins médicaux pris en charge par la Sécurité sociale sur les ordonnances délivrées aux patients. Cette proposition s’inscrit dans un contexte de dépenses de santé croissantes, où chaque euro dépensé par l’assurance maladie publique reste souvent invisible pour le patient.

Pourquoi afficher le coût réel des soins ?

Dans un rapport rendu public ce mercredi 4 février 2026, l’Institut Montaigne argue que la transparence des dépenses de santé est un levier essentiel pour responsabiliser à la fois les patients et les professionnels. L’idée est simple, sur une ordonnance, indiquer non seulement le médicament prescrit, mais aussi combien il coûte réellement au système de santé. Selon cette proposition, cela permettrait d’éviter les abus et de responsabiliser les acteurs du système de santé, en donnant une information concrète sur la dépense qui est effectuée pour chaque acte.

Cette mesure vise également à compléter les efforts déjà engagés par l’Assurance maladie en matière d’information des assurés. Dans la logique de cette transparence, l’Institut Montaigne rappelle que sur 100 euros de soins, un patient français ne paie que 7,80 euros en moyenne, le reste étant pris en charge par la Sécurité sociale ou les complémentaires, ce qui peut contribuer à une perception déformée du coût réel des soins.

Dépenses de santé en France : des montants en hausse continue

Les dépenses de santé en France continuent d’augmenter d’année en année, reflétant à la fois le vieillissement de la population, l’innovation médicale et les besoins accrus en soins. Selon les statistiques publiées par la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (DREES) : La dépense courante de santé au sens international s’est élevée à environ 325,1 milliards d’euros en 2023, ce qui représente près de 11,5 % du produit intérieur brut (PIB) du pays. Cette dépense a continué d’augmenter, avec une croissance de 3,5 % en 2023, marquant une accélération par rapport à l’année précédente.

Dans ce contexte, la part financée par la Sécurité sociale constitue un élément clé du financement global : selon les mêmes données, la majorité des dépenses de santé est couverte par l’assurance maladie obligatoire, les régimes complémentaires et les ménages ne supportant qu’une part relativement faible du coût total. L’affichage du coût réel sur les ordonnances s’inscrit donc dans une logique plus large de compréhension des flux financiers au sein d’un système largement cofinancé et protecteur pour les patients.

Vers plus de responsabilité ou un effet contre-productif ?

Les partisans de cette mesure lui attribuent une vertu pédagogique. En visualisant le coût réel des actes et des médicaments, les patients pourraient mieux comprendre l’impact financier de leurs choix thérapeutiques, et les prescripteurs seraient incités à réfléchir à des alternatives moins coûteuses lorsque cela est médicalement pertinent. Cette démarche se rapproche de celle du chantier engagé par l’Assurance maladie pour améliorer l’information des assurés et encourager une consommation plus éclairée des soins.

Cependant, certains professionnels de santé craignent que l’affichage de ces coûts ne culpabilise les patients et ne les incite à refuser des soins nécessaires, par peur d’être « trop coûteux ». Un point à prendre en compte surtout dans un pays où l’accès à la santé reste un principe fondamental.

Un débat qui dépasse l’affichage

L’idée de rendre visible la facture payée par la Sécurité sociale n’est pas isolée. Elle s’inscrit dans une série de réflexions plus vastes sur l’avenir du financement de la santé en France, alors que l’assurance maladie fait face à des défis budgétaires et organisationnels. Par exemple, des propositions récentes de l’Assurance maladie pour 2026 évoquent la nécessité de garantir la soutenabilité du système, tout en maintenant une protection publique forte qui couvre une large part des dépenses de santé du pays.

Rendre visible le coût réel des soins peut être vu comme un moyen de rapprocher les Français des réalités financières de leur système de santé, mais aussi comme une étape dans un débat plus large sur la responsabilité collective, l’efficience des dépenses et la soutenabilité à long terme.

Stephanie Haerts

Rédactrice dans la finance et l'économie depuis 2010. Après un Master en Journalisme, Stéphanie a travaillé pour un courtier en ligne à Londres où elle présentait un point bourse journalier sur LCI. Elle rejoint l'équipe d'Économie Matin en 2019, où elle écrit sur des sujets liés à l'économie, la finance, les technologies, l'environnement, l'énergie et l'éducation.

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