Automobile : la stratégie de Renault s’éloigne du tout électrique

Le constructeur Renault a annoncé vouloir mettre fin aux ventes de voitures purement thermiques en Europe d’ici 2030. Mais derrière cette transition vers des véhicules « électrifiés », le groupe abandonne aussi son ambition initiale de 100 % électrique. En intégrant largement les hybrides dans sa stratégie, Renault choisit une voie intermédiaire dont l’efficacité environnementale est aujourd’hui contestée par plusieurs études.

Paolo Garoscio
By Paolo Garoscio Published on 10 mars 2026 9h22
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Automobile : la stratégie de Renault s’éloigne du tout électrique - © Economie Matin
50%Dans son plan stratégique, le groupe explique viser 100 % de ventes électrifiées en Europe et 50 % hors d’Europe d’ici 2030.

Le 10 mars 2026, Renault a précisé sa stratégie industrielle pour la prochaine décennie. L’annonce a été présentée comme un tournant dans la transformation du constructeur français face à l’électrification du secteur automobile.

Renault revoit sa stratégie automobile : fin du thermique, mais pas du moteur essence

La marque prévoit de mettre fin à la vente de voitures uniquement thermiques en Europe d’ici 2030, avec un objectif de 100 % de ventes électrifiées sur ce marché, selon les informations relayées par Le Parisien. Concrètement, cela signifie que les modèles essence ou diesel sans assistance électrique disparaîtront progressivement des catalogues européens.

Cependant, cette annonce ne correspond pas à un passage complet au véhicule électrique. La stratégie inclut également les motorisations hybrides, c’est-à-dire des voitures équipées à la fois d’un moteur thermique et d’un moteur électrique.

Ce choix constitue un changement notable par rapport aux ambitions affichées auparavant. Renault avait évoqué l’idée d’une gamme entièrement électrique en Europe à l’horizon 2030. Désormais, le groupe adopte une définition plus large de la transition énergétique.

Cette évolution s’explique aussi par la réalité du marché. Aujourd’hui encore, les voitures entièrement thermiques représentent environ 40 % des ventes de Renault en Europe, selon Le Parisien.

Renault privilégie l’hybride dans sa stratégie électrique

Dans ce contexte, l’hybridation apparaît comme une solution de compromis pour l’industrie automobile. Elle permet de réduire les émissions tout en conservant un moteur thermique pour les longs trajets ou les marchés où l’infrastructure de recharge reste limitée. Renault assume ce positionnement intermédiaire. Dans son plan stratégique, le groupe explique viser 100 % de ventes électrifiées en Europe et 50 % hors d’Europe d’ici 2030.

Cette stratégie s’accompagne d’un vaste renouvellement de la gamme. Renault prévoit notamment de lancer 36 nouveaux modèles au cours des cinq prochaines années, indique l’agence Reuters. Le constructeur vise également une croissance de ses ventes. L’objectif est d’atteindre 2 millions de véhicules vendus par an d’ici 2030, contre 1,63 million en 2025, ce qui représenterait une hausse d’environ 23 %, toujours selon Reuters.

Par ailleurs, Renault souhaite renforcer sa présence internationale. Le groupe prévoit que la moitié des véhicules de la marque Renault soient vendus hors d’Europe d’ici 2030, ce qui témoigne d’une stratégie plus globale face à la concurrence mondiale.

Cependant, derrière cette orientation industrielle se cache aussi un choix technologique. En misant largement sur les hybrides, Renault ralentit de fait le passage au véhicule entièrement électrique.

Les hybrides, une solution plus polluante qu’annoncé

Depuis plusieurs années, les hybrides rechargeables sont présentés comme une technologie de transition entre les moteurs thermiques et les voitures électriques. Pourtant, plusieurs études récentes remettent en question leur impact environnemental réel.

Une analyse de la Commission européenne publiée en 2024 montre que les émissions de CO₂ des hybrides rechargeables en conditions réelles sont en moyenne 3,5 fois plus élevées que les valeurs mesurées en laboratoire. Cette différence s’explique notamment par le fait que les conducteurs utilisent moins souvent le mode électrique que prévu dans les tests officiels.

Des travaux portant sur près d’un million de véhicules en Europe montrent également que les émissions réelles de ces voitures peuvent être trois à cinq fois supérieures aux estimations officielles, notamment parce que les batteries sont peu rechargées et que les moteurs thermiques restent largement utilisés.

Même lorsque l’on prend en compte l’ensemble du cycle de vie des véhicules, les hybrides restent nettement moins efficaces que les voitures électriques. Une étude de l’International Council on Clean Transportation (ICCT) estime que les hybrides réduisent les émissions d’environ 20 % par rapport à une voiture essence, tandis que les hybrides rechargeables les réduisent d’environ 30 % seulement. Les véhicules électriques, eux, émettent 73 % de gaz à effet de serre en moins sur l’ensemble de leur cycle de vie en Europe.

Paolo Garoscio

Rédacteur en chef adjoint. Après son Master de Philosophie, il s'est tourné vers la communication et le journalisme. Il rejoint l'équipe d'EconomieMatin en 2013.   Suivez-le sur Twitter : @PaoloGaroscio

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