Un avion de chasse perdu sans combat, englouti dans la Mer rouge. Même la première puissance militaire mondiale n’est pas à l’abri d’un virage mal maîtrisé.
Un avion à 60 millions coule en mer Rouge : la Navy perd pied

Un avion de chasse de soixante millions de dollars, et une chute dans l’abîme. Un F/A-18E Super Hornet de l’US Navy a disparu sous les flots en mer Rouge, lors d’une manœuvre défensive sur le porte-avions USS Harry S. Truman. L'accident, aussi spectaculaire que rare, illustre à la fois la vulnérabilité des machines militaires en situation de stress opérationnel et les zones d’ombre de l’engagement américain dans un conflit naval aux contours mouvants.
Quand un avion devient un naufragé : les faits d'une manœuvre catastrophique
Tout s’est joué en quelques secondes. L’USS Harry S. Truman, croisant dans les eaux agitées de la mer Rouge, a effectué un virage d'urgence pour esquiver des tirs des rebelles houthis. Dans le chaos contrôlé de cette tactique bien connue appelée « zigzag » — une série de virages de 30 à 40 degrés conçus pour perturber les calculs des missiles — le pont du navire s’est incliné brutalement, jusqu’à 15 degrés selon les experts de la Navy.
À ce moment précis, un F/A-18E était en cours de remorquage sur le pont. « Le F/A-18E était activement tracté lorsque l’équipe de manœuvre a perdu le contrôle. L’avion et le tracteur ont été perdus en mer », a confirmé la Navy le 29 avril 2025. Le personnel a réussi à s’écarter à temps, bien qu’un marin ait été légèrement blessé.
Avions à la mer, prestige à la dérive : un incident symptomatique pour les États-Unis
Qu’est-ce qu’un avion de chasse à 60 millions de dollars (soit environ 56 millions d’euros) dans l’océan d’un budget militaire de près de 895 milliards de dollars ? Une goutte d’acier. Mais une goutte symbolique. Car ce n’est pas la première mésaventure du Harry S. Truman. En décembre 2024, un Super Hornet avait déjà été abattu... par une frégate américaine. Puis, en février 2025, le même navire était entré en collision avec un vraquier au large de l'Égypte.
Et pourtant, l’US Navy assure que la force aéronavale reste « pleinement opérationnelle ». Déclaration de principe ou volonté de masquer une série noire ? Une enquête est en cours, mais le malaise est là : quand la première puissance militaire mondiale perd le contrôle d’un appareil sur son propre pont, l’image de l’invincibilité flotte à la dérive.
La mer Rouge : théâtre mouvant d’une guerre asymétrique
L’incident n’est pas qu’un fait divers logistique. Il est le reflet d’un théâtre d’opérations devenu central. Depuis octobre 2023, les rebelles houthis mènent une guerre navale irrégulière contre les intérêts occidentaux en mer Rouge. Missiles, drones, vedettes rapides... Ils ont transformé le détroit stratégique de Bab-el-Mandeb en piège flottant.
Les États-Unis, avec leur opération « Prosperity Guardian » lancée fin 2023, tentent de sécuriser la route maritime, mais la tâche est herculéenne. Les Houthis, soutenus par l’Iran, ont ciblé des dizaines de navires civils et militaires, provoquant une baisse brutale du trafic et une flambée des coûts d’assurance. C’est dans cette instabilité chronique que le Harry S. Truman opère depuis plusieurs mois.
Une technologie de pointe piégée par l’imprévisible
Le F/A-18E Super Hornet, bijou de la marine américaine, n’est pas censé finir au fond des mers sans un tir ennemi. C’est là toute l’ironie sinistre de cet accident : ce n’est pas l’adversaire qui a abattu l’appareil, mais les lois de la physique, conjuguées à l’urgence tactique.
Carl Schuster, ancien capitaine de la Navy, l’expliquait sur CNN : « Vous effectuez des virages de 30 à 40 degrés toutes les 30 secondes. Le navire s’incline de 10 à 15 degrés dans la courbe. » Une telle inclinaison, sur un bâtiment de 335 mètres et 100 000 tonnes, suffit à le faire basculer.
Turbulences à bord, incertitudes en mer
À la surface, tout semble sous contrôle. En profondeur, c’est un autre récit. La perte de ce Super Hornet met en lumière les limites de la puissance militaire américaine face à des menaces hybrides. Un avion englouti, ce n’est pas une défaite militaire, mais c’est une alerte stratégique.
