Aviation : le canadien Bombardier visé par Donald Trump

La menace de Donald Trump sur l’aviation canadienne prend une dimension inédite. En agitant le retrait de certification et des droits de douane massifs, le président américain place l’avionneur Bombardier au cœur d’un bras de fer industriel aux conséquences lourdes pour l’aviation, les compagnies aériennes et les voyageurs, tout en fragilisant l’équilibre transfrontalier entre les États-Unis et le Canada.

Paolo Garoscio
By Paolo Garoscio Published on 30 janvier 2026 6h36
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Aviation : le canadien Bombardier visé par Donald Trump - © Economie Matin
50%Donlad Trump menace d’imposer un droit de douane de 50 % sur tout avion canadien vendu aux États-Unis

Le 29 janvier 2026 marque un tournant brutal pour l’industrie aéronautique nord-américaine. Donald Trump annonce publiquement qu’un avion fabriqué au Canada pourrait perdre son droit de voler aux États-Unis.

Certification : pourquoi Trump cible Bombardier

L’argument avancé par Donald Trump repose sur une accusation précise. Selon lui, le Canada tarderait volontairement à certifier plusieurs modèles d’avion d’affaires du constructeur américain Gulfstream. En réaction, le président américain annonce la possible décertification des avions Bombardier Global Express, et plus largement de tout avion construit au Canada. Cette menace, formulée de manière directe, rompt avec les usages habituels de la coopération aéronautique internationale.

En principe, la certification d’un avion relève exclusivement de critères de sécurité. Or, l’intervention politique directe du président américain brouille cette frontière. Des experts de l’industrie aéronautique ont souligné le caractère sans précédent d’une telle démarche. Richard Aboulafia, consultant reconnu du secteur, a ainsi averti que « mélanger sécurité et considérations politiques est une très mauvaise idée », selon Reuters. Le risque est clair : affaiblir la crédibilité même des mécanismes de certification.

L’ampleur de la menace dépasse Bombardier seul. Selon les données reprises par Boursorama, plus de 5 000 avions fabriqués au Canada sont actuellement immatriculés aux États-Unis. Chaque avion concerné pourrait, en théorie, être frappé par une suspension de certification. L’aviation civile se retrouve ainsi exposée à une instabilité réglementaire majeure, aux effets immédiats sur l’exploitation quotidienne.

Avion et droits de douane : un choc pour l’industrie aéronautique

En parallèle du volet réglementaire, Donald Trump brandit l’arme commerciale. Il menace d’imposer un droit de douane de 50 % sur tout avion canadien vendu aux États-Unis si Ottawa ne cède pas. Pour l’industrie, un tel niveau de taxation bouleverserait instantanément les équilibres économiques.

Bombardier serait directement exposé. L’entreprise canadienne réalise une part significative de ses ventes d’avion d’affaires sur le marché américain. Les Global Express, fleuron de sa gamme long-courrier, sont très prisés par les opérateurs privés et institutionnels aux États-Unis. Selon les données citées par Boursorama, environ 150 Global Express sont en service outre-frontière, exploités par plus de 115 opérateurs. Une surtaxe de 50 % rendrait ces appareils nettement moins compétitifs face aux concurrents américains et notamment Boeing.

Cependant, l’impact ne s’arrêterait pas aux frontières canadiennes. L’industrie aéronautique fonctionne sur des chaînes d’approvisionnement intégrées. Un avion assemblé au Canada intègre de nombreux composants américains, tandis que des sous-traitants canadiens travaillent pour des avionneurs américains. En fragilisant Bombardier, la menace de Trump toucherait aussi l’écosystème industriel américain, un paradoxe relevé par plusieurs analystes.

Avion sans certification : des effets en cascade

Si Donald Trump met à exécution ses menaces, les compagnies aériennes et les voyageurs seraient en première ligne. Si un avion canadien venait à perdre sa certification américaine, les opérateurs devraient immobiliser leurs appareils ou modifier en urgence leurs plans de flotte. Cela concernerait aussi bien l’aviation d’affaires que certaines opérations régionales.

Pour les compagnies, les conséquences financières seraient immédiates. Un avion immobilisé génère des coûts fixes élevés, sans produire de revenus. La menace de droits de douane compliquerait en outre les décisions d’achat. Les compagnies hésiteraient alors à commander des avions Bombardier, même performants, par crainte d’un revirement politique ultérieur.

Les voyageurs, enfin, subiraient des effets indirects mais bien réels. Une réduction de flotte ou un report de livraisons d’avion peut entraîner une baisse de capacité, des suppressions de vols ou une hausse des tarifs. Dans l’aviation d’affaires, les clients pourraient voir les coûts de location augmenter. Dans l’aviation régionale, certaines liaisons transfrontalières pourraient devenir moins rentables, fragilisant les liens entre le Canada et les États-Unis.

Cette situation alimente un climat d’inquiétude inédit. Comme l’a rappelé Reuters, la Federal Aviation Administration, la Federal Aviation Administration, n’a historiquement retiré des certifications que pour des raisons de sécurité. Utiliser cet outil à des fins politiques créerait un précédent lourd, susceptible d’éroder la confiance des passagers dans la neutralité du système aéronautique.

Paolo Garoscio

Rédacteur en chef adjoint. Après son Master de Philosophie, il s'est tourné vers la communication et le journalisme. Il rejoint l'équipe d'EconomieMatin en 2013.   Suivez-le sur Twitter : @PaoloGaroscio

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